« Mont Blanc – Winnipeg Express » de Seream :

Winnipeg en tête d’affiche

7 avril 2021
Actualité
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Mont Blanc – Winnipeg Express
de Seream :
Winnipeg en tête d’affiche

 

Seream quitte sa Haute-Savoie natale avec sa famille en direction du Manitoba. Ce billet aller simple promet tout le dépaysement d’un poète nouvellement arrivé sur un nouveau continent. Aux côtés de ce poète, on découvre Winnipeg, puis on voit grandir son amour pour sa nouvelle ville d’adoption. Mont Blanc – Winnipeg Express est le premier recueil de poésie publié par Seream en sol canadien, un récit poétique qui vient tout juste de paraître aux Éditions du Blé.

Le titre et l’illustration en première de couverture sont des références directes au voyage, rappelant d’anciens billets de train, de bateau ou d’avion. L’auteur explique : Je voulais symboliser cette aventure-là par un ticket de transport. Et le mont Blanc, la plus haute montagne d’Europe, représente l’endroit duquel je suis parti et Winnipeg, ma destination. « Express », ça fait « Orient Express » et tout ça… On ne sait pas si c’est un train, un Zeppelin, un bateau ou un tunnel sous l’océan.

Un nouveau départ

Le dépaysement et l’adaptation à un nouvel environnement sont au cœur de cette œuvre poétique. C’est un déracinement, cette aventure-là. L’immigration, c’est découvrir une nouvelle culture et un nouveau mode de vie. [À l’arrivée], on peut se faire comprendre en anglais et en français, mais c’est quand même un choc culturel. Il y a les langues et certains codes qui se ressemblent, mais pas tous. Ce recueil se veut donc le témoin des premiers pas en tant qu’immigrant d’un homme qui apprivoise son nouveau chez-soi.

À la lecture du recueil, un fil conducteur se dessine peu à peu. Au début, on ressent la tristesse du départ éprouvée par le poète. Cette mélancolie se transforme au fur et à mesure en joie, jusqu’à devenir une déclaration d’amour à Winnipeg et au Manitoba. Le premier poème est une lettre d’adieu à la France et à la Haute-Savoie. Dans le second, nous sommes sur le quai d’embarquement le jour du départ, et il est difficile d’y trouver du bon. Ce deuxième texte symbolise donc de manière humoristique les longues démarches nécessaires pour émigrer. Le troisième parle de l’« ici » et du « là-bas ». Ensuite, ce n’est que Winnipeg, le Manitoba et le Canada.

Un peu de publicité pour une ville qui en a bien besoin

Le poète redonne un peu de vernis à une ville qui a mauvaise presse. C’est vrai que Winnipeg n’a pas bonne réputation, mais juste pour ça, je trouve que c’est intéressant d’en parler, confie Seream. Contre toute attente, cette ville regorge en effet de vie culturelle, tant en français qu’en anglais. Sa communauté francophone en plein essor a le vent dans les voiles. Winnipeg a de plus, on le sait, été le berceau de Louis Riel, l’homme politique métis derrière la création de la province du Manitoba, et de Gabrielle Roy, l’une des écrivaines les plus prolifiques et les plus connues de son temps. Seream rend d’ailleurs hommage à cette dernière, chère à son cœur. C’est une écrivaine qui m’inspire beaucoup, et puis ç’a été une sorte de guide bienveillant en arrivant au Manitoba. Je suis fasciné par cette femme qui a su s’émanciper et prendre en main son destin, à une époque où les femmes avaient des choix limités. J’ai écrit trois poèmes sur elle pour la remettre au goût du jour.

Une préciosité à déconstruire

Le poète n’hésite pas à jouer avec les mots. On peut même dire qu’il cherche à déconstruire le stéréotype selon lequel la poésie est une chose qu’il faut éviter de brusquer. Pour lui, la poésie, c’est quelque chose avec quoi on peut s’amuser sans peur et sans reproche. La poésie, je ne l’ai jamais prise avec des pincettes. Je ne l’ai jamais prise pour une dame précieuse qu’il ne faut pas bousculer, qu’il faut qu’elle ait son petit chandail et sa petite couverture pour ne pas qu’elle prenne froid. Non, ce n’est pas ça. Moi, je la vois pulpeuse, je la vois folle et hurluberlue. La poésie, elle est dingue, imprévisible, mais aussi charmante. Seream s’attache donc à rendre ce style littéraire plus accessible. La poésie, c’est un cercle : c’est lu entre poètes, entre amis des poètes ou entre éditeurs. Et puis, c’est un circuit un peu clos, parce qu’il y a une représentation un peu obscure de la poésie. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas les lecteurs de poésie, mais les gens qui n’en lisent pas!

Le recueil de poésie Mont Blanc – Winnipeg Express de Seream est paru aux Éditions du Blé aux formats papier et numérique. 

Julien Charette
7 avril 2021