« Ganiishomong » de J. R. Léveillé : Une ode au temps qui passe

12 août 2020

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Ganiishomong de J. R. Léveillé :
Une ode au temps qui passe

 

GaniishomongAprès dix-sept ans sans publication romanesque, J. R. Léveillé nous revient avec Ganiishomong ou l’extase du temps, un roman à saveur contemplative publié aux Éditions du Blé. Ganiishomong signifie « le chemin entre deux eaux », en langue crie. L’auteur fait référence ici à la route située entre le lac Manitoba et le lac Francis, où il a passé les étés de son enfance. C’est un nom qui est quelque peu tombé dans l’oubli, et auquel l’auteur a souhaité rendre hommage.

Le roman se résume difficilement sans dévoiler trop de l’œuvre. Même le lieu où se déroule l’histoire est un peu flou, mais on déduit rapidement qu’il s’agit de la communauté de Saint-Laurent, au Manitoba. L’auteur en parle comme suit : Ça part de Saint-Laurent, et ça traverse plusieurs géographies et plusieurs époques. On peut se retrouver en Inde, au Japon, en Chine ou bien en Europe.

Le récit est livré en trois parties. Plus précisément : il y a une narratrice qui écrit à propos d’un narrateur qui, lui, de son côté, compose à propos de la narratrice. Il y a donc un « transversement », pour former un tout. La structure narrative de Ganiishomong ou l’extase du temps a été longuement travaillée par son auteur afin d’obtenir le résultat final.

La musique occupe une place importante dans ce roman de J. R. Léveillé. Celui-ci souhaite que les lecteurs syntonisent la musique du monde. Certains « grands » de la musique classique – Bach, Mozart, Glen Gould – y sont mentionnés. Les classiques de la poésie française y ont aussi leur place, avec Rimbaud et Baudelaire. Les idées de Lacan, des poètes taoïstes et des penseurs présocratiques s’y frayent un chemin, sans oublier la présence des nonnes et abbesses zen. L’art visuel y trouve sa place à travers des références au travail des peintres Geneviève Asse et Agnes Martin.

L’amour de la nature

Ganiishomong n’est pas un récit autobiographique, mais plutôt une ode à la nature et au temps. On pourrait classer cette œuvre parmi les romans d’amour, comme le souhaite l’auteur. Car c’est l’histoire, non pas d’un amour conventionnel entre deux êtres humains, mais d’une idylle entre l’humain et la nature. Au fond, c’est un petit peu un roman d’amour […] de la nature. La nature qui est très sexuée, qui est en constante reproduction. C’est un roman d’amour parce qu’il est construit selon le principe du yin et du yang. Léveillé fait par ailleurs référence à la Bible en disant : C’est un appel de la nature à l’individu, qui a été […] expulsé du paradis terrestre, à revenir dans le jardin d’Éden. Et il va plus loin en affirmant : C’est un peu un manuel pour remettre les pieds dans le paradis terrestre.

La contemplation, un baume pour l’âme

Léveillé m’explique la structure temporelle de son texte : On comprend bien que le narrateur et la narratrice sont en train d’écrire un roman et qu’ils ont du temps devant eux. L’écriture très imagée et poétique évoque un rythme lent, invite à la contemplation. Ici, les narrateurs sont en vacances. Cet état d’apaisement, nous le ressentons comme une bouffée d’air frais au cœur des chaleurs estivales. Pas question ici de tension ni de péripéties accaparantes. En d’autres mots, l’auteur offre une œuvre philosophique, mais légère. Ce n’est pas tant l’histoire des personnages qui m’intéresse que l’histoire de l’écriture et de la conscience humaine. Léveillé est, à sa manière, devenu philosophe après toutes ces années à s’adonner à l’écriture et à la contemplation. Je pense que le cœur, le corps et l’esprit [sont des parties] d’une seule et même chose. C’est la totalité de l’être humain qui m’intéresse.

Le roman Ganiishomong ou l’extase du temps de J. R. Léveillé est paru aux Éditions du Blé, aux formats papier et numérique.

Julien Charette
12 août 2020