« Memoriam » de Michel Picard : un accusé sous Alzheimer

30 septembre 2020

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Memoriam de Michel Picard :
un accusé sous Alzheimer

Memoriam de Michel PicardPhilippe, un neurochirurgien prodige, dédie sa carrière à la maladie d’Alzheimer. Motivé par le désir d’innocenter son père atteint d’Alzheimer, qui est accusé du complot terroriste ayant coûté la vie à sa mère, il fera tout pour atteindre son objectif même si cela doit le pousser à transgresser les limites éthiques et morales, au grand désarroi de sa sœur aînée, Camille. Les recherches de Philippe font du surplace jusqu’à ce qu’il rencontre William, directeur d’une entreprise privée qui se spécialise en neurosciences. C’est dans cet univers que nous plonge le roman Memoriam de Michel Picard, publié aux Presses de l’Université d’Ottawa (PUO).

Le titre de ce roman est très évocateur de son sujet — l’auteur rappelle que Memoriam, ça veut dire « mémoire » en latin. La mémoire est quelque chose d’assez mystérieux, qui n’a pas livré encore tous ses secrets. Cette faculté a une importance capitale pour nous, homo sapiens : elle est le siège de nos souvenirs et de nos apprentissages. Avec le temps, elle a tendance à perdre des « morceaux » en chemin. Comme Michel Picard le dit si bien, la mémoire, c’est comme une grosse bibliothèque avec beaucoup de tablettes. Des fois, on perd un livre ou deux sur une tablette et on ne sait plus trop où c’est rendu.

Mais le temps n’est pas le seul responsable des pertes de mémoire, provoquées également par des accidents ou des maladies. La maladie d’Alzheimer — la plus répandue dans notre société — est au cœur de cette histoire inspirée de l’expérience personnelle de Picard. Ça a commencé avec mon père, qui est décédé des suites de la maladie d’Alzheimer. L’aspect de la mémoire et des souvenirs, que tout le monde perd avec la maladie d’Alzheimer, ça m’a toujours intrigué. J’ai associé à cette idée-là une intrigue où il y avait un élément malheureux qui demandait à ce qu’on retrouve l’information [enfouie] dans la mémoire.

Un mélange de science et de renseignements

Son passé en tant qu’analyste du renseignement criminel à la GRC a beaucoup servi Picard dans l’écriture de son roman. En effet, l’auteur a fait partie de l’équipe ayant enquêté sur l’affaire Norbourg, un des dossiers marquants de l’histoire économique du Québec. Sa formation en science politique, avec une spécialité en renseignements de sécurité, l’a elle aussi beaucoup inspiré. On retrouve cette spécialité au cœur de l’histoire, avec les accusations de complot pesant sur le père et le mystérieux William. Le caractère « services secrets » qu’amène Fisher avec sa compagnie privée donne une touche de sécurité. Donc, j’ai mixé les renseignements et le côté enquête avec la maladie de mon père, pour faire germer cette intrigue-là, explique-t-il.

En mettant en scène un neurochirurgien, l’auteur a voulu éviter de tomber dans une histoire purement axée sur les renseignements, comme l’a fait notamment Ian Rankin. Picard a plutôt imaginé une enquête dans le domaine médical et de la mémoire. On peut donc qualifier ce roman de thriller scientifique. La recherche neurologique que le personnage fait sur la mémoire de son père et d’un autre patient, c’est une enquête médicale.

Une fiction approuvée

Par souci de vraisemblance, Michel Picard a consulté des spécialistes dans le domaine médical, et lu au sujet de la maladie d’Alzheimer. J’ai fait beaucoup de lecture sur la maladie d’Alzheimer et sur le système nerveux, pour [en] comprendre un peu la mécanique. Entre ce que j’ai lu et ce que j’ai écrit, il y a une grosse différence parce que j’ai dû couper. Il ne fallait pas que ça devienne trop technique ; il fallait que ça soit à la fois compréhensible et vraisemblable. Pour faire de la fiction basée sur le réel et la science, il était nécessaire pour l’auteur de mener des recherches. C’est de la science-fiction, [mais] il faut quand même que ça soit envisageable. En d’autres mots, la possibilité de voir un jour se matérialiser la technologie utilisée dans le roman doit exister. Les techniques et les théories mises à profit par Philippe, le personnage principal, ont été corroborées par des médecins. J’ai confronté des spécialistes avec mes théories et je n’ai pas frappé de mur, dit-il modestement.

Le roman Memoriam de Michel Picard est paru aux Presses de l’Université d’Ottawa (PUO) aux formats papier et numérique.

Julien Charette
30 septembre 2020