Sélections thématiques: Lauréats du Prix Trillium

En 1987, le gouvernement de l’Ontario a créé le Trillium Book Award afin de rendre hommage à l’excellence et à la qualité de la littérature de la province. En 1994, un second volet, le Prix Trillium, est mis en place dans le but de récompenser les auteurs et auteurs francophones de l’Ontario. En 2003, le Prix de poésie Trillium de langue française est instauré. Depuis 2006, le Prix Trillium couronne en alternance un recueil de poésie et une oeuvre jeunesse dans le cadre du Prix du livre d’enfant Trillium (langue française). Pour en savoir plus sur ce prix littéraire, consultez le site Web de la Société de développement de l’industrie des médias de l’Ontario (SODIMO).

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Lauréat 2018 du Prix Trillium: Sous le ciel de midi d’Aurélie Resch (Éditions Prise de parole)

Là, regarde-moi. Tout va bien. Je suis là. Je ne te quitte pas. Vois mes yeux. Ils ne te lâchent pas. Tu es peut-être loin des tiens et loin du soleil, mais tu n’es pas seul. Il faut me croire. Je suis là. Ne te préoccupe pas de tous ces cris et de cette agitation. Regarde-moi.

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Oubliez

Lauréat 2018 du Prix de poésie Trillium: Oubliez de Sylvie Bérard (Éditions Prise de parole) 

Je ne veux pas
marcher dans les mêmes ornières, je
ne veux même pas les apercevoir à
mes pieds, parce que je ne veux pas
des voyages à contresens.
Je veux chaque syllabe neuve
dans l’enfilade des jours, je veux
que ma vie soit ponctuée de
fraîcheur. Je ne veux pas l’oubli.

La mesure du temps

Lauréat 2017 du Prix Trillium: La mesure du temps de Jean Boisjoli (Éditions Prise de parole)

Nous faisons nos adieux au lac Winnipeg. Je dirige Bernard vers le petit stationnement où nous avons laissé ma voiture lorsque nous sommes arrivés en matinée. Bernard a soigneusement plié la couverture. Il la tient à deux mains devant lui, comme on fait pour ne pas échapper un vase fragile et précieux. Il marche en levant à peine les pieds. On dirait qu’il veut étouffer le bruit de ses pas, comme s’il sortait de la chambre d’un enfant qui vient de s’endormir.

 Lauréat 2017 du Prix du livre d’enfant Trillium: Ski, Blanche et avalanche de Pierre-Luc Bélanger (Éditions David)

Au mois de novembre, ma fugue de trois semaine fait déborder le vase. Un policier patrouille dans la basse-ville et me retrouve à moitié mort sur un banc du parc Major. Je ne me souviens pas trop de ce qui m’a fait prendre le large. L’alcool et les drogues embrouillent ma mémoire. Quand ça vient au « pourquoi? » et au « comment? », je n’ai aucune réponse. D’ailleurs, il y a plusieurs souvenirs que j’aime mieux oublier…

Marjorie Chalifoux

Lauréat 2016 du Prix Trillium: Marjorie Chalifoux de Véronique-Marie Kaye (Éditions Prise de parole)

À la mort de sa femme, Chalifoux cessa de rire. Même avant, il ne riait pas beaucoup. Mais après, du rire, il n’en resta plus un brin; pas même un soupçon, ou le début d’une nuance sur un coin de lèvre qui aurait pu annoncer une ombre de gaïeté – non. Rien.

Neuvaines

Lauréat 2016 du Prix de poésie Trillium: Neuvaines de David Ménard (Éditions L’Interligne)

prends-moi comme si demain tournait à néant
je réclame tes bras comme seul refuge et le monde dans ton regard

dis-moi encore que tu dois partir et je t’aimerai

et je capturerai l’infini

violoncelle pour lune d'automne

Lauréat 2015 pour le Prix Trillium: Violoncelle pour lune d’automne de Michel Dallaire (Éditions L’Interligne)

Assis devant la baie vitrée du salon, un vieux manuscrit à la main, j’ai longuement observé l’ambiguïté de cet entre-deux-saisons qui ouvre la voie à ce que d’aucuns qualifieraient de sereine mélancolie; celle qui permet de remettre les pendules à l’heure quand la musique d’une vie amplifie le moment, secoue l’ordre, nous arrache à l’indifférence ou au territoire neutre qui nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont. Quand tous les éléments réunis semblent mener au recommencement.

