«Acadie Road» de Gabriel Robichaud : Faire son propre chemin

27 février 2018

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Acadie Road de Gabriel Robichaud

Faire son propre chemin

C’est lorsqu’il est sorti de l’Acadie pour déménager ailleurs que Gabriel Robichaud a saisi véritablement l’ampleur de l’impact de sa région natale sur la personne qu’il est devenue et sur ses actions. En prenant la route – au sens propre comme au figuré – entre Ottawa et Moncton, en passant par Trois-Rivières, la Gaspésie, Cap-Breton et la Baie Sainte-Marie, pour ne nommer que ceux-là, l’auteur et poète a redéfini son identité acadienne. C’est ce voyage géographique et identitaire qu’il propose aujourd’hui dans Acadie Road, un troisième recueil de poèmes publié aux Éditions Perce-Neige, tant pour découvrir les villes et villages qui habitent « son » Acadie, que pour constater la vitalité et l’affirmation d’un peuple.

« Et si j’y étais resté, j’en aurais même pas parlé », chantait l’auteur-compositeur-interprète Denis Richard sur Petit rocher, que Gabriel Robichaud a cité en exergue de son nouveau recueil. Un clin d’œil plein de sens, faisant écho à la réalité du poète, qui a réussi à finalement nommer l’Acadie dans ses textes pour la première fois, après avoir pris une distance par rapport au lieu. En en sortant un peu, j’ai été capable de trouver le moyen d’en parler, affirme l’auteur, qui s’est longuement demandé comment il serait capable de nommer ce territoire-là, alors que ça avait déjà été fait par d’autres auteurs aussi talentueux que Georgette LeBlanc, Herménégilde Chiasson, Raymond Guy LeBlanc, Gérald Leblanc, et Guy Arsenault, bien sûr, avec son Acadie Rock, un livre fondateur pour Robichaud, qui l’a incité à écrire, et qui est aussi cité en exergue.

En sortant de l’Acadie, j’avais besoin de me redéfinir par rapport à ça, de redéfinir sa place, et en même temps d’expliquer à tellement de reprises c’était quoi. Et de devoir me l’expliquer à moi, aussi, à plusieurs reprises, parce que c’est bien beau l’expliquer à d’autres, mais en parler, c’est aussi faire les choix de ce que je dis et de ce que je ne dis pas, ce qui reste important pour moi et ce qui devient anecdotique, analyse Gabriel Robichaud, qui avoue que ce recueil est probablement celui dans lequel il se commet le plus, dans lequel il est le plus vulnérable, tant dans sa forme que dans son propos. Si, par moments, il se permet des pointes d’ironie, des remarques un peu cinglantes ou même baveuses, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit, pour le poète, d’une grande déclaration d’amour à son Acadie.

Nous faisant voyager à ses côtés dans un grand road trip, Gabriel Robichaud use de poèmes parfois longs, donnant l’impression de la route, du chemin à parcourir, mais aussi de plusieurs textes très courts, davantage comme des petites sorties de route. L’idée, c’était de prendre la parole, de poser un regard, et ça devient quasiment une espèce de pancarte de bord d’autoroute sur laquelle tu vois la sortie : et si on prenait cette sortie-là? Qu’est-ce que j’aurais à dire là-dessus? Quel portrait ou aperçu est-ce que je pourrais faire de cette place-là?, a-t-il réfléchi afin de rédiger ces poèmes qui dressent comme une cartographie de l’Acadie et de ses alentours, puisque ses contours sont encore flous, aujourd’hui et depuis toujours. En parcourant les routes du Nouveau-Brunswick, qu’il connaît par cœur, mais aussi de la Nouvelle-Écosse, sans oublier la 132, au Québec, qui traverse la Gaspésie et qui se rend jusqu’à Trois-Rivières, Gabriel Robichaud visite tous des endroits qui m’ont marqué par rapport à une Acadie, là où elle existe, là où elle n’existe pas.

Le recueil commence comme un trop-plein, c’est une série de questions par rapport à d’où je viens, et qui mène à un moment donné à la question « pourquoi t’es parti? ». Je pogne les clés de mon char pis je décolle, illustre Robichaud, qui a imaginé ce parcours sur la route afin de montrer toutes les beautés, mais aussi les côtés négatifs des villes et villages, et des gens qui habitent le territoire qui l’a vu naître. Je te montre ce paysage-là, voici comment je le vois s’ancrer et voici comment je le vois vivre, avec ses qualités et ses défauts. C’est vrai qu’il y a plein d’affaires, et c’est chez nous. Je ne suis pas parti, je ne suis juste pas encore revenu, nuance-t-il en conclusion de son recueil.

Certains textes d’Acadie Road sont très forts, dont Le manifeste diasporeux, une espèce d’épilogue du recueil, co-écrit avec Jean-Philippe Raiche en 2014 et qui a continué à évoluer au fil du temps. L’idée, c’était de créer un manifeste pour présenter un peu d’où on venait, puis lorsqu’on a écrit ça, il y avait cette idée-là de placer l’Acadie dans l’histoire, l’Acadie dans la francophonie, nos influences acadiennes, l’Acadie contemporaine, l’Acadie par rapport au Canada, l’Acadie de l’avenir. La réflexion est donc globale, et Gabriel Robichaud aimerait que les gens, d’où qu’ils soient, sentent qu’ils peuvent s’approprier ses textes à leur façon. J’aimerais que ça dépasse l’anecdote personnelle, que ça devienne quelque chose qui parle, oui, du regard que quelqu’un pose sur un peuple, mais au final, qui parle d’un peuple, point, avec amour et contradictions.

Le recueil de poèmes Acadie Road de Gabriel Robichaud est publié aux Éditions Perce-Neige.

Alice Côté Dupuis
28 février 2018