«Les Acmaq Tome 2 » de Diane Carmel Léger : Un pied dans le fantastique, et l’autre dans la réalité

18 septembre 2019

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Les Acmaq Tome 2
Les feux follets de Tatamagouche

de Diane Carmel Léger

Un pied dans le fantastique, et l’autre dans la réalité

Les Acmaq - Tome 2Sa trilogie La butte à Pétard a beau célébrer son 30e anniversaire, Diane Carmel Léger n’a pas fini de divertir ses lecteurs en leur racontant l’histoire de l’Acadie. Apprendre aux jeunes sans qu’ils n’en soient trop conscients, voilà l’objectif que s’est une fois de plus donné l’autrice de Memramcook avec sa nouvelle série de romans pour adolescents, Les Acmaq, dont le premier tome est finaliste pour le prix Antonine-Maillet-Acadie-Vie. Dans sa plus récente parution aux Éditions La Grande Marée, Les Acmaq T.02 : Les feux follets de Tatamagouche, la magie et le fantastique se déplacent en Nouvelle-Écosse, en gardant toutefois un pied dans la réalité.

Tout a commencé dans l’enfance de Diane Carmel Léger, près de la cour arrière de sa maison familiale, lorsqu’elle a découvert un drôle d’objet incrusté en plein centre d’un tronc d’arbre. J’avais 9 ou 10 ans et j’avais cru voir une petite ouverture. Je me suis dit que c’était comme dans les histoires de contes de fées, parce que ça ressemblait à une porte dans le tronc d’arbre. Je ne savais pas, à l’époque, que je venais de découvrir un aboiteau, raconte l’autrice. Des années plus tard, en tombant sur un aboiteau lors d’une promenade dans son village natal, cette anecdote lui est revenue en tête et elle a décidé qu’il était intéressant, après tout, d’imaginer un petit peuple qui vivrait dans ces sortes de digues de la vieille Acadie, et qu’il s’agirait d’un bon véhicule pour rendre l’histoire des Acadiens plus amusante et ludique.

Selon Diane Carmel Léger, tous les peuples du monde ont leur « petit peuple » : les leprechauns en Irlande, les pixies en Angleterre, les lutins en France. Alors pourquoi ne pas inventer un petit peuple pour nous, les Acadiens? J’ai décidé de refléter notre histoire, avec l’arrivée de Marc Lescarbot, mais dans ma version, il serait arrivé de France avec sept lutins. Respectant plusieurs faits véridiques et historiques, comme la rencontre entre Lescarbot et le grand chef Micmac Membertou, ainsi que l’existence d’un « petit peuple » Micmac, l’autrice insuffle toutefois sa propre magie dans le récit en imaginant les Acmaq, qui seraient le fruit de l’union entre le petit peuple Micmac et les lutins de France! Une façon originale d’honorer les premiers peuples et les mariages qui ont eu lieu entre les premiers colons et les Micmacs, donnant naissance à l’Acadie.

L’arrivée de Zoé, toujours avec un pied dans la réalité

Poursuivant directement l’intrigue du premier tome sans perdre une seconde, le tome 2, Les feux follets de Tatamagouche, nous amène en Nouvelle-Écosse, dans un lieu dont on oublie souvent de parler dans l’histoire des Acadiens, toujours en compagnie de Benoît et de la vieille Madouesse, les protagonistes principaux. J’ai toujours une personne âgée dans mon histoire, parce que c’est comme un lien à leur arbre généalogique, à leur passé. C’est aussi pour que tout le monde puisse s’identifier à l’histoire, explique l’autrice, qui présente aussi Zoé, une nouvelle venue dont le père est Acadien et qui, en revenant au bercail, va se mettre à parcourir les marais des provinces maritimes avec ses nouveaux acolytes pour rapatrier d’autres Acmaq.

Ce sont vraiment des espèces menacées, ils sont très rares, alors leur quête de retrouver des Acmaq ne sera pas facile. En route, il y a toutes sortes de choses qui arrivent; Benoît et la Madouesse vont peut-être avoir des doutes sur les Acmaq, et les rapatrier devient de plus en plus dangereux, raconte Diane Carmel Léger, qui considère que son second tome plonge de plus en plus dans le fantastique. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à un dragon qui survole les provinces maritimes : on a un pied dans la réalité et un pied dans le fantastique. Je trouve l’histoire acadienne tellement intéressante, il y a tellement de couleurs, de beaux animaux, que je n’ai pas besoin d’inventer d’autres créatures; c’est déjà fantastique, affirme l’autrice qui avoue néanmoins s’amuser beaucoup et se donner la liberté d’être encore plus créative dans Les Acmaq que dans ses autres romans historiques.

L’importance de l’histoire

C’est certainement l’enseignante en Diane Carmel Léger qui a voulu rendre l’histoire des Acadiens accessible. Si elle le faisait déjà bien avec sa trilogie La butte à Pétard, elle voulait aller plus loin pour intéresser les jeunes davantage. Avec un roman fantastique et historique, je m’amuse beaucoup et ça me permet de rendre l’histoire plus intéressante et ludique, plus accessible pour les jeunes, croit l’autrice, qui souhaitait faire un roman fantastique différent de ce qu’on voit habituellement dans ce créneau. J’ai fait mes études en histoire pour enseigner l’histoire, mais depuis que j’écris, depuis 30 ans, j’enseigne mon cours d’histoire à travers la littérature!

L’un des aspects importants pour l’autrice est la préservation du patrimoine et des trésors du passé acadien, notamment les mots acadiens. Chaque mot raconte notre passé, et donc plutôt que d’inventer un langage fantastique comme dans certains romans de fantasy, moi, j’utilise le vieux français. Je me souviens que les vieux de mon village, au lieu de dire porc-épic, ils disaient madouesse, qui est le mot micmac. Alors je voulais montrer, aussi, les liens que nous avons avec les Micmacs, illustre celle qui a inséré, à la fin de son roman, un glossaire des vieux mots français et micmacs employés dans le récit, pour éviter de donner un côté trop didactique à son histoire, mais qui permet néanmoins aux lecteurs d’apprendre davantage, s’ils le souhaitent.

Finalement, à l’image de l’histoire du peuple acadien, le tome 2 de Les Acmaq est un récit de survivance, qui montre que la vie est pleine d’embuches, mais qu’on peut s’en sortir grâce à l’entraide et au pardon. J’aimerais que les jeunes s’intéressent à notre histoire. C’est l’histoire d’un peuple qui a eu beaucoup de misère, un peuple déporté, et ça se passe encore aujourd’hui dans d’autres pays du monde. J’aimerais leur faire prendre conscience de ça. On a appris une leçon, nous; on a pu survivre, et j’espère que l’histoire des Acadiens va être un exemple pour d’autres ou va être encourageante.

Le roman fantastique et historique pour adolescents Les Acmaq T.02 : Les feux follets de Tatamagouche, de Diane Carmel Léger, sera publié aux Éditions La Grande Marée le 24 septembre prochain.

Alice Côté Dupuis
18 septembre 2019