« Les exercices somnambules » de Michael Gouveia :

Une errance dans le quotidien

13 mai 2021
Actualité
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Les exercices somnambules
de Michael Gouveia :
Une errance dans le quotidien

 

Le recueil de poésie Les exercices somnambules est la mise à nue de son auteur, qui y expose ses angoisses et ses contradictions, dans une réflexion sur la complexité du quotidien et sur l’univers des possibles. Dans cette première œuvre publiée aux Éditions L’Interligne, Michael Gouveia entraîne les lecteurs et lectrices à la limite entre le néant et le réel : là où le sommeil est agité tandis que la vie s’écoule sans crier gare.

Le titre de ce recueil de poésie fait référence à la sensation de voir sa vie défiler à la vitesse de l’éclair sans que l’on en ait pleinement conscience. L’auteur explique : Ça évoque le fait de conduire sa vie sur le [mode] « pilote automatique ». Un peu comme si vous étiez somnambule vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le recueil met donc de l’avant ce sentiment étrange d’avoir l’impression que la vie passe à côté de soi [sic]. C’est quelque chose qui arrive souvent, je crois, dans nos sociétés occidentales. Ça vient avec une source d’angoisse, un malaise. Avec le livre, c’était un peu ça, le but : de mettre des mots autour de ce malaise-là, qui est indicible.

L’inspiration née du quotidien

Pour écrire, Michael Gouveia n’a besoin que d’une étincelle, d’un mot, d’une idée, d’une phrase ou encore d’une image. Dès que quelque chose lui vient à l’esprit, il s’empresse de le noter dans son téléphone. C’est là qu’il stocke la matière brute à l’origine de ses poèmes. Quand j’écris, au départ, c’est [en raison d’]un besoin de m’exprimer. Ça commence avec une phrase qui me passe par la tête spontanément, dans le métro ou ailleurs. Et après, je creuse cette idée pour voir où elle va me mener. Gouveia n’est donc pas du genre à s’asseoir à son bureau dans l’espoir de trouver l’inspiration. Pour la poésie, en tout cas, c’est rare que je m’assoie devant l’ordinateur sans avoir rien en tête. C’est souvent avec quelque chose que j’ai noté dans mon cellulaire.

L’être et le néant

L’auteur des exercices somnambules met en lumière cette crise existentielle qui frappe un jour ou l’autre tout individu sur son parcours de vie. Ça évoque une fatigue du quotidien, une errance dans le quotidien. Le recueil se compose de deux parties, en contradiction l’une avec l’autre. La première partie se nomme « Le néant » et la deuxième, « Les choses ». Les poèmes contenus dans « Le néant » font le constat de l’absence à soi-même. Dans la voie énonciative, le « je » prend la parole un peu dans une volonté de fuir, de disparaître, d’attente, de solitude et de rêver.

La deuxième partie est, au contraire, empreinte d’une ouverture totale sur le monde, une volonté de tout voir ce qui nous entoure. Un trait positif en soi, mais qui vient avec sa part d’angoisse. À vouloir tout voir, on finit par passer à côté de certaines choses. En effet, l’Occidental contemporain se met de plus en plus de pression devant tout ce qu’il y a à voir et qui semble si facilement accessible. Cette peur de « manquer le bateau » est au cœur de cette deuxième voie qu’emprunte ici la narration. À notre époque, on est constamment bombardé d’informations et notre attention est régulièrement sollicitée. Nos sens sont surchargés, et ça vient avec cette impression de vide. Un sentiment qui habite nombre d’entre nous. Trop, c’est comme pas assez! remarque Gouveia. Cette mode de l’hypervigilance constante et de l’hyperdistraction amène à se questionner sur ce qui est essentiel, pour y recentrer sa vie. Un tel questionnement crée une tension entre la lassitude quotidienne et la soif d’absolu : le lecteur ou la lectrice percevra cette tension tout au long du recueil.

L’auteur ne cherche à faire la morale à personne. Il souhaite plutôt que son œuvre pousse son lectorat à réfléchir sur l’essence de la vie. Je ne veux pas imposer ma vision, j’aime quand les lectrices et les lecteurs se forgent leur propre opinion. Au final, on dira ce qu’on voudra, mais c’est au lecteur ou à la lectrice de le ressentir!

Le recueil de poésie Les exercices somnambules de Michael Gouveia est paru aux Éditions L’Interligne au format papier.

 Julien Charrette
13 mai 2021