Mauvaise mine

Lauréat 2015 du Prix du livre d’enfant Trillium: Mauvaise mine de Micheline Marchand (Éditions L’Interligne)

— T’es même pas capable de faire ça !
    Le corps d’Alain se raidit. Chaque fois que son père élève la voix, sa réaction est la même. Il replace distraitement son oreiller derrière sa tête et essaye d’ignorer la dispute qui fait rage dans le salon. Les éclats de soleil de septembre sautillent sur la surface lisse du miroir. Alain lève les yeux vers la glace qui lui renvoie son image: un visage grave et soucieux.

mauvaisemerepetit

Lauréat 2014 du Prix Trillium: La mauvaise mère de Marguerite Andersen (Éditions Prise de parole)

Et tout ce monde parle, parle sans arrêt, se parle. Les tout petits parlent parfois si vite que l’on ne peut pas saisir ce qu’ils disent. Cela me ravit. Il y en a qui font des discours, il y en a qui inventent des histoires, parfois ils parlent tous en même temps. J’espère qu’ils ne se tairont jamais.

Rêver au réel

Lauréat 2014 du Prix de poésie Trillium: Rêver au réel de Daniel Groleau Landry (Éditions L’Interligne)

arriva l’hiver, le vrai, celui du Nord, qui lacère le bonheur avec la peau, qui amène le désir de chaleur, le goût d’un corps près du sien dans les fourrures. Arriva la découverte de l’attente de l’été, le dégoût et plaisir simultané de la boue du printemps qui annonce la désinvolture, la disjonction entre l’école et le plaisir qu’on obtient à rôder dans les parcs louches avec nos amis louches et notre gueule louche.

Bleu bémol

Lauréat 2013 du Prix Trillium: Bleu bémol de Paul Savoie (Éditions David)

la lumière te maquille de brillance

ton corps à peau tendue
bat le tam-tam
comme le doigt fait parfois vibrer
la corde la plus triste
l’accord soutenu de la déchirure

Moine trop bavard

Lauréat 2013 du Prix du livre d’enfant Trillium: Un moine trop bavard de Claude Forand (Éditions David)

– Qui… qui est là?
   Soudain, ce qu’il aperçut lui fit échapper son couteau.
– Vous ici! Si la police savait que…
   Il n’eut pas le temps de terminer et fut violemment projeté au sol. Le Frère Adrien se débattit, mais son assaillant le frappait avec l’énergie du désespoir. Il sentit les cours de poing à l’estomac, dans le dos, au visage. Sa lèvre inférieur saignait. Le moine parvint à repousser son agresseur et à se relever en titubant. Il haletait comme une bête traquée, à bout de souffle et paralysée par la peur.
Son échappé fut de courte durée. Il tenta de s’enfuir, mais à trois mètres de la porte, son adversaire qui s’était emparé du couteau de cuisine le rattrapa. Il ressentit soudain une lame de métal s’enfoncer dans son dos, ce qui lui arracha un cri strident. Puis un autre coup. L’instant d’après, le Frère Adrien s’écroula sur le sol de la grange jonché de foin.

jeudinovembre

Lauréat 2012 du Prix Trillium: Jeudi Novembre de Michèle Vinet (Éditions Prise de parole)

   Autant son comportement est étrange, autant il est comique avec la couverture et les pantoufles de Monsieur Légaré. On dirait un amnésique sorti d’un profond coma pour qui le monde est neuf.
   Envoûtée par le sourire du jeune homme et attendrie par ses yeux noirs et sa condition, DesAnges déclare que, si on ne trouve pas qui est cet étranger, elle l’adoptera derechef. Il sera son fils unique bien-aimé. Puisque c’est aujourd’hui le premier jeudi du mois, il s’appellera Jeudi Novembre. Le médecin, sommé d’évaluer la santé du nouvel arrivé, le déclare en excellente forme quoique un peu sonné et le constable, Monsieur Michel, accepte, si DesAnges n’en a pas peur, qu’elle héberge l’étranger jusqu’à ce qu’on établisse son identité.

