«Le tiers exclu» de Catherine Bellemare: Quand amour et haine sont parents

19 décembre 2018

Chaque semaine, le Regroupement vous présente
une nouveauté franco-canadienne

Le tiers exclu de Catherine Bellemare 

Le tiers exclu

Quand amour et haine sont parents

Après avoir abordé les relations de couple et la mort de la famille nucléaire parfaite dans son premier roman – une autofiction –, Catherine Bellemare avait le sentiment que ce n’était pas fini, qu’il lui fallait en parler davantage encore et qu’il y avait matière à un second roman sur la thématique. Dans Le tiers exclu, publié aux Éditions David, l’auteure gatinoise part cette fois-ci davantage de son entourage que de sa propre expérience de vie pour revenir sur le couple, mais se tourne ici vers une famille dysfonctionnelle : un couple de parents qui n’étaient pas prêts à l’être.

Je trouve que dans mon mode de vie, j’incarne beaucoup de tabous, dont le fait de ne pas vouloir d’enfants. À un certain point, c’est devenu une espèce de frustration d’avoir toujours à se justifier, et j’ai commencé à écrire à partir de ça, de ce sentiment-là, raconte Catherine Bellemare, qui déplore qu’un homme qui ne veut pas d’enfants ne se fait jamais vraiment questionner, tandis que les femmes sentent le besoin constant de se justifier si elles ne veulent pas enfanter. C’est l’une des raisons qui ont poussé la jeune auteure à se mettre dans la peau de son personnage de père, et à se laisser aller à quelques vulgarités, presque, ou à des passages très crus sur le sujet, pour se défouler.

Le père de la famille qu’elle a imaginée est très misogyne et imbu de lui-même, tandis que la mère, c’est une femme qui n’a pas eu une enfance facile, et ça transparaît beaucoup dans la façon dont elle agit avec sa fille. Sa fille, c’est une personne très intelligente, très stimulée, mais beaucoup refermée sur elle-même, très solitaire et qui ne se fait pas confiance, ajoute l’auteure, qui consacre des parties spécifiques de son roman à chacun de ses personnages, à tour de rôle. Au final, elle propose toutefois un regard d’ensemble, pour que le lecteur puisse se faire sa propre opinion de la dynamique en comprenant les différents points de vue.

J’ai beaucoup d’amis qui sont parents et que je respecte, que j’adore, et je ne fais pas la vie facile aux parents dans mon roman, mais je veux préciser que je trouve le travail de parent remarquable. C’est un travail d’être parent! Ce sont des valeurs que je respecte, et pour moi, mon livre n’est pas une charge contre le fait d’être parent, nuance Catherine Bellemare. Pour l’auteure, il faut toutefois reconnaître que dans certains cas, il aurait été préférable de s’abstenir d’être parents, si c’était pour devenir des parents comme elle le décrit dans son roman.

D’autant plus qu’il s’agit d’un choix, dans son histoire : c’était planifié, ce n’était pas un accident. Je trouve que c’est un manque de jugement quand tu n’as pas la fibre, que tu ne le sens pas, mais que tu décides tout de même d’avoir un enfant en espérant que l’instinct maternel te vienne, affirme l’auteure, avant de nuancer à nouveau. Les parents, on les juge beaucoup. Je suis là à lancer la pierre à ceux qui font des enfants alors qu’ils savent qu’ils ne devraient pas, mais pour vrai, il y a une partie de moi aussi qui est super indulgente. Avant d’être parents, on est surtout des humains, et c’est ça, le message, en fait.

Tout le monde a le droit à l’erreur, certes, mais Catherine Bellemare souhaite faire prendre conscience à ses lecteurs que tous nos choix ont un impact sur nous-mêmes et sur les autres. Elle souhaite surtout faire réfléchir. Je ne sais pas qui je suis pour apprendre quoi que ce soit à qui que ce soit, mais moi, ce que j’apprécie d’un livre, c’est qu’il me porte à aller plus loin, à penser autrement même si je ne suis pas d’accord. J’apprécie le fait de me faire piquer, de me faire entrevoir un chemin que je n’avais pas envisagé et qui me porte à la réflexion, assure celle qui considère que son second roman est plus assumé, plus articulé, et qu’il lui ressemble davantage sur le plan de l’écriture.

Catherine Bellemare met donc de l’avant une forte dualité dans Le tiers exclu, car si elle semble très dure dans la façon dont elle décrit ses personnages et qu’elle peut sembler les juger en montrant à quel point ceux-ci sont de mauvais parents, à la fin, elle essaie d’ouvrir au lecteur une porte qui laisse entrevoir comment, finalement, on fait tout ce qu’on peut et qu’on reproduit ce qu’on connaît. On dirait que je fais la paix avec mes personnages à la fin du livre. Sans en faire une fin heureuse et parfaite, j’insuffle tout de même un peu d’espoir, parce qu’après tout, on est humains avant d’être parents, et c’est ça, je pense, l’idée principale.

Le roman Le tiers exclu de Catherine Bellemare est publié aux Éditions David.

Alice Côté Dupuis
19 décembre 2018