«La sultane dévoilée» de Jean Mohsen Fahmy: Aller au-delà des apparences

19 juin 2019

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La sultane dévoilée de Jean Mohsen Fahmy

Aller au-delà des apparences

La sultane dévoiléeGrand fan d’histoire, l’auteur de romans historiques Jean Mohsen Fahmy s’intéresse souvent à des époques ou à des personnages ayant existé et s’amuse à creuser plus loin ce qu’on sait d’eux. Étant lui-même natif de l’Égypte, il avait déjà entendu parler de Chagaratt el-Dorr, une sultane au destin incroyable, sans trop connaître les détails de ses accomplissements. Celle-ci se révéla être la seule femme de l’Histoire à avoir régné sur un sultanat arabo-musulman, et c’est en décidant d’explorer davantage sa vie que l’auteur a découvert non seulement une personnalité inouïe, mais aussi une histoire passionnante, qu’il se devait de raconter et, à sa façon, de recréer, dans La sultane dévoilée, son nouveau roman paru aux Éditions David.

Ayant véritablement existé au 13e siècle, Chagaratt el-Dorr – un terme arabe signifiant « arbre de perles » – a commencé sa vie au plus bas de l’échelle. Vendue comme esclave dans l’enfance, elle a réussi, grâce à son talent, son intelligence, sa beauté, sa finesse et son sens de la stratégie, à grimper les échelons de la vie sociale. Elle est devenue la femme d’un sultan de l’époque et ensuite, grâce à une série de coups de maître – ou plutôt de coups de maîtresse – extraordinaires, elle a été la première femme à accéder au statut de chef d’État d’un pays arabo-musulman, étant encore à ce jour la seule femme à avoir accédé à un tel statut depuis la naissance de l’islam, raconte Jean Mohsen Fahmy, l’auteur s’étant intéressé à sa destinée.

Bien que nous sachions que cette femme a réellement existé et qu’elle a effectivement accédé pendant un bref moment au statut de chef d’État, ayant même dirigé les armées musulmanes en lutte contre les Francs dans le cadre d’une Croisade, la vie intime de Chagaratt el-Dorr est très méconnue, par manque de documentation et d’archives à son sujet. J’ai donc comblé ces trous par mon imagination, indique Jean Mohsen Fahmy, et j’ai surtout voulu ressusciter une période, une civilisation et un mode de vie, qui est pour nous tout à fait exotique. C’est en effet, pour Marc Haentjens, directeur général des Éditions David, l’un des principaux intérêts de publier ce récit : c’est un roman historique qui permet de nous ouvrir sur un autre monde qu’on connaissait mal ou peu, mais qui est très instructif.

En effet, l’auteur a tenté de répondre à différentes questions qui nous semblent lointaines : par exemple, comment vit-on dans un harem au 13e siècle? Comment se manifeste l’amour à cette époque, dans un pays arabo-musulman? Qui sont les eunuques, ces hommes castrés qui avaient le droit d’entrer dans les harems? Mais au-delà de ces questionnements, le roman nous renseigne sur une époque où le monde arabe était extrêmement florissant, dominait toute la Méditerranée, et on n’a pas tout à fait conscience de ça, avance Marc Haentjens. De fait, on se rend compte que le calife de Bagdad et les sultans d’Égypte et de Syrie étaient des hommes extrêmement puissants, donc tout le Moyen-Orient était en plein essor et très conquérant. Je trouve ça vraiment intéressant de voir la splendeur du monde arabe à cette époque-là.

Il s’agit bien là de l’objectif de Jean Mohsen Fahmy : que ses romans soient, dans la mesure du possible, une recréation de la réalité, la plus fidèle possible. Et quand je dis la réalité, ce n’est pas seulement la réalité des événements historiques, mais aussi la recréation d’une culture, d’une façon de vivre et de la psychologie des personnages. Celui qui passe un temps fou à faire des recherches avant de se mettre à l’écriture souhaite que tout soit le plus crédible et réaliste possible, en fonction de l’époque, même s’il incorpore dans son roman des personnages invités par mon imagination qui croisent, dans leur destinée, les personnes qui ont véritablement existé et que je veux ressusciter à travers ce roman.

Chagaratt el-Dorr arrive au haut du pouvoir, elle dirige elle-même le sultanat pendant quelque temps, après l’avoir fait de façon non officielle, dans l’ombre de son mari, mais elle doit quand même respecter les apparences. Il faut quand même qu’elle garde son voile, qu’elle soit en réserve, en retrait, quand il y a des dignitaires qui sont là. C’est pour ça que c’est un livre qui adopte un point de vue très féministe, explique Marc Haentjens, dans le sens où il nous montre à quel point une femme peut être extrêmement brillante et en même temps, ne pas avoir le droit de l’être publiquement. C’est un propos qui est très actuel, conclut l’éditeur, qui pense qu’on ne peut pas s’empêcher d’être fasciné par l’histoire et le destin de cette femme, et qui considère La sultane dévoilée comme un roman plein de nuances qui peut intéresser tant pour son aspect historique que sociologique et, bien sûr, littéraire.

Parmi les autres intérêts du livre, notons la narration double, en alternance entre le regard de l’eunuque en chef, le seul lien entre le harem et l’extérieur, et celui d’une servante du harem qui devient la confidente de la sultane, ce qui permet de décrire une même réalité de façon complètement différente. Jean Mohsen Fahmy s’est rendu compte qu’en ressuscitant cette époque et cette femme, il allait nécessairement toucher au domaine du statut de la femme et des relations de pouvoir entre homme et femme. La sultane est une femme forte. Elle est le symbole de la force, de la résilience, de l’intelligence, de la finesse et de la perspicacité d’une femme accomplie. En d’autres mots, résume l’auteur, ce que j’ai essayé de dire, c’est que nous devons intégrer de plus en plus non seulement les questions d’égalité, mais aussi le fait que la femme est une contributrice essentielle à la création de l’humanité et de la civilisation.

Le roman historique La sultane dévoilée, de Jean Mohsen Fahmy, est publié aux Éditions David.

Alice Côté Dupuis
19 juin 2019