«le fermier de la noosfère» de Jean Chicoine: Semer des pensées positives

8 mai 2019

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le fermier de la noosfère de Jean Chicoine

Semer des pensées positives

 

le fermier de la noosfere de Jean ChicoineAprès avoir utilisé Winnipeg comme terrain de jeux dans ses trois premiers romans, l’auteur Jean Chicoine, d’origine québécoise mais résidant au Manitoba depuis 30 ans, a décidé de revenir vers sa première maison pour son quatrième roman paru aux Éditions du Blé, le fermier de la noosfère. S’intéressant à un groupe de jeunes éduqués de 19, 20, 21 ans partis pour la fin de semaine à Trois-Rivières et qui aspirent à changer le monde, l’auteur souhaite semer, tel un fermier, des pensées positives sur notre planète.

C’est pour aller voir des amis et passer la fin de semaine avec eux que le narrateur, natif de Montréal, et son ami Pierre, originaire de Trois-Rivières, partent en auto-stop un vendredi après-midi vers la capitale régionale de la Mauricie. Ils passent la fin de semaine à discuter, à parler de philosophie, à échanger des points de vue, à prendre de la drogue, à boire de la bière, comme des jeunes de 19, 20, 21 ans qui sont éduqués, qui ont lu, qui se tiennent au courant de la culture, et qui veulent changer le monde, tout simplement. Ils sont jeunes, ils sont plein d’entrain, plein d’enthousiasme, plein d’idées et d’opinions, explique Jean Chicoine, qui s’est grandement inspiré de ses propres amis à l’époque où il habitait Trois-Rivières, afin d’imaginer ses protagonistes et leur groupe d’amis.

La fin de semaine décrite, finalement, est basée sur des événements qui se sont pour la plupart produits, mais plutôt sur une période d’un an, un an et demi, et que l’auteur a condensés pour les incorporer en deux jours. Mélangeant des souvenirs à de la fiction, Jean Chicoine l’avoue : il y a des événements que je décris qui se sont passés d’une autre façon ou dans une autre période. J’ai refait les dialogues en m’inspirant un peu de mes souvenirs, mais ce ne sont pas les dialogues tels quels, parce que je ne peux pas m’en souvenir exactement. Mais le fond, la substance, est là. Il y a donc beaucoup de l’auteur dans ce nouveau roman, comme le fait que son narrateur ait travaillé dans une brasserie, ce qu’il a lui aussi déjà fait.

Les personnages de Pierre et de Bill – ce chauffeur de camion qui achète des livres de la Pléiade – ont eux aussi bel et bien existé, tandis que Suzanne, le personnage féminin principal du roman, est une sorte de condensé de deux ou trois femmes rencontrées par Jean Chicoine durant cette fameuse année qui l’a inspiré. De la même façon, c’est tout l’esprit trifluvien, ainsi que ses odeurs d’usine de pâtes et papier et d’eau de javel brûlée, qu’on peut retrouver dans le fermier de la noosfère. C’est donc de façon très ancrée dans la réalité que Jean Chicoine trace ce portrait assez typique de sa génération : C’est une scène de vie des années 1970, avec de jeunes hippies, les cheveux longs, anti-establishment, qui se rebellent un peu, qui veulent vivre leur vie à leur façon et non pas telle que leurs parents ou l’autorité voudraient qu’ils la vivent.

Ces jeunes ont de grandes idées et se les échangent, tout simplement, soutient l’auteur, qui qualifie son livre de roman philosophique avec une touche d’humour. Mais ce désir de vouloir changer ou refaire le monde pourrait très bien être intemporel et parler à la jeune génération d’aujourd’hui, selon lui. L’aspiration principale est : je suis jeune et je ne veux pas faire comme mes parents. Comme chaque génération, je veux faire autre chose, je veux faire un monde meilleur, illustre l’auteur qui, à sa façon, désire aussi laisser sa marque dans la langue française, en jouant avec elle et en changeant l’orthographe des mots. J’écris sans majuscule et sans points, ce sont toutes des virgules, un peu comme un flot de pensées. C’est ouvert au début et à la fin, il n’y a pas de point final ; le livre se ferme, mais l’histoire pourrait continuer.

« c’est parce qu’on pense négatif qu’y fait mauvais, toutes les pensées négatives qu’on a toulmonde affectent notre environnement, tout simplement, si on pensait plus souvent positif y f’rait plus souvent soleil, tsé veux dire ? »

C’est avant de déménager à Winnipeg, dans les années 1970-1980, que Jean Chicoine a en quelque sorte fait exploser sa langue française afin de la reconstruire, à sa façon, en revoyant l’orthographe, la grammaire et la syntaxe, mais toujours en restant fidèle au génie de la langue. Le plus gros travail a été au niveau de l’orthographe, où je change des mots, je coupe des syllabes ; c’est un travail que je fais depuis plusieurs années, affirme l’auteur, qui a étudié en linguistique et qui a réalisé, un jour, que certains mots qu’il écrivait en les déformant retrouvaient finalement leur orthographe original employé au 14e, 15e, 16e ou 17e siècle. Je ne changeais pas grand-chose, finalement : j’allais puiser dans la mémoire de la langue française !

C’est dans cette optique que Jean Chicoine écrit « noosfère » plutôt que « noosphère », mais il en conserve le sens : on a l’écosphère, on a la géosphère, on a l’atmosphère. La noosphère, c’est la sphère de la pensée humaine sur la terre. Pour le moment, cette pensée-là est très destructrice : on pollue, on détruit, on a une pensée extrêmement négative. Donc à travers mes personnages, j’essaie de semer, si je peux dire, des pensées positives. Les jeunes dépeints par Jean Chicoine essaient donc de changer le monde et, sans en être réellement conscients, de changer la noosphère, sans peut-être même savoir qu’ils peuvent changer une telle chose. L’important, tant pour eux que pour l’auteur, est d’insuffler un peu de positif dans la pensée de l’humanité sur la planète.

Le roman le fermier de la noosfère de Jean Chicoine est publié aux Éditions du Blé.

Alice Côté Dupuis
8 mai 2019