atiredailes

Lauréat 2012 du Prix de poésie Trillium: À tire d’ailes de Sonia Lamontagne (Éditions Prise de parole)

nos corps vagabondent
nos regards se croisent
s’éternisent
comme les phares de deux voitures
à une intersection

le sien est de feu
le mien d’arrêt

nos corps sont des voitures qui ne freinent pas
la vie une course contre la montre

unsoufflevenudeloin

Lauréat 2011 du Prix Trillium: Un souffle venu de loin d’Estelle Beauchamp (Éditions Prise de parole)

   Au téléphone Clara m’avait dit: « Venez tout de suite. Voudrais-tu avertir Sophie? » Le temps de donner un coup de fil à ma fille, Robert avait fait démarrer la voiture. En route pour l’hôpital, balayant mes doutes sur Son existence, je priais Dieu en silence. « Seigneur, Seigneur, faites que j’arrive à temps, que je voie encore une fois son regard, qu’elle sente encore une fois la pression de ma main, une fois seulement! » Mais ce pauvre Dieu était bien impuissant à faire dévier le cours du monde qu’Il avait mis en mouvement. La circulaire n’est pas devenue miraculeusement fluide, les feux rouges ne sont pas passés au vert, le parc de stationnement affichait complet. Robert m’a déposée à la porte de l’hôpital, j’ai couru jusqu’à la chambre. Clara était seule auprès de sa mère. Elle m’a serrée dans ses bras:
« Elle vient juste de mourir. Je lui disais que tu serais là bientôt, elle a cligné des yeux. C’est ton nom qu’elle a entendu au dernier moment.
– Mon nom et ta voix. »

la premiere guerre de toronto

Lauréat 2011 du Prix du livre d’enfant Trillium: La première guerre de Toronto de Daniel Marchildon (Éditions David)

–… Trois, quatre, cinq…
   La voix de l’arbitre réverbère dans son oreille, l’exhorte à quitter le sol où il est pourtant si bien.
–Come on, Bouvier. Get up!
–… six, sept, huit…
   Napoléon Bouvier se lève un peu trop vite. Sa tête tourbillonne. À quelques pas de lui, Alfonso Bunelli, un boxeur du nouveau quartier italien, l’attend, courbé comme un cobra, prêt à bondir de nouveau et à lui asséner une autre droite qui l’enverra au tapis pour de bon cette fois. La rumeur au sujet de l’Italien se confirme: il cogne non seulement fort, mais vite. 
   Ding, ding.

passerelles

Lauréat 2010 du Prix de poésie Trillium: Passerelles de Michèle Matteau (Éditions L’Interligne)

Je divague
au son du tam-tam vibratoire
d’ouragans à venir

S’enchevêtrent
la percussion d’un orage en forêt
la déchirure des sirènes
le sang des chasses guerrières
le tintamarre d’une apocalypse
qui fuit la détresse des funambules 

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Lauréat 2009 du Prix Trillium: Le figuier sur le toit de Marguerite Andersen (Éditions L’Interligne)

– D’où venez-vous?
   À quelques jours de son 84e anniversaire, Marguerite a encore du mal à répondre à cette question qui la hante depuis la chute de l’Allemagne nazie. Exilée et errant à travers le monde, laissant ses parents à Berlin, Marguerite sait qu’elle a porté l’uniforme nazi pendant son adolescence sans trop savoir ce qu’il signifiait.

