«Un imaginaire minier: de roc et d’autres choses» au Salon du livre du Grand Sudbury 2018

18 mai 2018

Quatre auteurs inspirés par Sudbury

Le poète Thierry Dimanche est descendu dans ses bas-fonds, tandis que le sociologue Donald Dennie a retracé son histoire; le géographe Bruno Massé a imaginé la fermeture d’une mine semblable, alors que le dramaturge et comédien Jean Marc Dalpé a fait vivre à ses personnages une fuite puis un retour à de pareils grands espaces rocailleux : Sudbury et ses mines sont des sujets fertiles pour l’imagination des auteurs. Réunis autour d’une discussion animée par Myriam Caron Belzile à l’occasion du Salon du livre du Grand Sudbury, les quatre écrivains ont abordé la mine, le roc « et autres choses », ces thèmes « on ne peut plus sudburois ».

C’est un sujet violent : dans la mine, on extrait, on casse, on explose. Mais la réaction des êtres humains vivant aux abords de mines ou s’intéressant aux mines dans la littérature en est une d’extrême solidarité. C’est du moins le constat que semblent faire les quatre auteurs réunis le 12 mai dernier pour cette discussion. Lorsqu’il a analysé les relations sociales du milieu minier, Donald Dennie a effectivement remarqué une forte amitié qui relie les ouvriers, ces « vrais artisans » qui font vivre la mine, bien davantage que leurs promoteurs, et à qui il consacre son dernier livre, Une histoire sociale du Grand Sudbury – Le bois, le roc et le rail.

Mais au-delà de l’amitié, c’est aussi la solidarité des populations vivant aux abords de mines qui est ressortie de cette discussion, notamment en raison du sujet du livre de Bruno Massé, Creuse ton trou, publié aux Éditions Québec Amérique. Celui-ci voit une mine menacer de fermer dans un village, et ses habitants se mobiliser pour empêcher cette fermeture. Ce qu’il y a de particulier dans son roman, c’est que les mineurs n’ont pas la parole : ils sont partis, on découvre donc une ville minière sans mineurs. On y questionne ainsi le rapport que notre société a avec son territoire. Est-il possible de sortir le capitalisme de ce trou? Massé voulait parler de l’extractivisme, et les mines en étaient l’exemple le plus frappant.

Réfléchissant à sa propre œuvre, Jean Marc Dalpé n’a pu que réaliser que bien qu’on le questionnait sur sa mythique pièce Le Chien, le dramaturge abordait à nouveau cette thématique du départ et du retour à ce milieu rude mais très solidaire dans une nouvelle pièce à laquelle il travaille. Mais déjà, lorsqu’il est arrivé à Sudbury dans les années 1980, Dalpé est allé à la rencontre des familles de mineurs, s’est assis dans leur salon pour expliquer son projet théâtral, et affirme avoir été très bien reçu par des gens d’une grande générosité. Selon lui, c’est que face à la violence de ce qui a lieu dans les mines, les habitants doivent trouver une façon de vivre, et la réaction semble être unanimement chaleureuse et généreuse.

Thierry Dimanche, quant à lui, a créé un personnage qui est sorti du monde et descendu dans le cœur de la mine pour mieux s’isoler et se retrouver, dans Problème trente. Ce qui l’a intéressé, c’est cette mine comme image du tourment, de la fracture intérieure, du travail sur soi. Plus on la creuse et plus on voit sa virtuosité : la mine permet un beau parallèle avec le retrait du monde, le fait de creuser et de réaliser une introspection. Il y a là toujours cette idée de transformer, mais surtout de ramener à la surface du jour le fruit de ses recherches et la redécouverte de ses origines.

Dans cet ouvrage publié chez Prise de parole, la mine serait-elle symbole de liberté? Ce qui est sûr, c’est qu’en écoutant ses collègues autour de la table, le poète Thierry Dimanche constate qu’il existe de beaux contrastes dans les différentes visions que ces quatre créateurs ont de la mine. Mais le plus beau contraste, selon Donald Dennie, c’est qu’après avoir tout rasé auparavant pour créer des mines, on assiste depuis quelques années à une nouvelle végétation de ces grands espaces, alors qu’on y replante des arbres. Bientôt, les auteurs devront peut-être réinventer la façon qu’ils ont d’évoquer les mines dans leurs œuvres littéraires!

Table ronde sur l'imaginaire minierDe gauche à droite: Thierry Dimanche, Jean Marc Dalpé, Donald Dennie et Bruno Massé. Animation: Myriam Caron Belzile

La discussion « Un imaginaire minier : de roc et d’autres choses » a eu lieu le samedi 12 mai 2018 à l’occasion du Salon du livre du Grand Sudbury.

Alice Côté Dupuis