La « petite chambre du grenier »  

2 octobre 2014

Le RECF a demandé à la romancière Hélène Koscielniak de nous partager ses impressions suite à sa présence au Thin Air Festival international des écrivains de Winnipeg. Voici son texte.

Sortir physiquement de mon coin de pays me déstabilise toujours un peu ; je préfère voyager en imagination dans mon bureau d’écriture. Bien que l’occasion m’offre invariablement de nouvelles perspectives. C’est pourquoi j’ai accepté de me rendre au Thin Air Festival international des écrivains de Winnipeg. Quelle ville splendide que la capitale du Manitoba ! Et que dire de l’hôtel Inn at the Forks ?Situé au cœur de Winnipeg, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, à proximité d’un parc, de sentiers pédestres, de sites historiques, de sculptures et de boutiques, c’est l’endroit idéal pour y passer un séjour.

J’ai été déçue de ne pouvoir visiter le Musée canadien pour les droits de la personne qui n’était pas encore ouvert au grand public. Toutefois, j’ai pu constater de visu la noblesse de son architecture, vingt-trois étages de verre surmontés de la Tour de l’espoir, qui n’a d’égal que son but : rappeler la fragilité des droits et libertés. Pour moi qui suis allée à Auschwitz et qui a signé des romans démontrant les tragiques conséquences du non-respect des droits humains – coupeurs de canne haïtiens en République dominicaine, Autochtones canadiens et soldats aux prises avec des problèmes de santé mentale  –  je ne peux qu’admirer l’initiateur du projet, Izzy Asper. Et malgré certaines critiques négatives, j’ose croire qu’une visite au Musée est comme la lecture d’un bouquin ; on en retire ce qu’on y apporte intérieurement.

Évidemment, un festival du livre est l’occasion par excellence de croiser des gens qui aiment écrire. Aussi, ai-je eu le bonheur de prendre un café avec Monia Mazigh, auteure et militante pour les droits de la personne. Étant donné la situation mondiale actuelle, notre conversation a été des plus intéressantes. J’ai également rencontré Herménégilde Chiasson et Simone Chaput, écrivains renommés, avec qui j’ai participé à deux événements littéraires très engageants.

La plume et le pinceau est une joute d’improvisation visuelle et littéraire qui jumelle auteur(e)s et artistes pour produire des œuvres mixtes sur papier. Dans un temps limité, et selon un thème donné, l’artiste crée une image. L’écrivain(e) rédige ensuite un court texte correspondant qui doit inclure deux mots clefs prescrits par le modérateur. Un exercice de suspense et de créativité. J’ai bien aimé.

Cependant, De l’oreille à la bouche a été mon coup de cœur : trois brèves lectures suivies d’une discussion avec différents groupes. L’intérêt de l’assistance m’a beaucoup touchée et le fait que cette activité ait lieu à la Maison Gabrielle Roy m’a absolument ravie. J’avais peine à croire que j’étais dans la « petite chambre du grenier » de cette grande écrivaine, sous la lucarne qui donne sur la Rue Deschambault, à lire un extrait de mon récent roman, Frédéric.

Hélène Koscielniak à la Maison Gabrielle Roy

Hélène Koscielniak à la Maison Gabrielle Roy

Après le départ des participants, je suis restée seule dans ce « refuge tant aimé » à tenter de sonder l’âme de cette femme qui y avait trouvé l’inspiration. Une citation affichée sur le mur, tirée de son autobiographie La détresse et l’enchantement m’a vraiment frappée pour la bonne raison qu’au cours de mes dix années de rédaction, je suis arrivée à la même conclusion. « Il y a ceci d’extraordinaire dans la vie d’un livre et de son auteur: dès que le livre est en marche, même encore indistinct dans les régions obscurs de l’inconscient, déjà tout ce qui arrive à l’auteur, toutes les émotions, presque tout ce qu’il éprouve et subit concourt à l’œuvre, y entre et s’y mêle comme à une rivière, tout au long de sa course, l’eau de ses affluents. »

Merci au RECF de m’avoir permis de vivre cette expérience.

Hélène Koscielniak


Hélène Koscielniak est l’auteure de Marraine, de Carnet de bord et de Contrepoids - romans qui ont remporté le prix Littérature éclairée du Nord en 2009, en 2010 et en 2012. En 2012, Les Éditions L’Interligne publient la suite de Marraine, Filleul. En 2008, pour Marraine, et en 2013 pour Filleul, l’auteure est finaliste aux Prix des Lecteurs de Radio-Canada. Résidente de Kapuskasing, dans le nord de l’Ontario, Hélène Koscielniak a occupé plusieurs fonctions dans le milieu scolaire. Aujourd’hui à la retraite, elle poursuit son rêve, celui d’écrire. Frédéric, roman publié en septembre 2014, est son plus récent livre.

La présence d’Hélène Koscielniak à cet événement a été rendue possible grâce à la contribution financière du Conseil des arts du Canada dans le cadre de la Feuille de route pour les langues officielles du Canada 2013-2018 : éducation, immigration, communautés et du Thin Air Festival international des écrivains de Winnipeg.

Conseil des arts du Canada Thin Air Festival