   La vieille dame cherche dans les replis de sa mémoire. Pourtant, elle ne se voit pas habillée de l’uniforme de la jeunesse hitlérienne. Une image persiste. Une scène jaillit du fond de son inconscient. Elle est à la campagne. C’est l’automne. Au bout d’un champ qui n’a pas été labouré elle voit un groupe de femmes en vêtements rayés noirs et blancs, avec le Judenstern, l’étoile de David. Quand était-ce? Où était-ce? Que faisait-elle là? Avec qui était-elle? Pourtait-elle l’uniforme? Le souvenir reste imprécis. Rien que l’image d’un champ vide, avec, au loin, contre une rangée d’arbres, ces femmes détenues. Des chiens. Des hommes armés. Et elle, frappée d’horreur, interdite de peur. En train de se détourner, de s’éclipser, de fuir.

 

Les Rebuts_Hockey 2

Lauréat 2009 du Prix du livre d’enfant: Les Rebuts: Hockey 2 de Paul Prud’Homme (Éditions du Vermillon)

– … Et toi, quel rôle veux-tu? J’aurais besoin d’une statisticienne…
– Les statistiques ne m’intéressent pas vraiment.
– Quoi alors?
– Gardienne de but!
   Elle le dévisage de son regard ferme et franc.

loeildelalumiere

Lauréat 2008 du Prix Trillium: L’Oeil de la lumière de Pierre Raphaël Pelletier (Éditions L’Interligne)

Au-delà des peurs
et de leur silence froid
j’écoute le long frisson
d’un regard
qui s’allonge
sur la lumière 
quelque part
où le temps 
ne règne plus

nos pas s’évadent 

enfin je me sens
sans moi 

poilslisses

Lauréat 2008 du Prix de poésie Trillium: Poils lisses de Tina Charlebois (Éditions L’Interligne)

Comme je déchire
le dernier poème que j’ai écrit
à propos de toi
je sais
que je n’en écrirai plus
sur ce banal sujet

Je serai femme

Tu resteras homme
et donc
oublié

crac

Lauréat 2007 du Prix Trillium: Crac de Paul Savoie (Éditions David)

récupérer le village
le peuple qui disparaît
sous la force inlassable
de la vague

dont on ne trouve
plus de trace

sauf l’écho
d’une mer
qui recule maintenant
devant ce qu’elle vient d’avaler

Poupeska_

Lauréat 2007 du Prix du livre d’enfant Trillium: Poupeska de Françoise Lepage (Éditions L’Interligne)

Agonie des dieux

Lauréat 2006 du Prix Trillium: L’Agonie des dieux de Jean Mohsen Fahmy (Éditions L’Interligne)

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Lauréat 2006 du Prix de poésie Trillium: Centrifuge d’Éric Charlebois (Éditions David)

je suis incapable d’atteindre et de définir
je et non-je
soit intégralement,
soit isolément.
Parce que je fuis le centre de tout
Parce que l’humaine est le centre du monde
puisqu’il ignore le centre du monde
et qu’il s’ignore lui-même.

La distance habitée

Lauréat 2004 du Prix Trillium: La distance habitée de François Paré (Éditions du Nordir)

testamentducouturierle

Lauréat 2003 du Prix Trillium: Le testament du couturier de Michel Ouellette (Éditions du Nordir)

Dans son atelier, Mouton découvre un texte inscrit sur le patron de la robe. Il le lit.

MOUTON: «En l’an de grâce 1665, moi, simple couturier, du village d’Eyam, dans le Derbyshire, malade et mourant, j’écris ici mon testament. Je lègue ce patron à la postérité. Il s’agit du plan d’une robe, de ma main dessinée, pour la plus belle, dame, Ann Mompesson, fille du pasteur William Mompesson. La fin du monde est en moi, mais le monde renaîtra par la grâce de Dieu. Que celui qui lira ces lignes accomplisse mes dernières volontés, pour que la Lumière domine les Ténèbres. Que celui qui aura entre les mains ce patron trouve fils et aiguilles pour achever cette robe esquissée.»

fauxfuyants

Lauréat 2003 du Prix de poésie Trillium: Faux-fuyants d’Éric Charlebois (Éditions du Nordir)

cognacetporto

Lauréat 2002 du Prix Trillium: Cognac et Porto de Michèle Matteau (Éditions L’Interligne)

