« Le boutte de la route » d’Yves Lafond :

Camionnage dans la toundra

28 mai 2021
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Le boutte de la route
d’Yves Lafond :
camionnage dans la toundra

 

Embarquez-vous pour un périple à bord d’un dix-huit roues en compagnie d’Yves Lafond sur la Dempster, une des routes les plus capricieuses du Canada. Un voyage où le narrateur cherche à se reconstruire après avoir tout quitté, et qui vous emmènera de Whitehorse à Inuvik, mais aussi au fond de lui-même. Avec Le boutte de la route, première publication d’Yves Lafond, vous aurez accès à ses états d’âme comme à ses tentatives d’apprivoiser un environnement changeant. Les Éditions de la Nouvelle plume offrent ce recueil de chroniques à la rencontre de personnages authentiques et plus grands que nature.

Ce carnet de route est une ode à « la Dempster », cette route qui traverse le nord du Yukon et les Territoires du Nord-Ouest. Beaucoup la qualifient de route mythique, même si elle n’est pas très vieille. Une route avec des paysages à couper le souffle, mais impitoyable. Une route qu’il ne faut jamais sous-estimer, même après l’avoir parcourue des centaines de fois, comme l’a fait Yves Lafond. C’est justement ce que Big Al, un de ses collègues camionneurs, lui a un jour dit : « Ne pense jamais que tu l’as comprise parce qu’elle va te donner une claque sur la gueule assez rapidement, juste pour te prouver le contraire! » Déjà, explique l’auteur, Al venait de lui donner une personnalité. Tout le monde lui donne une personnalité, donc c’est presque un être humain. Et Al n’est pas le seul à le penser, beaucoup de gens que je côtoie au quotidien le pensent.

Les mots de Lafond, où transparaît cette nature capricieuse de la Dempster, sont un hommage à la poignée de braves camionneurs qui la parcourent été comme hiver au péril de leur vie. Un travail essentiel pour alimenter les communautés isolées du Nord canadien en nourriture, mais aussi en matériaux de construction et autres biens trop volumineux pour être acheminés par avion. Le narrateur lève aussi son chapeau à ceux qui entretiennent la route, aux opérateurs des traversiers, et à tous ceux qui lui permettent de faire son travail en sécurité.

Toucher le fond pour rebondir

Ce roman est la consécration d’un rêve que chérissait Lafond, celui de devenir écrivain. Pendant des années, il aura plutôt cherché à plaire à son père en dirigeant sa propre entreprise. Il se rappelle son discours intérieur d’alors : « Je vais commencer par faire plaisir à mon père. Une fois que je vais avoir des millions et que je n’aurai plus besoin d’argent, je me mettrai à écrire. » Cependant, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, la vie. Je m’en suis rendu compte bien assez vite. En affaires, il faut toujours innover. Ce n’est pas un travail de neuf à cinq; tu y penses constamment. Ce n’est pas un travail, c’est une manière de penser!

Comprenant qu’il n’atteindrait jamais une vitesse de croisière, il a cherché une façon de revenir en arrière. J’ai fait une sorte de suicide professionnel. Incapable de se replacer au Québec, il a décidé de partir pour le Yukon. Je suis parti [là-bas] par dépit. J’y avais vécu trois ans dans ma jeune vingtaine et c’était toujours resté avec moi. La vie y était difficile, mais simple.

Le titre du récit fait référence à une soirée à Inuvik où Yves Lafond se questionnait sur son choix de vie. Un soir, j’étais assis sur une motoneige à Inuvik. Ça fêtait fort autour de moi, mais moi, je ne tripais pas pantoute. À ce moment-là, je me suis dit que j’étais franchement rendu au bout de la route. Je me demandais ce que je faisais là.

C’est d’ailleurs comme ça que se sentait Yves Lafond, au bout du rouleau, pour ainsi dire, lorsqu’il a commencé ce projet d’écriture. Au début, les mots qu’il couchait sur le papier ne devaient être lus que par lui. Je n’avais tellement aucun objectif en écrivant que ça a donné des genres de chroniques dont certaines ne font même pas cent mots; certaines sont des poèmes et d’autres font dix pages ou plus. Ça a donné quelque chose d’assez sombre avant de s’éclaircir peu à peu. Honnêtement, je ne pensais pas que c’était un livre. Pour moi, c’était plutôt un canevas pour écrire un roman. Yves Lafond avait tout faux, et son éditeur le lui a bien fait comprendre. Le format carnet de voyage a été adopté tel quel afin de préserver toute la profondeur et l’authenticité du propos.

Le récit Le boutte de la route d’Yves Lafond est paru aux Éditions de la Nouvelle plume aux formats papier et numérique.

Julien Charette
28 mai 2021