Les Éditions L’Interligne ou comment miser sur la créativité pour se démarquer!

28 juillet 2016

Entrevue exclusive avec Suzanne Richard Muir, directrice générale des Éditions L’Interligne par Aude Rahmani, chargée de promotion et de médiation au RECF.

Suzanne Richard Muir, pourriez-vous nous présenter la maison d’Édition L’Interligne et sa ligne éditoriale?

Fondées en avril 1981, à Ottawa, Les Éditions L’Interligne célèbrent, en 2016, leur 35e année d’existence. Créées, au départ, pour assurer la continuité de la revue des arts Liaison et la publication de quelques titres historiques ou liés au patrimoine canadien, Les Éditions L’Interligne sont devenues, avec plus de 170 numéros de la revue et 275 titres d’œuvres littéraires, une référence culturelle de la scène littéraire canadienne.

Comment êtes-vous devenue éditrice et surtout pourquoi, avez-vous fait ce choix?

Bien malgré moi! Je ne voulais pas devenir directrice générale! Je n’avais qu’un BAC en arts visuels en poche et une expérience en tant qu’agente de communication! Pensant dissuader mes supérieurs, j’ai sorti un argument que je croyais en béton : je ne cours pas les 5 à 7! Ce devait être, m’a-t-on dit, une position intérimaire… Un an et demi plus tard, toujours aux commandes et avec un peu plus de confiance en mes capacités, j’ai décidé de prendre le poste de façon permanente. Aujourd’hui, j’adore ça!

 En quoi consiste le métier d’éditrice et quels sont selon vous ses plus grands défis?

Un éditeur a la responsabilité de produire et de mettre en marché un programme littéraire de qualité. Ses plus grands défis? Savoir s’entourer de bons professionnels – de directeurs de collection, surtout, car ce sont eux qui ont le mérite de sélectionner les meilleures œuvres et de faire le véritable travail éditorial. Nous avons la chance de pouvoir compter sur Magda Tadros, Michel-Rémi Lafond et Michel Muir, pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Il faut être capable d’obtenir le financement nécessaire à la réalisation de nos activités (tâche qui n’est pas simple, surtout en période d’incertitude économique), et avoir un brin de créativité, qui permettra à la maison de se distinguer de la concurrence.

Quelles sont, d’après vous, les spécificités d’un éditeur issu de la francophonie canadienne?

Je ne connais pas le milieu de l’édition du Québec, si c’est ce que la question sous-entend. Chose certaine, c’est qu’à la différence du Québec, la francophonie canadienne œuvre en milieu minoritaire et qu’elle doit composer avec une quasi-absence de libraires locaux, ce qui complexifie la mise en marché de nos livres. Mais que l’on soit un éditeur québécois, ontarien, acadien ou manitobain, on doit se tailler une place dans le marché de la librairie, qui est saturé d’œuvres venues de l’étranger, notamment de l’Europe et des États-Unis.

Les Éditions L’Interligne possèdent plusieurs collections, pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

La maison compte 6 collections :

∙ Fictions pour adultes — Romans, romans historiques, polars et recueils de nouvelles : la collection « Vertiges » est encline à valoriser la multiplicité d’univers singuliers coexistants. Elle est le reflet inclusif d’un imaginaire collectif, un témoignage à la fois éclaté et consistant d’un monde en constante mouvance;

∙ Fictions pour enfants (6 à 8 ans, 9 à 12 ans, 12 à 14 ans, et 14 ans et +) — Romans, romans historiques, contes, albums illustrés : la collection « Cavales », écho des diverses régions de la francophonie canadienne, propose des ouvrages qui reflètent les préoccupations de la jeunesse et, dans une perspective pédagogique, suggère des pistes de réflexion à une saine éthique;

∙ Ouvrages de prose ou de récit poétique, de poésie et de théâtre : la collection « Fugues/Paroles » vise à reconnaître la pluralité des voix poétiques, par l’identification des pratiques scripturaires axées sur le renouvellement de la recherche formelle et sur la continuation des univers fictionnels déjà existants;

∙ Essais, ouvrages d’intérêt sociopolitique : la collection « Amarres » met en relief des sujets d’actualité, sous forme d’essais, dans l’optique d’informer et de décanter des manifestations sociales ayant une emprise sur toutes les couches de la collectivité et, conséquemment, sur l’individu;

∙ « BCF » : la « Bibliothèque canadienne-française » rassemble des œuvres déjà publiées d’auteurs chevronnés ayant consacré leur carrière à l’édification d’une œuvre représentative de la structuration identitaire nationale.

Outre la publication d’ouvrages de divers genres littéraires, la maison se spécialise dans la production de livres liés aux arts, toutes disciplines confondues. En effet, cette spécialisation s’enracine dans une collection, « Horizons » et la revue Liaison.

∙ Les essais de la collection « Horizons » tendent à élargir la conscience, par l’originalité de voies artistiques orientées vers la compréhension sereine du phénomène contemporain, et de restaurer l’être humain dans son intégrité originelle.

Les éditions L’Interligne publient Liaison, la revue des arts de l’Acadie, de l’Ontario et de l’Ouest. Pourquoi la définissez-vous comme un « conducteur de courants artistiques »?

Je voulais que la revue ait l’air branchée! Plus sérieusement, Liaison se définit comme un « conducteur de courants artistiques » parce qu’elle est la seule, en son genre, à se consacrer entièrement à illustrer l’évolution de l’activité artistique en Ontario, en Acadie et dans l’Ouest canadien. C’est en ce sens que Liaison est un vecteur de la diversité culturelle : elle s’emploie à créer des liens unificateurs et significatifs entre toutes les communautés artistiques en situation minoritaire du pays, en encourageant les collaborations pluridisciplinaires et intergénérationnelles.

Vous avez lancé dernièrement une campagne de promotion très ludique pour faire rayonner la revue Liaison. Pouvez-vous nous en expliquer le concept et surtout nous parler de ses retombées?

Nous avons, en juin dernier, fait la distribution d’un tatouage temporaire, constitué du logo de Liaison et d’un code QR menant, entre autres, à la fiche d’abonnement : partout où le participant allait, il invitait les gens à suivre le lien du code à l’aide de leur téléphone intelligent, à procéder idéalement à l’ouverture d’un compte-client sur notre site Internet et à s’abonner à la revue. Tous les participants étaient également invités à se photographier, et à faire circuler leurs « selfies » sur les réseaux sociaux, de manière à joindre leurs amis, lesquels représentent des lecteurs potentiels de la revue. L’idée était de susciter un effet d’entraînement chez tous les participants, qui s’engageraient, à travers cette expérience ludique, en faveur de la continuité et du rayonnement de Liaison. Le caractère ludique du tatouage, comme symbole d’engagement en faveur de Liaison, est, sur le plan conceptuel, un élément qui unifie toutes les communautés francophones minoritaires qui s’identifient à une même cause : celle d’afficher leur appartenance à une culture francophone, essentielle à leur épanouissement et à leur croissance. Bien que ce projet avait tout le potentiel de mettre en place un circuit de vente parallèle, par le développement d’une relation directe avec le consommateur, la principale retombée a été une visibilité élargie, et le constat d’un soutien de fidèles lecteurs – mentionnons, parmi bien d’autres, l’engagement d’Emmanuelle Rigaud et d’Anne Molgat des Éditions du Blé, et de Bertrand Nayet. Comme ce projet a suscité un véritable intérêt, nous comptons le poursuivre jusqu’en décembre. Espérons que les retombées, en termes de vente d’abonnements – une donnée qui légitime l’existence de la revue auprès des bailleurs de fonds –, seront concluantes.