« Les aurores boréales : le grand spectacle de Corbeau » de David Bouchard :

Une légende pour illuminer le ciel

4 juin 2021
Actualité
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Les aurores boréales : le grand spectacle de Corbeau
de David Bouchard :
Une légende pour illuminer le ciel

 

Les froides et longues soirées de l’hiver polaire canadien sont illuminées par des lumières célestes auxquelles on a donné le nom d’aurores boréales. Quiconque a eu la chance d’observer ce spectacle lumineux peut témoigner de sa beauté, mais aussi de son étrangeté. C’est à se demander d’où vient ce phénomène des aurores boréales… Eh bien, les légendes autochtones transmises de génération en génération depuis des siècles en parlent. Dans le conte Les aurores boréales : le grand spectacle de Corbeau, paru aux Éditions des Plaines et illustré par Jasyn Lucas, David Bouchard raconte que ce serait Corbeau, le Joueur de tours, qui les auraient peintes.

David Bouchard adore raconter des histoires. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est mettre en valeur les légendes des peuples autochtones et métis à travers des œuvres illustrées. Cette fois-ci, le conteur s’est intéressé aux aurores boréales, phénomène qu’il a eu la chance d’observer. Il s’est demandé ce qui pouvait bien se cacher tout au bout du chemin si l’on suivait les aurores boréales. J’ai pensé que si, selon certaines légendes, un lutin avec sa marmite d’or se trouvent tout au bout de l’arc-en-ciel, il devait bien y avoir quelque chose à la fin lorsqu’on suit les « lumières du Nord ». Vu que je n’en avais jamais entendu parler, je me suis dit que c’était sans doute Corbeau qui se trouvait derrière.

Il faut savoir que Corbeau est un personnage familier de la tradition orale chez les Premières Nations du Canada. Corbeau est le Saint-Esprit tout-puissant, explique Bouchard en renvoyant à la religion catholique et à sa Sainte Trinité, représentée par le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Pour moi, en tant que catholique, le Saint-Esprit est toujours présenté sous la forme d’un oiseau. Chez les Inuits, le Dieu le Père ne peut être perçu, parce qu’il est tout-puissant. Si on l’apercevait, ça serait la fin du monde. Pour ce qui est du Fils, il est présenté sous la forme d’un humain, homme ou femme. Dans le cas du Saint-Esprit, c’est Corbeau qui le représente. Et Corbeau est tout-puissant, c’est pour ça que j’ai voulu l’inclure dans mon histoire.

Les croyances et les rêves

David Bouchard s’est beaucoup inspiré des contes et légendes qu’on lui a racontées. J’ai commencé à parler avec des Dénés et des Inuits, qui m’ont raconté des histoires intéressantes en lien avec les aurores boréales. Par exemple, que l’on ne siffle jamais en présence de ces lumières célestes. Si on a le malheur de siffler, les aurores boréales viendront chercher notre âme. Ton corps restera là, mais tu seras devenu fou. Ses rêves sont aussi pour Bouchard une source inépuisable d’inspiration puisque par eux, confie-t-il, il a l’impression d’avoir accès aux souvenirs de ses ancêtres. C’est ma grand-mère qui m’inspire. C’est elle qui vient me chercher dans mes rêves.

Devoir de mémoire

À travers ce conte, David Bouchard a voulu donner le goût de la lecture aux jeunes métis et autochtones. Je voulais intéresser les jeunes, mais aussi les aïeuls, à ces légendes-là. Il cherche à ramener à l’avant-scène l’art de raconter, en même temps que la tradition de se rassembler pour le faire. Il faut savoir que l’on faisait déjà cela, se raconter des histoires, par le passé, durant les soirées d’hiver, à l’époque où on n’avait pas de télévision. L’écrivain se souvient de cette époque où les gens de sa communauté prenaient le temps de s’asseoir tous ensemble autour d’un feu pour ces soirées de fiction. Avec ce conte, les lecteurs et lectrices comprendront vite qu’écouter ou lire des mythes et des légendes peut être aussi enthousiasmant, voire plus, que regarder la télévision ou visionner un film. Et dans ce cas précis, les illustrations y sont pour quelque chose.

D’un même souffle, ce livre donne accès à de riches légendes autochtones et les consigne par écrit avant qu’elles ne disparaissent. Je crois que tout va en rond, et je crois sincèrement que les histoires nous reviennent, explique Bouchard. Tout d’un coup, nous avons recommencé à les partager oralement. J’ai vu ça dans les communautés : on a compris l’importance de ces histoires-là et [de leur transmission] d’une génération à l’autre. C’est une forme de réappropriation culturelle de la part des membres des Premières Nations. Une façon de rétablir le contact avec un imaginaire et une cosmogonie presque oubliés des nouvelles générations. Le conteur a senti qu’il était de son devoir de partager ces légendes, avec les enseignements qu’elles recèlent.

Les aurores boréales : le grand spectacle de Corbeau de David Bouchard est paru aux Éditions des Plaines.

Julien Charrette
4 juin 2021