« Le jour se lèvera » de Gabriel Osson : Un devoir de mémoire

30 janvier 2020

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Le jour se lèvera de Gabriel Osson

Un devoir de mémoire

Le jour se lèveraAprès avoir publié Hubert, le restavèk, l’auteur d’origine haïtienne Gabriel Osson signe son deuxième roman aux Éditions David avec Le jour se lèvera, une œuvre qui lève le voile sur un soulèvement militaire souvent oublié contre le régime dictatorial de celui que l’on appelait « Papa Doc ».

Le livre, c’est l’histoire de treize jeunes hommes, de 19 à 31 ans, qui sont partis de Miami à l’été 1964 pour essayer de renverser le régime de Duvalier. […] Malheureusement pour eux, ça n’a pas tourné tout à fait comme ils espéraient, raconte l’auteur qui se souvient avoir été témoin de ce soulèvement durant sa jeunesse. À l’été 1964, moi je me trouvais dans la ville de naissance de la plupart de ces jeunes-là, à Jérémie. Au fil des invasions, la surveillance du dictateur se resserrait et celui-ci a ainsi vu les premières répercussions de ce soulèvement. Imagine : moi, la veille, je jouais avec des enfants, et le lendemain, toute la famille avait disparu. J’étais quand même assez jeune, je ne comprenais pas vraiment ce qu’il se passait, mais on voyait qu’il y avait quelque chose de grave qui se passait, parce qu’on avait le couvre-feu tous les soirs.

C’est quand j’ai vu la commémoration du 50e anniversaire que tout ça m’est revenu, poursuit-il en racontant la genèse du projet. J’ai réalisé que je connaissais cette histoire-là, mais qu’en plus j’étais présent aussi à l’exécution des deux derniers jeunes, sur la place publique! Car oui, des treize hommes dont il est question dans le roman, onze ont été abattus lors de combats armés et, les deux qui y ont survécus, ont finalement été fusillés sur la place publique devant tous les élèves de la région. C’était quand même assez cruel, quand tu y penses. Il voulait donner ça en exemple pour freiner les jeunes qui auraient eu l’idée de faire la même chose.

Entre réalité et fiction

Basé sur un fait historique, le roman de Gabriel Osson a nécessité beaucoup de recherche sur ce groupe de jeunes Haïtiens afin de bien ancrer l’aventure de ces personnages dans le réel. C’est un mouvement révolutionnaire qui comportait à peu près 250 membres, autant des hommes que des femmes, qui se sont entraînés de façon militaire, mentionne l’auteur qui ajoute que ceux-ci avaient même inventé le « communautarisme ». Ce n’était pas tout à fait le communisme, ce n’était pas tout à fait le socialisme, mais c’était quelque chose qui était calqué un petit peu sur des pratiques des deux. Le groupe était composé d’étudiants, de travailleurs, mais aussi de monsieur et madame tout-le-monde. La plupart étaient toutefois des exilés ou des parents d’exilés dont des membres de leur famille avaient été tués par le gouvernement de François Duvalier. Beaucoup étaient mus par cet esprit de vengeance, quelque part, de venger leurs pères, mais en même temps de délivrer le pays de la dictature de Duvalier.

Le site Internet Devoir de mémoire commémorant le 50e anniversaire a permis d’en apprendre davantage sur l’histoire de ce mouvement social, mais également sur les deux derniers militants. Ainsi, toutes les dates historiques, les lieux, les gens qui sont tombés aux combats sont bien réels. Entre ça, j’ai prêté une vie aux deux protagonistes principaux, qui n’étaient pas du tout les leurs, concède l’auteur. Toute la partie des événements qui se sont passés de leur arrivée, jusqu’à ce qu’ils soient morts, ça, c’est tout inventé. Il mentionne, par exemple, avoir fait étudier l’un des protagonistes en Espagne afin qu’il rencontre de jeunes révolutionnaires dans les années 1960.

Même si ce soulèvement n’a pas permis de renverser le régime de Duvalier, Gabriel Osson tenait à livrer cette histoire qu’il juge très importante. Je veux que les gens retiennent le courage et l’abnégation de ces jeunes-là. [] C’est une chose de passer à l’action, c’est une autre chose, de savoir que sciemment, on peut mourir dans ça, mais d’aller de l’avant quand même, ces jeunes-là étaient courageux, soutient celui qui veut également honorer la mémoire de ces treize jeunes méconnus qui ont fait beaucoup pour l’histoire d’Haïti.

Le roman Le jour se lèvera de Gabriel Osson est publié aux Éditions David.

Mylène Viens

30 janvier 2020