«Donc je suis» de Maurice Henrie: Aller au bout, puis revenir

12 septembre 2018

Chaque semaine, le Regroupement présente
une nouveauté franco-canadienne

Donc je suis de Maurice Henrie

Donc je suis

Aller au bout, puis revenir

Après avoir observé l’influence exercée par le temps sur sa pensée et ses écrits dans Le poids du temps (2017), l’auteur Maurice Henrie avait envie d’aller au bout de cette nouvelle manière d’écrire et de penser. Donc je suis, son nouveau recueil de courts essais publié aux Presses de l’Université d’Ottawa dans lequel il s’exprime sur des sujets actuels qui le touchent particulièrement, va droit au but : il rassemble et résume de manière plus directe, en quelque sorte, les pensées que l’auteur a diluées par le passé dans ses autres écrits de fiction.

J’ai voulu simplement écrire un livre qui présentait certains aspects de ma vie et qui, je pense, se retrouvent dans la vie des autres aussi, résume Maurice Henrie, qui est convaincu de rester, dans ce nouvel ouvrage, fidèle à l’homme et à l’auteur qu’il a toujours été, ainsi qu’à l’esprit qui anime tous ses livres. C’est le même auteur qui parle, bien sûr! On va reconnaître des pensées que j’ai depuis longtemps, seulement elles n’étaient pas exprimées de façon aussi dense, et elles vont moins vers la fiction et davantage vers la réflexion.

Bien sûr, l’auteur est un habitué des recueils de nouvelles et des romans, mais il a amorcé depuis 2017 avec Le poids du temps (Presses de l’Université d’Ottawa) une réflexion sur le monde qui l’entoure, avec une façon d’écrire, de dire des choses d’une manière dense, avec beaucoup d’économie de mots. Il nous livre donc une autre série de 25 textes courts – de 6 à 8 pages maximum, car je n’aime pas la verbosité; je suis un homme qui aime bien être bref et précis – qui se veulent des réflexions à tendance philosophique sur divers sujets de la vie, sans être liés les uns aux autres, mais qui sont tous liés à un exergue, tantôt de Saint-Exupéry, tantôt de Valéry ou Louis Aragon, soigneusement choisi pour faire écho au propos de chaque essai.

Le passage du temps, l’usure des choses, les amitiés, l’évasion fiscale, le voyage, la maturité, la religion, le système judiciaire ou même le sort réservé aux artistes en général, mais en particulier aux écrivains et auteurs dans la francophonie canadienne sont quelques-uns des thèmes traités. J’ai tenté de choisir des sujets qui m’étaient particulièrement signifiants ou précieux à ce moment-ci de mon existence; les textes sont d’actualité. Et j’ai voulu les écrire comme ça, dans un ordre défini, logique et organisé. Tout a été très réfléchi. Si bien réfléchi que Maurice Henrie a maintenant l’impression avec cet ouvrage d’avoir tout dit ce qu’il voulait dire dans cette forme et genre de texte; il n’y reviendra pas et retournera ensuite vers la fiction.

Mais en attendant, plutôt que de l’amuser comme on tente de le faire dans un roman ou dans une nouvelle, je veux avec cet ouvrage-ci faire réfléchir le lecteur, explique l’auteur, qui n’a pas choisi le titre de son ouvrage de façon anodine, en s’inspirant de la célèbre phrase de René Descartes « Je pense, donc je suis ». Et je pense que les expériences que j’ai eues dans ma vie personnelle sont des expériences qui ont un côté universel. Ce sont des choses que tout le monde, tôt ou tard dans sa vie, finit par éprouver, par ressentir, ajoute l’auteur, qui avoue que ses réflexions sont celles d’un homme d’âge mûr qui a vécu la plus grande partie de sa vie, qui a eu une foule d’expériences et qui a voyagé dans 70 pays différents, mais qui peuvent très bien être lues par une personne de 20 ans… tant qu’elle reste consciente que le texte est plutôt ardu!

« Vous n’arriverez peut-être pas à bien comprendre ce que j’ai à vous dire, ni à me suivre dans mes méandres, dans le labyrinthe de mon esprit. Mais je tiens tout de même à vous le dire et à vous entraîner dans mon petit monde familier ».

L’auteur avertit ses lecteurs dans l’un de ses essais : Je voulais l’avertir que la lecture qu’il abordait n’en était pas une facile; c’est une lecture assez ardue, qui tend vers la philosophie, et c’est un texte dense. Il n’y a pas de verbosité là-dedans, ce sont des textes ramassés, courts qui vont droit au but. Mais je l’incite quand même à me suivre!, ajoute-t-il, en indiquant qu’il utilise tout de même beaucoup d’exemples du monde qui l’entoure afin de rendre le texte plus intéressant et d’actualité. Quand on lit un texte difficile à l’âge de 20 ans et qu’on le relit à 40 ou 50 ans, ça n’a pas le même impact, car la maturité acquise nous permet de comprendre davantage certaines choses, mais la compréhension n’est pas nécessairement supérieure; elle est différente, simplement, nuance finalement l’auteur.

Le recueil d’essais philosophiques Donc je suis de Maurice Henrie est publié aux Presses de l’Université d’Ottawa.

Alice Côté Dupuis