«Au secours! Je perds la vue!» de Martine Bisson Rodriguez: Accepter de se laisser guider

5 septembre 2018

Chaque semaine, le Regroupement vous présente
une nouveauté franco-canadienne

Au secours! Je perds la vue! de Martine Bisson Rodriguez

Au secours ! Je perds la vue !

Accepter de se laisser guider

Les imprévus font partie de la vie, et chaque jour on doit s’adapter. Mais qu’en est-il lorsque l’événement inattendu change notre vie du tout au tout et nous laisse dans une position de vulnérabilité? Comment se relever, accepter et aller chercher l’aide dont on a besoin pour reprendre sa vie en mains? C’est une belle histoire de résilience et de courage qu’a imaginée l’auteure Martine Bisson Rodriguez en écrivant Au secours! Je perds la vue!, un roman jeunesse publié aux Éditions L’Interligne à propos d’un garçon souffrant d’un handicap visuel.

Léo est un jeune sportif très doué, faisant partie de l’équipe élite de volley-ball, mais qui commence soudainement à avoir de la difficulté à jouer en raison de problèmes de vision. Il n’ose pas faire d’autres sports avec ses amis non plus, et sa famille ne comprend pas ses réactions, donc il se retrouve à s’isoler et à se décourager. À ce moment-là, ce qu’on voit dans le livre, c’est que l’enfant a une grande détresse, mais il finit par accepter son handicap, et puis il va se faire aider et épauler par sa famille et par des adultes signifiants pour lui, raconte la créatrice du personnage, qui s’est assurée de ne pas simplement se concentrer sur la perte de vue, mais aussi de s’attarder aux ressources, à l’aide et aux outils que le garçon va trouver pour s’adapter à sa nouvelle vie.

En tant qu’éducatrice spécialisée, j’ai toujours été en charge d’élèves ayant des handicaps, et je trouve que ces enfants-là, dès qu’ils sentent qu’on a une certaine compassion et qu’ils peuvent se fier à nous, ils sont en confiance et on peut les aider énormément à prendre confiance en eux et à leur faire voir qu’ils peuvent trouver les moyens pour réussir quand même dans la vie, explique celle qui a travaillé notamment avec des personnes dysphasiques, dyslexiques ou Asperger au cours de sa carrière. C’est d’ailleurs en finissant par accepter l’aide de spécialistes qui travaillent avec des non-voyants que le jeune garçon de son roman va développer une façon de vivre et de se réapproprier toutes les choses qu’il aimait.

Véritable histoire de résilience, de courage et de ténacité, Au secours! Je perds la vue! s’intéresse aussi à la détresse que peut vivre la famille d’une personne qui devient handicapée. Comment se comporter avec son frère ou sa sœur qui a perdu la vue? Heureusement, de nombreuses ressources existent pour épauler et guider tant la famille que les personnes souffrant d’handicaps, et Martine Bisson Rodriguez a trouvé important d’aller visiter ces endroits afin d’elle-même mieux comprendre la réalité qu’elle voulait décrire.

C’est à l’école spécialisée pour les personnes ayant des problèmes de visions Jacques-Ouellette, à Longueuil, au Québec, que l’auteure a commencé ses recherches, avant de se rendre à la Fondation Mira, où on lui a fait comprendre la démarche qu’un jeune doit faire pour avoir un chien – parce qu’on ne donne pas un chien-guide à qui veut, il y a toute une démarche et des apprentissages à faire –, et tout le travail avec l’Institut Nazareth et Louis-Braille. Pour l’éducatrice spécialisée, une personne vivant avec un handicap peut tout à fait vivre normalement, et si elle-même y croit et veut, c’est la moitié de la réussite, puisqu’elle y mettra de l’effort. Mais pour arriver à cet état d’esprit, il faut l’aide de son entourage et de spécialistes, et c’est un aspect que l’auteure voulait mettre de l’avant dans son livre.

Moi je crois beaucoup en leur force intérieure, alors il ne faut pas s’arrêter du tout à ce qu’on voit de l’extérieur, il faut aller au-delà de ça et il faut que l’enfant apprenne ça aussi : il est beaucoup plus que son handicap, achève-t-elle d’expliquer. Martine Bisson Rodriguez espère aussi que le livre mènera les jeunes à réfléchir et à discuter dans les écoles, car même pour un enfant ne souffrant pas d’handicap, la prise de conscience est importante : On se plaint souvent le ventre plein. Quand on a beaucoup de choses, on n’apprécie pas toujours ce qu’on a. En montrant ça, je pense que les enfants peuvent se rappeler qu’ils sont chanceux et peut-être l’apprécier davantage.

Finalement, c’est tout un réseau qui doit s’adapter au handicap d’une personne et apprendre comment réagir face à l’autre. Je voudrais que les jeunes lecteurs retiennent que même si l’autre est différent, il faut l’accepter. Et même s’il nous arrive un pépin, qu’on a un handicap, quelque chose qu’on n’avait pas avant ou une difficulté, il y a moyen d’accepter la situation qu’on vit et d’être heureux quand même. Il faut juste trouver les moyens à prendre, et pour ça, il faut être persévérant et foncer, et il ne faut surtout pas avoir peur de se faire aider.

Le roman jeunesse Au secours! Je perds la vue! de Martine Bisson Rodriguez est publié aux Éditions L’Interligne.

Alice Côté Dupuis