«Celui qui avance avec la mort dans sa poche» de Claudette Boucher : Quand tout le monde s’y met

15 novembre 2017
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Celui qui avance avec la mort dans sa poche de Claudette Boucher

Celui qui avance avec la mort dans sa poche

Quand tout le monde s’y met

Le roman policier a fait du chemin depuis la série Hercule Poirot d’Agatha Christie. C’est en s’interrogeant sur la possibilité réelle que le fait de résoudre une histoire de meurtre puisse être l’affaire d’une seule personne que l’auteure Claudette Boucher a décidé de se lancer pour la toute première fois dans le genre policier. Dans Celui qui avance avec la mort dans sa poche, publié aux Éditions L’Interligne, elle donne vie non pas à un enquêteur, mais bien à une équipe d’enquêteurs qui s’entraidera et s’alimentera pour trouver un assassin.

C’est vraiment l’œuvre de John Harvey qui m’a inspirée, car lui met en scène une équipe d’enquêteurs. Moi, je n’aurais jamais pensé écrire un roman policier; c’est véritablement parce que j’étais fascinée par cette équipe qui travaillait de concert pour arriver à une solution. Il me semble que la solution de tout ne provient pas d’une seule personne, mais de la bonne volonté de plusieurs personnes pour venir à bout de quelque chose, argumente Claudette Boucher, auteure jusqu’ici d’un roman psychologique et d’un autre pour adolescents. Sa première incursion dans le roman policier est donc née d’un grand amour pour le genre et d’une lecture presque compulsive de ce type de roman durant une quinzaine, si ce n’est une vingtaine d’années.

Celle qui dit avoir lu des maîtres du roman policier et avoir maintenant suffisamment appris d’eux était prête à se lancer à son tour : quand on lit, on étudie, aussi. Pendant 20-25 ans j’ai lu du roman policier, et c’était une forme d’étude technique. L’enquête, qu’elle soit n’importe où, quand on cherche le meurtrier, il faut avoir un alibi; quand on veut savoir qui a tué, il faut qu’on connaisse la victime. Ça, ce sont des techniques qui existent et qui demeurent, partout. Ce fût pourtant laborieux pour Claudette Boucher de tisser son récit, parce que le genre policier demande des astuces particulières pour mettre en place une intrigue où tout se tient, et qu’elle ne connaissait pas du tout le milieu policier avant d’y plonger. Ce qu’elle connaissait très bien, par contre, et qu’elle a utilisé pour assurer une crédibilité à son roman, c’est la région de l’Estrie, où l’auteure a habité une vingtaine d’années et où elle a décidé de situer son histoire.

Se déplaçant entre Sherbrooke et Stanstead – un poste frontalier entre le Canada et les États-Unis qui aura son importance dans le récit, dont l’immigration illégale est un enjeu présent en toile de fond –, ce roman s’ouvre sur la mort d’une jeune agente d’artistes, Sophie Plourde, qui se trouvait avec son mari au Jardin du petit pont de bois, l’un des seuls lieux fictifs du roman. Pour élucider ce meurtre, il y a d’abord Adam Kovac, que l’on suivra davantage que les autres, en raison d’une histoire particulière qu’il entretiendra avec Eugénie Grondin, une horticultrice qui venait travailler au Jardin du petit pont de bois, mais aussi le capitaine du bureau des enquêteurs et deux autres collègues policiers – un homme et une femme -; ils sont donc quatre au bureau des enquêteurs que l’on suit dans leurs recherches.

Il y aura une deuxième victime, avec le même mode opératoire que pour Sophie Plourde. Donc cette deuxième victime rendra la pression encore plus forte sur les policiers, révèle Claudette Boucher, qui avoue qu’au fil de l’histoire, plusieurs personnages, qu’ils soient touristes, agents du service frontalier ou employés du Jardin du petit pont de bois, pourraient tour à tour devenir suspects, même la propriétaire de l’établissement, une octogénaire d’origine mexicaine. Je laisse à un lecteur attentif des signes de pistes, avec lesquels il peut faire certains liens. Mais j’essaie aussi – je crois que j’y suis parvenue – que le lecteur ait la surprise de découvrir qui sera le meurtrier.

C’est dans cet esprit, d’ailleurs, que l’auteure a choisi son titre, après avoir lu un article dans lequel on parlait d’un monsieur africain qui avait survécu à plusieurs choses, et dont la traduction française du nom signifiait « Celui qui avance avec la mort dans sa poche » : dans mon contexte à moi, celui qui avance avec la mort dans sa poche, c’est un meurtrier, avec une espèce de nonchalance, si on veut; c’est pour ça que le meurtrier est insoupçonnable. Ce serait trop facile si les monstres avaient le visage qu’on leur prête quand on a peur, alors ce meurtrier-là, il a un visage très lisse – et c’est souvent comme ça dans la vie. Mon meurtrier, il a la mort dans sa poche, et pourtant on le voit avancer et on lui ferait pleinement confiance.

Malgré tout, que les détracteurs du roman policier soient rassurés : Claudette Boucher est une artisane qui travaille tant ses intrigues que la psychologie de ses personnages et des sujets abordés. Dans son livre, elle traite d’immigration illégale, mais aussi de la vulnérabilité des femmes – qui sont souvent les victimes, dans les polars – et de la violence envers elles. Certains questionnements de la société surgissent donc ici et là dans Celui qui avance avec la mort dans sa poche, puisque j’essaie de ne pas être trop banale, de ne pas faire quelque chose qui soit juste un roman d’aventures. Je ne vais pas me vanter d’avoir écrit un roman féministe non plus un roman sociologique, mais il reste que je laisse la porte ouverte sur une certaine réflexion.

Le roman Celui qui avance avec la mort dans sa poche de Claudette Boucher est publié aux Éditions L’Interligne.

Alice Côté Dupuis
15 novembre 2017