Le REFC présente: Marc Haentjens, directeur général des Éditions David

18 octobre 2018

Si on a l’impression de le connaître puisqu’il œuvre aux côtés du Regroupement des éditeurs franco-canadiens depuis presque ses tout débuts, d’abord à titre de consultant, puis en tant que directeur général du REFC, avant de prendre la direction générale des Éditions David, Marc Haentjens a joué le jeu en répondant à notre questionnaire afin de se révéler davantage et sous un nouveau jour.

Marc Haentjens

1. Quelles ont été des lectures marquantes de votre jeunesse?

Adolescent, j’étais un assez grand lecteur, et il y a un auteur que j’ai beaucoup aimé : Albert Camus. C’est un auteur qui m’a complètement allumé; ce n’est pas le seul, pas du tout, mais j’ai beaucoup aimé son humanisme, je crois. Un autre auteur que j’ai adoré, c’est Boris Vian, pour la même humanité, mais pas du tout abordée de la même façon; d’abord, pas aussi réaliste, et aussi avec une certaine poésie, une forme de révolte, plus acide que Camus, qui est quand même toujours très équilibré. Il y a un livre de Camus que j’ai adoré, que j’ai lu à peu près cinq fois, c’est La chute; c’est un avocat qui se confesse au lecteur et qui fait un peu le tour de toutes les hypocrisies dans le monde. Ça, ça m’avait énormément rejoint. Je trouve que chez Vian il y a ça aussi, cette espèce de moquerie du système, du bourgeois, etc. D’autres auteurs comme Dostoïevsvki, Kafka, étaient aussi dans ma tasse de thé.

2. Qu’est-ce que vous aimez le plus de votre métier d’éditeur?

Il y a une polyvalence des responsabilités et des tâches, et des milieux, aussi, avec lesquels on collabore. Moi ça me plaît; c’est peut-être ce que je retrouvais aussi et que j’aimais dans mon métier de consultant, c’est que je pouvais passer d’un domaine à l’autre sans être coincé dans une petite case. Donc en édition, c’est vrai qu’on se promène dans beaucoup d’univers différents, et de tâches – ce qui est aussi lourd, parfois, parce qu’on doit être très polyvalent. Par exemple, moi je fais de l’édition, mais je fais aussi de la gestion, du marketing, je fais de la comptabilité, des demandes de subventions, etc. On fait aussi, aux Éditions David, du travail d’animation communautaire autour du livre et de l’édition, ce que j’aime beaucoup aussi : j’aime beaucoup cette présence dans la communauté. Je dirais que c’est un peu le mélange de tout ça qui me plaît, et aussi le fait qu’on travaille avec beaucoup de gens, que ce soient les auteurs d’un côté, à l’autre extrémité les libraires, les diffuseurs et beaucoup de partenaires. C’est très vivant et dynamique.

3. Lire tous ces manuscrits, ça ne vous donne pas envie de vous commettre à l’écriture à votre tour?

J’ai toujours été effectivement intéressé par l’écriture, mais ça a toujours été un peu en marge, en sourdine dans mes activités. Pendant longtemps, je collaborais assez régulièrement à la revue Liaisons, par exemple, puisqu’on m’avait offert une sorte de carte blanche. J’ai toujours aimé écrire, et j’ai des petits textes que je garde, mais en même temps, je pense que mon métier me comble suffisamment; je ne peux pas dire que je suis malheureux parce que je n’écris pas. Par contre, j’avoue que ce que j’aime beaucoup dans mon travail, c’est de lire, mais en fait, je ne peux pas y consacrer autant de temps que j’aimerais. Dans un monde idéal, je serais éditeur et je passerais mon temps à lire et à discuter avec des auteurs, réfléchir et discuter d’un manuscrit; ça me plaît beaucoup, mais malheureusement c’est une partie seulement de mon travail.

4. Quel est votre mot préféré de la langue française, et pourquoi?

Je dirais « utopie », parce que je suis un peu rêveur, donc j’ai toujours espéré que le meilleur arrive, que le monde change, mais c’est un peu utopique, aussi. J’ai aussi un degré de réalisme qui me fait savoir que ça n’arrivera pas si facilement, mais je rêve quand même toujours que les choses aillent mieux, aillent bien.

5. Quel genre de lecteur êtes-vous lorsque vous lisez pour le plaisir?

Je suis un lecteur de roman. Un auteur que j’aime beaucoup est Paul Auster; j’aime bien la littérature américaine, française, et québécoise aussi. Je suis toutefois un lecteur avare de son temps, parce que je n’ai plus beaucoup le temps de lire en dehors de mes lectures « obligées » dans le cadre de mon travail. Donc je suis plus économe de mon temps, ce qui fait que j’ai tendance à écarter un peu les gros livres, qui malheureusement s’empilent au pied de mon lit. Je lis des livres plus courts, mais je suis assez éclectique, quand même.

6. Y a-t-il une lecture scolaire obligatoire que vous avez trouvé pénible?

Je trouve qu’il faut trouver des lectures qui sont adaptées à l’âge qu’on a. Moi j’ai été élevé dans un collège classique, et malheureusement, je trouvais qu’on étudiait des grands auteurs très tôt, très jeunes. En fait, on remontait la littérature à partir du plus lointain jusqu’au plus récent; donc disons qu’à 10 ans on était au XVIe siècle, à 11 ans au XVIIe, etc. et moi j’ai toujours prétendu que ce devrait être le contraire; on aurait dû à 13-14 ans lire la littérature contemporaine. Moi j’ai apprécié Racine, Corneille et les grands dramaturges français quand j’avais un âge beaucoup plus avancé, alors que j’ai dû faire des dissertations sur Andromaque à 15 ou 16 ans, sans rien comprendre du tout ou en répétant ce que le professeur avait dit; ça n’avait aucun sens.

 Alice Côté Dupuis