« Le vieil homme sans voix » de Didier Leclair : faire la paix avec la vieillesse

29 novembre 2019

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Le vieil homme sans voix de Didier Leclair

Faire la paix avec la vieillesse

 

Le vieil homme sans voix

À partir de quand est-il juste de déclarer que quelqu’un est vieux? C’est sur cette question que s’est penché l’auteur Didier Leclair en écrivant Le vieil homme sans voix, son plus récent roman paru aux Éditions David. Déplorant la façon dont la société traite les personnes âgées et le sort qui leur est souvent réservé dans les maisons de retraite, l’écrivain imagine un homme d’un certain âge qui souhaite régler ses comptes avec la vie, ainsi qu’une panoplie de personnages, tous plus colorés les uns que les autres, qui l’épauleront dans sa quête afin de retrouver sa sœur portée disparue.

Le roman débute au 80e anniversaire de Wes, un ancien coureur de jupons riche, ayant perdu la voix, et vivant dorénavant dans une maison pour retraités. Célébrant à ses côtés, ses trois ex-femmes sont présentes, mais l’homme n’est pas dupe : il sait que celles-ci sont là parce qu’il continue de leur envoyer de l’argent. Donc il y a aussi ce débat entre l’affection et l’argent : où est la limite, où commence la vraie affection? questionne Didier Leclair, à propos de son personnage, qui aimerait se libérer et finalement pouvoir être lui-même, sans devoir acheter de l’amour.

C’est un ancien Don Juan, et il souhaite laisser à sa famille une image bien moins rocambolesque que celle qu’ils ont de lui. Il tente de régler certaines questions avant le dernier jour, car bien qu’il n’y soit pas rendu encore, il commence à prendre de l’âge, à 80 ans, raconte l’auteur. Mais s’il a aimé bien des femmes dans sa vie, Wes n’en a jamais aimé autant que sa sœur, de qui il était très proche, mais qui est portée disparue depuis plusieurs années. Il a eu des nouvelles peu encourageantes, et se dit qu’elle est probablement morte, mais il veut en avoir le cœur net. Puisqu’il en a les moyens, il engage un détective à la retraite qui se rendra en Afrique, où sa soeur a vécu plusieurs années, afin de voir ce qu’il reste comme traces d’elle.

L’amour fraternel par-dessus tout

Puisque Wes s’est lui-même imposé un deuil en concluant à la mort de sa sœur, il a vécu un choc émotionnel qui l’empêche dorénavant de parler. Le médecin ne trouve aucun symptôme pathologique, mais il sait qu’il y a un blocage dans la tête, et dans le cœur, ajoute Didier Leclair, qui a imaginé son personnage se promenant avec un carnet autour du cou, lui permettant de répondre par écrit aux gens qui lui parlent. Grâce à l’enquête du détective – que l’on suivra de façon indirecte, mais qui nous donnera constamment envie de connaître la suite de l’histoire –, Wes voudra aller jusqu’au bout : il veut savoir si, en effet, elle est morte ou non. Il aura la réponse, mais pas celle qu’il attendait, parce qu’on n’a jamais tout ce qu’on veut dans la vie, philosophe Didier Leclair, pour qui l’amour fraternel est fondamental.

L’amour entre frère et sœur, entre frère et frère ou entre sœur et sœur, c’est quelque chose de précieux et d’unique, parce que ça arrive très tôt. C’est le premier amour, et c’est aussi la personne qui sera là quand on vous enterre, donc c’est extrêmement important. C’est ce que Wes est en train de constater : l’ampleur de son amour pour cette femme, qui a été si essentielle pour lui, explique l’auteur, qui affirme que la présence de la sœur, et des souvenirs qui y sont liés, se fait de plus en plus importante dans le récit, à mesure que l’histoire progresse.

Des personnages colorés dans une maison de retraités

Si Le vieil homme sans voix est narré du point de vue de Wes, nous faisons néanmoins connaissance avec une panoplie de personnages, dont des jumelles de classe moyenne qui ont accédé à cette maison de personnes âgées pour riches puisqu’elles ont gagné à la loterie. Gus, quant à lui, est le voisin de Wes, et il s’agit d’un ancien politicien qui est aussi un obsédé sexuel. Il veut continuer ses activités, mais il ne peut pas dans cette maison de retraite. Pour la société, les vieux sont à jeter à la poubelle sur ce plan-là; on n’en parle pas. Où est-ce que commence la fin? Quand est-ce qu’on peut dire qu’on est vieux? ramène sur la table Didier Leclair, qui se questionne aussi, dans son nouveau roman, sur les souvenirs et l’impossibilité de les partager lorsque ceux avec qui un moment a été vécu ne sont plus présents.

Malgré les questions fondamentales posées par ce roman, l’auteur insiste sur l’humour qui traverse son livre, et sur les scènes comiques qu’il y a insérées, notamment celle où une ménagère d’origine haïtienne, très pieuse, découvre un vibromasseur dans une chambre de la maison. Moi j’ai inventé tout ça, mais je me doute que ça doit être plus ou moins comme ça,  car ce n’est pas parce que vous avez 70 ans que vous n’êtes plus vous-mêmes. C’est vrai qu’on peut s’assagir, mais même si on s’assagit, le fond est le même! croit l’auteur, qui a décidé d’écrire à propos de personnes âgées précisément pour leur permettre de se dévoiler sous leur vrai jour.

Je trouve que c’est totalement injuste qu’après un certain âge, on doive être respectueux et ne pas dire tout ce qu’on veut, par exemple. Je pense que la société est plus variée que ça, et je trouve que les vieux ont le droit à leur vie, à leurs opinions, le droit d’avoir des relations et de faire des choses que les autres font, achève d’expliquer Didier Leclair, qui montre bien, avec Le vieil homme sans voix, que l’âge d’or, quelquefois, n’est pas nécessairement doré!

Le roman Le vieil homme sans voix de Didier Leclair est publié aux Éditions David.

Alice Côté Dupuis
28 novembre 2019