«Les premiers pas de l’Acadie» de Caroline St-Louis : Les petites histoires qui forment la grande Histoire

28 août 2019

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Les premiers pas de l’Acadie, 1604-1713 de Caroline St-Louis

Les petites histoires qui forment la grande Histoire

 

Les premiers pas de l'Acadie : 1604-1713C’était en 2003, Caroline St-Louis débarquait fraîchement à l’Université de Shippagan pour y faire sa maîtrise en histoire acadienne du 17e siècle, inspirée par l’effervescence du peuple acadien engendrée par le couronnement de Wilfred LeBouthillier lors de la toute première édition de Star Académie. L’année suivante, en plein 400e anniversaire de l’Acadie, l’historienne proposait à L’Acadie Nouvelle une série de 20 chroniques sur des pans méconnus de l’histoire acadienne, qui furent si bien reçus qu’on décida de les rassembler et de les publier dans un livre, d’abord aux Éditions de la Grande Marée en 2004. Quinze ans plus tard, Les premiers pas de l’Acadie, 1604-1713 de Caroline St-Louis renaît aux Éditions Perce-Neige sous forme de beau livre de luxe, sans perdre l’originalité de son propos ni son accessibilité.

L’historienne et relationniste de presse originaire de Matane a d’abord fait une technique en documentation et a eu l’opportunité de faire un stage aux Archives nationales de Québec qui l’a grandement inspirée. Partie ensuite à l’étranger pendant trois ans, de nombreux drapeaux acadiens l’attendaient à son retour pour célébrer le chanteur de Tracadie-Sheila, et j’ai vraiment eu un coup de foudre, ça m’a saisie de voir qu’il y avait un peuple aussi allumé à côté de chez moi, donc j’ai décidé de repartir, mais au Nouveau-Brunswick, pour voir ce qui se passait là. Je me doutais qu’il s’y passait des trucs super intéressants, mais qu’on ne connaît pas, raconte Caroline St-Louis, qui a fait énormément de recherches à la bibliothèque de l’Université de Shippagan afin de trouver toujours plus de sources pour agrémenter ses sujets, puisque l’information se fait rare sur le 17e siècle.

On ne parle quasiment jamais de cette époque-là, on est toujours braqués sur 1755 et la déportation des Acadiens; il y a extrêmement peu d’ouvrages qui parlent du 17e siècle, donc moi, j’ai décidé de revisiter le 17e siècle de l’Acadie, mais à travers la petite histoire humaine. C’est d’ailleurs en ordre chronologique : on part du début, jusqu’à 1713, et on revisite vraiment toute l’évolution, explique l’autrice, qui assure que son ouvrage en est un de vulgarisation historique et qu’il est facile à lire, grâce à ses sujets présentés sous forme de chroniques d’environ 750 à 1000 mots. À chaque court texte, Caroline St-Louis nous fait découvrir l’un des « premiers » de l’Acadie : la première femme, la première millionnaire – on y apprend qu’elle était veuve à 13 ans et millionnaire à 34 ans! –, le premier théâtre, la première congrégation religieuse, etc.

Par exemple, en décrivant le premier théâtre, l’historienne nous fait découvrir Marc Lescarbot, nous explique pourquoi on considère qu’il s’agit de la première pièce de théâtre et dans quel contexte tout ça s’est déroulé. Au tout début, on voit aussi l’origine du nom Acadie, et à la fin, on voit tout l’historique des symboles acadiens, pour clore la boucle, comme l’origine du drapeau, du grand tintamarre, des devises, insignes et armoiries, de l’hymne national et de la fête nationale. Donc ça remet en contexte l’origine, et le livre sert vraiment à montrer le côté joyeux de l’histoire acadienne, à se concentrer sur le positif, pour voir qu’à la fin, tout ça aboutit avec des symboles et une identité propre à ce peuple, analyse celle qui considère qu’il est extrêmement important qu’il y ait des ouvrages qui vont au-delà de la déportation, au-delà de la plaie dans l’histoire de l’Acadie, et qui offrent une information positive de l’histoire acadienne.

C’est surtout l’histoire de la première héroïne acadienne qui lui a donné envie de poursuivre ses recherches afin de faire découvrir ces petites histoires oubliées de l’Acadie. Je trouvais ça extrêmement fascinant qu’une femme ait fait tout ça pour sauver son mari, c’est une histoire très rocambolesque. J’ai eu besoin d’en savoir plus, je suis tombée en amour avec le sujet et j’ai décidé d’approfondir ce côté-là, ces récits absolument inusités, que personne ne connaissait. Je ne comprenais pas que ce soit si important, mais que personne ne savait que ça existait, explique Caroline St-Louis, qui propose aussi un index très développé à la fin de son ouvrage, ainsi que des cartes, afin que les gens puissent bien se situer et retrouver les noms de famille et les lieux dont il est question, s’ils veulent approfondir leurs connaissances.

Loin de l’essai complexe, l’historienne souhaite rejoindre tout le monde qui désire simplement découvrir des pans moins connus de l’histoire acadienne. C’est vraiment de la vulgarisation historique, ce sont des histoires courtes, et la nouvelle version de luxe, presque en format de bande dessinée avec une couverture cartonnée, des rabats et en couleurs, présente des illustrations faites au début du 20e siècle et la carte de Champlain, qui a été ajoutée. Donc chaque histoire est agrémentée d’une image inédite qui est vraiment propre à l’histoire elle-même. Cet ouvrage de luxe est parfait pour offrir en cadeau, selon son autrice, d’autant plus qu’il a été rendu disponible pendant le Congrès mondial acadien.

Mais ce que Caroline St-Louis souhaite le plus, c’est que les lecteurs de son livre se sentent inspirés par ces petites histoires qui forment la grande Histoire. Tout le monde peut marquer l’histoire à sa façon. Il faut toujours foncer dans ses rêves, embrasser ses essais et ses erreurs, et toujours regarder en avant. On écrit tous, chacun à notre façon, la petite histoire de notre peuple. Après tout, c’est monsieur et madame tout-le-monde qui ont écrit ce livre-là! La première millionnaire n’avait pas de poste ni de fonction, elle a juste été elle-même et ça l’a menée loin!

Le beau livre historique Les premiers pas de l’Acadie, 1604-1713 de Caroline St-Louis est réédité aux Éditions Perce-Neige.

Alice Côté Dupuis
28 août 2019