Toronto, je t'aime

Lauréat 2001 du Prix Trillium: Toronto, je t’aime de Didier Leclair (Éditions du Vermillon)

Toronto m’enroba violemment de ses vapeurs grisâtres d’usines, de ses arbres, survivants en plein cœur d’elle-même. Cette ville nord-américaine savait que le tumulte de ses millions de vies claironnantes dans leur combat pour polir leur existence me captiverait. Elle m’absorba si brutalement qu’elle me séduisit sans que je sache ce qui m’attendait. Dès les premiers instants, Toronto me donna sa mesure avec ses édifices grattant le ciel. Elle m’offrit son profil en pâture. C’était une sorte de gigantisme sauvage au milieu d’une mosaïque de couleurs.

lithochronos

Lauréat 2000 du Prix Trillium: Lithochronos ou le premier vol de la pierre d’Andrée Christensen et de Jacques Flamand (Éditions du Vermillon)

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Lauréat 1999 du Prix Trillium: Du chaos et de l’ordre des choses de Stefan Psenak (Éditions du Nordir)

Elle dégringole les vingt-cinq marches qu’elle avait réussi à gravir de peine et de misère, en s’appuyant sur son ombre. Sa blouse est ouverte sur ses seins. Son maquillage a coulé. Du haut de l’escalier, il la regarde lever les yeux vers lui. Des yeux infiniment durs et infiniment sauvages à la fois, qui ne demandent rien. C’est alors qu’il se résigne à descendre, la ramasse par le bras, la relève sans ménagement et lui hurle au visage qu’elle est une salope.

petitecrapaude

Lauréat 1998 du Prix Trillium: Petite Crapaude! de Roger Levac (Éditions Prise de parole)

On nous a présentées. Dire que ç’a été le coup de foudre serait prétentieux de ma part, mais elle n’a pas rechigné en me voyant et ce fut mon coup d’espoir. Sur-le-champ, je lui ai bricolé un sourire pour briser la glace. À croire que j’ai fait impression parce qu’on a quitté la clinique sur l’heure, sous les rires sarcastiques de l’infirmière catcheuse qui n’en revenait pas: «Mais c’est pas une gosse qu’elle hoquetait, c’est… c’est une petite crapaude!»

Le balcon dans le ciel

Lauréat 1996 du Prix Trillium: Le Balcon dans le ciel de Maurice Henrie (Éditions Prise de parole)

Au tout début de notre amour, je me tenais tout près d’elle. Je la serrais étroitement contre moi. Je séjournais profondément dans son corps, aussi longtemps et aussi souvent que mes forces me le permettaient. Je l’habitais comme un foetus. Je me nourrissais d’elle. Je me laisse même porter par elle. Nous mêlions le plus souvent possible les fluides de nos deux corps. Notre sueur, notre salive, notre sang même. Nous nous aimions d’un amour exigeant et épuisant qui commençait souvent, chez elle comme chez moi, par une brutalité à peine contenue. Une violence qui faisait courir à Stéphanie plus encore qu’à moi un danger véritable. Car il était chaque fois possible qu’une étreint mal contenue ou qu’un coup involontaire venant de moi la tue réellement. La pensée de cette mort accidentelle, la seule idée qu’elle aurait pu se produire vraiment, me hante encore aujourd’hui. On ne pas assez, on ne dit pas assez que l’amour se situe naturellement tout près de la violence. S’il mène souvent à la vie, il peut tout aussi facilement conduire à la mort. Cela ne nous est pas arrivé, à Stéphanie et à moi. Elle a survécu à mon amour écrasant, à assauts aveugles et passionnés.

 

Tant de vie s'égare

Lauréat 1995 du Prix Trillium: Tant de vie s’égare d’Andrée Lacelle (Éditions du Vermillon)

L’énorme déraison m’a surprise au coeur de la ville

rues nues veinent vie cendrée
hantent innombrables
le toit figé des maisons aux girouettes immobiles

le silence de l’horizon s’incline

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