« Rue des rêves brisés » de Guy Bélizaire : Entre les deux mon cœur balance

20 novembre 2019

Chaque semaine, le Regroupement vous présente
une nouveauté franco-canadienne

Rue des rêves brisés de Guy Bélizaire

Entre les deux mon coeur balance

 

Rue des rêves brisés

Arrivé au Canada alors qu’il avait une vingtaine d’années, l’auteur d’origine haïtienne Guy Bélizaire a par la suite eu des enfants dans son pays d’accueil, qui ont grandi avec une identité et une culture canadienne. Observant chez eux comme chez bien d’autres enfants d’immigrants le tiraillement entre les valeurs et les enseignements transmis par les parents, et ceux reçus quotidiennement, dans le monde extérieur, il a décidé de se pencher sur la question dans Rue des rêves brisés, son nouveau roman sur l’adolescence, l’identité et l’héritage, paru aux Éditions L’Interligne.

Christophe a 17 ans, il est né à Montréal, de parents d’origine haïtienne. Il est récemment déménagé de Longueuil, en banlieue, au quartier multiethnique de Côte-des-Neiges, à Montréal, et s’est vite adapté et fait de nouveaux amis, à qui il tient énormément. Toute son enfance, il était intéressé et fasciné par Haïti, le pays dont ses parents lui parlaient sans cesse, mais quand son père a décidé de repartir pour de bon dans son pays d’origine, ce ne sera plus aussi simple, et sa vie va être grandement chamboulée. Son tiraillement, c’est surtout de suivre ses parents, ne serait-ce que pour une courte période de temps, ou rester avec ses amis et sa petite copine, achève de raconter Guy Bélizaire, à propos de la prémisse de son nouveau roman.

C’est qu’à l’adolescence, les amis, c’est très important. Quand, de surcroît, on a une petite copine, alors là, le monde se résume à ça : aux amis et à la petite copine, à ses habitudes quotidiennes. Donc si on demande à ce jeune-là, ne serait-ce que pour un simple voyage, de changer de monde, surtout durant la période estivale alors qu’il avait d’autres projets, il voit son monde s’écrouler, explique l’auteur, qui a situé son histoire à la fin des années 1980, après le départ des Duvalier, durant une période où tous les espoirs étaient permis en Haïti et où les exilés rêvaient de retourner dans le pays de leurs ancêtres pour refaire leur vie – le père de Christophe n’échappant pas à cette tendance.

Écrit à la première personne, du point de vue de l’adolescent, Rue des rêves brisésmet vraiment l’accent sur la vie à l’adolescence. Christophe parle de son histoire et de ses réflexions sur la vie, sur le monde qu’il découvre, et aussi sur le pays de ses parents, de ses ancêtres, qu’il ne connaît pas, mais qui l’a quand même toujours fasciné. Il donne son opinion sur ce qu’il observe, ce qu’il voit, ce qu’il entend, mais évidemment, la décision de son père va le forcer à reconsidérer plusieurs choses et à prendre une décision importante.

La puissance de l’héritage familial

Les parents qui sont nés en Haïti, on a connu quelque chose qu’on essaie de transmettre à nos enfants. Ceux-ci ont donc cette éducation-là à la maison, mais il y a le monde extérieur, aussi, alors souvent, il arrive un genre de tiraillement par rapport à ces deux cultures : qu’est-ce que je choisis? Est-ce qu’il y a moyen de faire un mélange des deux?, questionne Guy Bélizaire afin d’illustrer les thèmes explorés dans son roman. Ayant lui-même côtoyé plusieurs jeunes nés au Canada de parents immigrants – dont ses propres enfants –, l’auteur a souhaité se mettre à leur place en imaginant leur tiraillement entre le pays de naissance et celui de leurs parents, qu’ils ne connaissent pas, souvent, autrement que dans les histoires entendues dans la famille.

Ils ne connaissent pas le pays d’origine de leurs parents, mais c’est comme s’ils le connaissaient, parce qu’ils grandissent en écoutant des histoires sur ce pays-là. En plus, c’est peut-être un réflexe d’immigrant, mais les parents ont souvent tendance à présenter leur passé en embellissant. Comme on dit toujours qu’on parle du « bon vieux temps », tout devient plus beau avec le recul, explique Guy Bélizaire, qui avoue creuser la problématique de l’immigrant et les tourments de l’exil, grâce aux personnages du père de Christophe et de ses amis, mais que Rue des rêves brisésdemeure néanmoins, à ses yeux, un roman sur l’amour et l’amitié.

Ce qui complique l’histoire de Christophe, finalement, c’est réellement la présence de ses amis et de sa petite amie, les liants à sa vie montréalaise qu’il ne souhaite pas quitter, et le réel frein à son départ pour Haïti.Je crois qu’on vit dans un pays merveilleux, avec des gens merveilleux, affirme Guy Bélizaire pour expliquer en partie l’attachement de ses personnages à Montréal et au Canada. Mais comme partout, il y a du bon et du moins bon. C’était aussi important de montrer qu’il y a quand même un brin d’espoir dans toute la problématique que pourrait vivre Christophe ou les immigrants en général; il y a quand même un espoir dans le vivre ensemble.

Le roman Rue des rêves brisés de Guy Bélizaire est publié aux Éditions L’Interligne.

Alice Côté Dupuis
20 novembre 2019