«Le porto d’un gars de l’Ontario» de Patrice Gilbert: S’émanciper sans se renier

10 avril 2019

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Le porto d’un gars de l’Ontario de Patrice Gilbert

S’émanciper sans se renier

Le porto d'un gars de l'Ontario

Lorsqu’il a enfin décidé de se mettre à l’écriture d’un roman, après avoir touché au journalisme étant plus jeune et après des années à écrire ici et là des petits trucs pour soi, Patrice Gilbert a réalisé qu’il était inévitable que des événements passés de sa vie l’inspirent. C’est presque comme un hommage, en s’inspirant de l’époque d’adolescence de son propre père, qu’il a écrit Le porto d’un gars de l’Ontario, publié aux Éditions L’Interligne, un récit de fiction qu’il a voulu inspirant grâce à la quête d’émancipation de son personnage et des thématiques qu’il aborde.

Gratien Beauséjour est né à Saint-Michel-des-Saints, dans la province de Québec, mais un jour, il y a eu des événements familiaux qui se sont produits et qui ont bouleversé sa façon de voir le futur, ce qui a déclenché cette soif de partir du nid douillet et pauvre de sa famille, explique le créateur du personnage, Patrice Gilbert. Sans être misérable, le milieu dans lequel vivait son personnage était représentatif de son époque : souvent, à cette époque-là, il y avait comme un plan de carrière dessiné pour la plupart des jeunes gens, et ça tournait autour du travail agricole et forestier. C’est un peu ça qu’il voulait essayer de changer, révèle l’auteur.

C’est au cœur des années 1950 que Le porto d’un gars de l’Ontario nous plonge, presque comme une photo historique de cette époque au Québec, et par la suite en Ontario. Ayant quitté son village natal pour assouvir un besoin de découvertes, le personnage est néanmoins resté dans le Nord de la province jusqu’à la fin de sa vingtaine, avant de se déplacer à l’Ouest. Il s’en va dans le Nord ontarien, parce que l’histoire le transporte dans une carrière dans le domaine des mines, qu’on retrouvait dans le Nord de ces deux provinces, à l’époque. Ça a été une occasion pour moi de le faire déménager en Ontario pour exprimer les défis, pour les francophones en Ontario, à travers sa présence dans cette province, raconte l’écrivain.

Aux dires de Patrice Gilbert, son roman a de quoi transporter les lecteurs dans toutes sortes d’émotions, avec les surprises qu’il contient. Bien que ce soient surtout des émotions positives qui s’en dégagent, le récit ne passe pas à côté de réflexions importantes sur des thèmes qui peuvent sembler compliqués. La langue, par exemple, ce n’est pas facile; c’est tout le temps émotionnel quand on en parle. Mais moi, j’ai essayé de l’aborder de façon que ça fasse réfléchir les gens et que ça donne espoir qu’il y a une place pour une cohabitation globale de tout le monde, avec différentes langues et différentes cultures, avance-t-il.

Qui dit réflexion sur la langue en Ontario, dit rencontre entre les francophones et les anglophones, et, par le fait même, entre différentes classes sociales. Son personnage, issu d’une famille très modeste et ouvrière du Québec rural, se retrouve ainsi à se permettre de rêver d’accéder à un statut plus enviable. Le porto est associé à un verre, à l’époque, qui était réservé pour une certaine classe de la société. Il était identifié à un groupe plus aisé, probablement plus anglophone que francophone. C’est à ça que mon titre fait référence, explique l’auteur, qui croit avoir réussi à écrire un roman inspirant et plein d’espoir.

On est dans des émotions qui sont saines, je dirais. C’est un livre qui est très facile à lire et plaisant, ajoute-t-il, confiant que son histoire saura résonner chez plusieurs, puisque ce genre de destin a probablement existé ou aurait certainement pu exister dans toutes les familles, pas juste la sienne. Destiné tant aux amateurs d’histoire qu’aux fervents d’une certaine romance, aussi présente dans son récit, ce roman laisse surtout paraître un amour pour le français, autant au niveau littéraire qu’au niveau de l’évolution d’une nation francophone, tant au Québec qu’en Ontario.

Le roman Le porto d’un gars de l’Ontario, de Patrice Gilbert, est publié aux Éditions L’Interligne.

Alice Côté Dupuis
10 avril 2019