« Zee » de Su J. Sokol : Cacher ou montrer sa différence

8 janvier 2021

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Zee de Su J. Sokol :
Cacher ou montrer sa différence

 

Zee (FR)Zee est née avec la faculté d’entendre les pensées et de ressentir les émotions des gens autour d’elle. Ce roman, dont la traduction française est réalisée par Sylvie Nicolas, vient d’être publiée aux Éditions Mouton noir Acadie. L’autrice Su J. Sokol y raconte l’histoire de cette fille aux facultés surnaturelles qui grandit dans un noyau familial non traditionnel composé de quatre adultes très soudés. Les capacités extrasensorielles de Zee sont mises à l’épreuve par sa famille, qui s’acharne à vouloir les garder cachées. Mais Zee n’est pas dupe : elle a vu clair dans leur jeu. Elle cherche donc un moyen de répondre aux attentes qui pèsent sur elle, au risque de se mettre en danger encore davantage. Que fera-t-elle? Pour le savoir, lisez ce roman de la Montréalaise d’adoption, Su J. Sokol.

L’idée de ce récit est venue à l’autrice alors que sa fille était plus jeune. Elle avait l’impression que son enfant possédait le pouvoir de ressentir les émotions des gens autour d’elle. Quand ma fille était petite, j’ai cru qu’elle pouvait peut-être lire dans les pensées. Chose qui ne s’est pas avérée, bien sûr! Il y a tout de même un incident dans le livre qui est fondé sur un événement réel.

J’explore aussi le fait que j’ai parfois du mal à bien saisir ce que les gens pensent de moi. Une difficulté qu’éprouvent bien des gens au quotidien. Et l’autrice accorde une certaine importance à l’opinion et aux émotions d’autrui. Oui, l’opinion des autres est importante pour moi. Parfois, cela peut être pour une chose aussi banale que choisir un restaurant où aller manger. Je dois savoir ce que les gens pensent; je ne suis pas capable de décider sinon. Je suis incapable de m’amuser si je pense que les autres ne sont pas heureux.

Les personnages de Sokol sont aussi fortement inspirés d’elle et de son entourage. Dans chacun de mes livres, chaque personnage s’inspire de moi ou de mes amis. Il y a un élément de moi dans chacun des personnages. Dans le cas d’Emma, la mère de Zee, c’est vrai qu’elle est avocate pour les locataires, chose que j’ai moi-même faite lorsque je vivais à New York. Il y a d’autres éléments chez Emma qui me ressemblent, mais je suis aussi les autres personnages!

Empathique, mais pas trop

Je crois que dans notre société, c’est important d’avoir de l’empathie pour les autres, mais cette empathie a ses limites. Être trop empathique peut en effet avoir son penchant négatif. C’est un peu ce que vit Zee avec son don de télépathe : elle est submergée par les émotions d’autrui jusqu’à ne plus savoir qui elle est et ce qu’elle-même ressent véritablement. Le roman véhicule donc l’idée qu’il faut avoir de l’empathie, sans plus. Qu’il ne faut pas prendre tout le poids du monde sur ses épaules.

La famille est aussi une thématique très présente dans cette œuvre. À travers ce roman, Su J. Sokol a cherché à déconstruire le concept de la famille « typique ». L’idée de la famille choisie. La famille, c’est important, mais il y a plusieurs formes de famille. On doit accepter les familles de tous types, même celles qui ne sont pas traditionnelles. La notion du racisme y est également abordée. La mère de Zee est blanche et son père est noir. Donc, il y a des moments où le personnage est victime de racisme. C’est assez représentatif de Brooklyn, lieu où se déroule l’histoire.

Accepter les différences

L’autrice a cherché ici à véhiculer l’acceptation de l’autre et de soi. Il faut accepter tous les types de personnes. Vous accepter vous-même, même si vous êtes différent des autres. Et surtout, essayer d’avoir de l’empathie pour les autres, sachant qu’il y a peut-être quelque chose que vous ne comprenez pas. Finalement, Sokol souhaite que ses lecteurs et lectrices acceptent toutes les formes de famille pouvant exister dans le monde.

Le roman Zee de Su J. Sokol est paru aux Éditions Mouton noir Acadie (bannière de Bouton d’or Acadie) aux formats papier et numérique.

Julien Charette
8 janvier 2021