«Une dent contre l’ordinaire» de Charles-Étienne Ferland: La politesse de surprendre son lecteur

27 mars 2019

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Une dent contre l’ordinaire de Charles-Étienne Ferland

La politesse de surprendre son lecteur

 

Une dent contre l'ordinaireAprès avoir publié Dévorés, son tout premier roman, l’auteur et entomologiste de formation Charles-Étienne Ferland a gagné confiance en sa plume. Celui qui participait à divers concours de nouvelles et appels de textes depuis 2011 avait accumulé un certain nombre de courtes histoires que rien ne semblait lier, et pourtant, celles-ci se déploient maintenant avec beaucoup d’originalité et d’inventivité dans Une dent contre l’ordinaire, un recueil de nouvelles éclatées et décalées paru aux Éditions Prise de parole. 

Une dent contre l’ordinaire, ce sont quatorze textes aux thèmes variés et étranges, et dans des genres complètement différents : la science-fiction, l’absurde, l’humour, l’horreur ou même le récit autobiographique. Je me disais que mes nouvelles étaient tellement différentes et qu’il n’y avait rien vraiment qui les unissait. Finalement, quand je l’ai soumis, l’éditeur a trouvé que ce qui les unissait, c’était peut-être justement qu’elles soient complètement éclatées et tellement différentes, et qu’on propose au lecteur des mondes absurdes. C’est peut-être ça qui fait l’union de la chose, réfléchit Charles-Étienne Ferland, qui affirme que son recueil s’inscrit définitivement dans les littératures de l’imaginaire. 

Si tous les textes ont été écrits dans un but précis, pour répondre à un appel de textes ou un concours, l’auteur confie que ce qui l’anime, c’est de se demander ce que les gens n’auraient pas tendance à imaginer, mais qui serait quand même dans le cadre du thème demandé. Où est-ce qu’on ne m’attend pas? Il y a une citation de Bernard Werber que j’aime bien qui dit que de surprendre son lecteur est une politesse. Moi, en tant que lecteur, j’aime beaucoup quand c’est le cas, donc c’est quelque chose que j’essaie de reproduire. Il s’agit donc d’un livre dans lequel on s’éloigne des situations quotidiennes de la vie ou, si on est dans le quotidien, il s’y passera des choses qui viennent briser la monotonie et qui nous mènent à des endroits inattendus. 

On a des mondes sous-marins où les gens vivent à l’envers de notre monde à nous, une maison où les gens entrent mais ne ressortent pas toujours, une descente en Enfer à bicyclette, une bonne vieille vendetta entre anciens collègues de classe et une chasse à l’homme dans un monde sans dessus-dessous où on ne peut pas compter sur la logique pour s’en sortir, donne-t-il en exemple des univers proposés. Inspiré par Dévorés, son premier roman, Charles-Étienne Ferland a même imaginé dans Une dent contre l’ordinaire une Europe futuriste où de minuscules drones ressemblant à des insectes sont envoyés par des rebelles pour ravager les cultures et ainsi briser le système en s’attaquant à la base d’une civilisation : sa source de nourriture.  

Les quatorze textes ont cependant été retravaillés avec l’équipe de Prise de parole, et certains ont même parfois pris une forme complètement différente. Une autre nouvelle, Humain en conserve, propose un débat entre une mère et son fils, parce qu’ils vont visiter leurs ancêtres, qui sont maintenus dans des cuves de conservation permettant de maintenir les humains en vie très longtemps, on devine au-delà de 200 ans, mais ils sont maintenus en vie artificiellement. Donc le fils pense que ça n’a pas de bon sens de les garder vivants, tandis que sa mère se sent privilégiée de pouvoir côtoyer ses ancêtres grâce à cette nouvelle technologie, raconte l’auteur, qui ne donne raison à personne à la fin, mais qui propose une réflexion intéressante sur la vie. 

S’il peut y avoir quelques réflexions et qu’il y a aussi des touches d’humour saupoudrées ici et là dans le recueil, l’auteur le recommande surtout pour se plonger dans de nouveaux mondes et voyager à travers des univers bizarres et décalés. Puisque lui-même s’est autant amusé à imaginer ces univers inventifs, Charles-Étienne Ferland souhaite à son tour à ses lecteurs de passer un bon moment, de penser à autre chose, de se distraire, de se divertir, et de partir en vacances quelques minutes dans ces pages-là! 

Le recueil de nouvelles Une dent contre l’ordinaire, de Charles-Étienne Ferland, est paru aux Éditions Prise de parole. 

Alice Côté Dupuis
27 mars 2019