«Matin onguent» de Mo Bolduc :

Une quête identitaire inclusive

1 Décembre 2021
Actualité
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Matin onguent
de Mo Bolduc :
Une quête identitaire inclusive

** Dans le souci de respecter le propos de l’artiste et de son oeuvre, cet article utilise l’écriture non genrée.

Ce recueil fait suite à l’exploration des relations amoureuses et des limites du langage entamée par Mo Bolduc dans Dead end (Éditions Perce-Neige, 2017). Avec Matin onguent, également publié aux Éditions Perce-Neige, iel nous parle de ses désirs et de ses blessures, de ses défis et de ses démons. Tout en s’interrogeant sur son identité, l’artiste joue avec les règles et les contraintes de genre présentes au cœur de la langue française.

Matin onguent débute au moment où Mo Bolduc a pris pleinement conscience de son besoin de renouveau, du sentiment qu’iel devait repartir à zéro dans un tout nouvel environnement. Ça commence avec mon déménagement à Montréal. Je suis originaire du Nouveau-Brunswick, où j’ai habité pendant vingt-sept ans. Ça raconte donc ce que j’ai vécu durant ma première année dans une nouvelle ville. Il y avait cette euphorie d’arriver dans un lieu où on se sent complètement libre, avec toutes les contradictions que ça implique.

Une écriture à fleur de peau

Le recueil porte sur des sujets très intimes à Bolduc, ce qui, de son propre aveu, a rendu l’écriture un peu ardue. C’est mon trajet à travers mes difficultés avec l’amour, la consommation d’alcool et la question identitaire. C’est l’incompréhension face à des choses que je ressens et qui se produisent, mais sur lesquelles je n’arrive pas à mettre le doigt.

Avec la pandémie et la perte de la personne qui était son pilier, iel a du se livrer à une profonde mais nécessaire remise en question pour pouvoir continuer à avancer dans la vie. C’est ce cheminement que l’on perçoit à travers les poèmes du recueil. La pandémie a fait en sorte que j’ai dû tout arrêter et faire face aux choses que j’essayais d’engourdir depuis longtemps.

Une fois le recueil fini, j’étais stressé(e), parce que c’est super intime comme œuvre. Quand on travaille aussi près de ses émotions, c’est toujours difficile. [Le processus de création] a été très chaotique, très destructeur, avant que j’aboutisse à une lumière. Cela m’a aidé(e) à mettre des mots sur des émotions, puisque j’ai dû les conscientiser pour pouvoir les transmettre. C’est un coming out!

Un pont entre deux œuvres

Tout comme l’ensemble de ce projet d’écriture, la recherche d’un titre au recueil a demandé du temps et a constitué un défi pour Mo Bolduc. Avec mon éditrice, on a essayé de trouver le thème qui ressortait le plus dans mon recueil. L’idée du matin, du recommencement revenait souvent. À un endroit, j’utilisais l’expression « matin ecchymose », qui a éventuellement été choisie comme titre pour un court métrage réalisé avec des textes que l’on retrouve ici. Donc, je voulais faire le pont avec Matin ecchymose. C’est pour ça que chaque section est un matin différent. Il y a « Matin coupable », « Matin manège », « Matin ecchymose », et puis « Matin onguent », qui est le baume venant s’ajouter sur les autres matins.

Un langage qui se veut inclusif

On a affaire ici à une œuvre dite non genrée, où l’artiste se sert d’un « je » tantôt féminin, tantôt masculin, et tantôt neutre. De son propre aveu, Bolduc concède que ce jeu du langage peut rendre la lecture plus laborieuse. On s’est posé beaucoup de questions par rapport à la langue, par rapport à la place de la langue dite non genrée, à savoir comment on pouvait l’insérer [dans mes textes]. Les personnes que cette cause interpelle reconnaîtront donc ce souci d’offrir une œuvre inclusive.

Par la bande, Mo Bolduc a profité de l’occasion pour s’amuser avec la langue française. Iel voulait montrer que notre langue est en constante évolution et qu’elle n’est pas figée dans le temps. Dans la dernière partie, je m’amuse avec la langue française. J’espère ainsi piquer la curiosité des lecteurs quant à l’idée que la langue française évolue en même temps que les gens dans la société.

Le recueil de poésie Matin onguent de Mo Bolduc est paru aux Éditions Perce-Neige, aux formats papier et numérique.

Julien Charette
30 novembre 2021