« La marchande, la sorcière, la lune et moi » de Diya Lim : Un conte philosophique pour enfants

Œuvre primée
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les œuvres franco-canadiennes lauréates de prix littéraires.
La marchande, la sorcière, la lune et moi de Diya Lim :
Un conte philosophique pour enfants
Écrit par Diya Lim et publié aux Éditions L’Interligne, le roman jeunesse La marchande, la sorcière, la lune et moi a remporté le prix du livre d’enfant Trillium en 2019. Cette histoire, racontée par Xiomara, une fillette de dix ans, nous entraîne dans le quotidien d’une famille éprouvée par des soucis financiers et une grossesse difficile pour la mère. À travers toutes ces difficultés, la fillette se sent un peu délaissée et s’efforce d’être « la grande sœur parfaite ».
Avec ce roman, Diya Lim a voulu explorer les relations entre les membres d’une famille, la maternité et la résilience chez les enfants. L’auteure s’est inspirée de la crise financière de 2008 pour mettre en scène la perte d’emploi et les difficultés financières traversées par la famille dans le roman. J’ai voulu montrer ce qui aurait pu arriver dans une famille qui a perdu beaucoup d’argent et dont les parents ont perdu leur emploi. Et montrer comment cela aurait pu se dérouler pour la famille en question.
Les matriochkas, ou « poupées russes », qu’elle a ramenées d’un voyage en Russie, ont beaucoup inspirée Diya Lim. Ces poupées de bois de grandeurs différentes s’emboîtent l’une dans l’autre pour n’en former qu’une seule. L’autrice a ainsi choisi de construire son histoire autour de ces poupées, pouvant représenter la maternité. La grande poupée matriochka renferme des petites poupées à l’intérieur d’elle, un peu comme une femme enceinte. D’un autre point de vue, les matriochkas représentent également l’évolution psychologique d’une personne tout au long de sa vie. Quand on [emboîte] toutes les poupées à l’intérieur de la grande matriochka, ça représente, pour moi, la vieille femme qui a gardé son cœur d’enfant et ses souvenirs d’enfance.
Bien plus qu’un livre pour enfants
Malgré qu’il soit classé comme un roman jeunesse, La marchande, la sorcière, la lune et moi ne s’adresse pas uniquement aux enfants. La narratrice, elle a vingt-cinq ans, et elle raconte une histoire qui s’est déroulée dans sa famille lorsqu’elle avait dix ans. On voit parfois la perspective de cette femme-là dans ses observations. Quand je pense à mon enfance, il y a certaines choses que je peux maintenant voir et que je ne voyais pas à cette époque-là. C’est dans cette perspective que les adultes, qu’ils soient hommes ou femmes, apprécieront cette œuvre à sa juste valeur. Gilles Dubois, auteur chez L’Interligne, a lu mon livre et en a fait un de ses coups de cœur.
Amour inconditionnel et résilience
La poupée russe arrive dans l’histoire pour calmer l’enfant qui est en manque d’affection. La mère va bientôt accoucher de jumeaux et la fillette a l’impression d’être abandonnée de sa mère. Elle ressent une sorte de jalousie. La peur, en quelque sorte, de perdre l’affection de sa mère. Ce qui n’est pas vrai, puisque sa mère l’aime et l’aimera toujours. Le message est que tu es toujours l’enfant de ta mère, quel que soit ton âge.
En plus de ce message d’amour maternel inconditionnel, l’œuvre en renferme un autre, de résilience et d’espoir pour les enfants. Quand ça ne va pas bien, ça ne veut pas dire que ça sera toujours le cas. La vie, ce n’est pas de la tarte, ça va être difficile, mais il faut continuer à avancer sur son chemin et si on tombe, il faut se relever. Dans le roman, ce message est représenté par la lune, avec sa face cachée, sombre, et sa face lumineuse.
Faire partie de la gang
Pour Diya Lim, remporter le prix Trillium est plus qu’un honneur, c’est une preuve d’acceptation sociale. En plus de reconnaître son travail d’écrivaine, ce prix a mis un baume sur son cœur : elle est maintenant reconnue en tant que Franco-ontarienne, et ce, malgré le fait qu’elle ne soit pas née en Ontario – ni au Canada, d’ailleurs ! Je me suis vraiment sentie acceptée en tant que Franco-ontarienne. Ce prix a renforcé cette identité [d’adoption]. Le jury a été charmé par la narration et le style littéraire de l’autrice :
Le langage y est soigné, et le style y est bien maîtrisé […]. Les jeunes qui le liront seront enchantés et seront tentés d’explorer plus loin les possibilités de l’écriture et du langage.
– Citation du jury du Prix Trillium 2019
Diya Lim en a fait, du chemin, depuis qu’elle a quitté son pays natal, l’île Maurice, pour enfin s’établir à Mississauga, en Ontario. Le prix Trillium est la preuve que tout ce travail accompli en a valu la chandelle. J’étais très contente, j’étais même euphorique. Le prix Trillium n’est pas un petit prix, c’est le prix littéraire le plus prestigieux en Ontario. Ça m’a touchée au plus profond de mon cœur. Ayant déjà été en nomination pour ce prix par le passé, elle s’attendait encore, cette fois-ci, à une nomination sans suite. Beaucoup de barrières que je m’étais mises sont tombées ce soir-là.
Le roman jeunesse La marchande, la sorcière, la lune et moi de Diya Lim est paru aux Éditions L’Interligne, en version papier et numérique.
Julien Charette
6 mai 2020
