« Farida » de Monia Mazigh : La Tunisie vue par les yeux d’une femme

2 avril 2020

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Farida de Monia Mazigh :
La Tunisie vue par les yeux d’une femme

 

FaridaLe roman Farida de Monia Mazigh, publié aux Éditions David, raconte l’histoire de Farida, une Tunisienne évoluant entre 1930 et 1990, qui va par tous les moyens résister au rôle que le patriarcat lui assigne.

En ces temps difficiles, le geste d’écrire prend tout son sens : il devient un moyen de s’évader d’un quotidien morose passé entre quatre murs pour cause de distanciation sociale. L’écrivaine Monia Mazigh, dans son roman situé au cœur du siècle dernier, a justement voulu faire voyager ses lecteurs entre la Tunisie et le Canada. On y suit le parcours de Farida, mais aussi ceux de Leila, de Fatma et de Jouba. Avec elles, je fais le portrait de femmes et d’une génération de femmes. À travers les relations de Farida avec son mari et son père, je fais ressortir les défis que ces femmes-là avaient à cette époque-là.

La fiction dans un contexte historique

Farida n’est pas un roman historique. Sa trame narrative se déroule dans un contexte historique, sans pour autant mettre en scène des personnages ayant réellement existé. Les personnages principaux se meuvent à travers les événements marquants de l’histoire de la Tunisie moderne. Ils évoluent au rythme de ces événements, mais n’y prennent pas part. On voit se transformer la société tunisienne à travers les yeux de Farida et de sa fille. Je dirais que c’est un roman : les faits se sont vraiment passés historiquement, par exemple la colonisation française, l’indépendance, le changement de régime. Il y a la migration pour le Canada, il y a les événements entourant le référendum au Québec. Donc oui, il y a un côté historique, mais l’histoire de Farida n’est pas une histoire vraie. C’est une histoire fictive, imaginée, et les personnages également.

Un parallèle, sans plus  

Le roman se compose de trois parties, dont deux se déroulent en Tunisie et une met en scène le départ de la jeune Leila vers le Canada. Étant donné que Monia Mazigh est elle-même originaire de Tunisie et qu’elle a choisi d’émigrer au Canada autour des années 1990, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si le roman n’était pas un peu inspiré de sa propre vie. Elle m’a répondu que ce n’était pas le cas, même si l’on peut établir des parallèles avec le parcours du personnage de Leïla. Ce n’est pas mon parcours. Oui, j’ai vécu en Tunisie, j’y ai grandi et je suis par la suite venue au Canada. Il y a un parallèle à faire avec ça, mais est-ce que Leila, c’est moi ? Non, ce n’est pas moi. Pas du tout, en fait. Il y a un peu de moi là-dedans, dans le sens où j’ai vécu cette situation. La réalité de partir de sa ville natale pour aller dans un pays étranger. La réalité des étudiants, la solitude, donc la recherche d’amis, de confort et l’effort pour comprendre la situation politique d’un nouveau pays dans lequel nous venons d’arriver.

Le patriarcat tunisien et la solidarité féminine

L’autrice explore les thèmes de la tradition tunisienne et du patriarcat, qui fait la loi dans ce pays d’Afrique du Nord. L’amitié féminine et la solidarité entre femmes occupe également une place très importante, puisque les personnages féminins du roman se soutiennent entre elles. Dans la dernière partie du roman, il est aussi question d’immigration et des difficultés que peuvent rencontrer les nouveaux arrivants. Les restrictions, les traditions sociales. L’omniprésence d’un système patriarcal mis en place par des hommes pour les femmes. Donc, ça, c’est sûr que j’en parle dès le début du roman […]. Il y a aussi les thèmes de la justice sociale [et de] la lutte des classes.

La condition féminine comme point de départ

Le roman Farida est parti du questionnement de l’autrice quant à la condition féminine dans le monde. Est-ce que le sort des femmes est le même partout dans le monde ? Est-ce que ce que nous avons accompli, par exemple ici au Canada en termes de progrès pour les femmes, est-ce que ça, c’est quelque chose de solide ou qui est assez vulnérable ? Et vu que j’ai moi-même vécu dans deux sociétés différentes, je me suis toujours posé la question : Pourquoi là-bas, les femmes sont traitées différemment qu’ici ? En écrivant son roman, Monia Mazigh s’est rendu compte que finalement, la condition des femmes n’était pas nécessairement meilleure au Canada. C’est vrai qu’il y a des nuances et qu’il y a eu des progrès ainsi que des droits acquis pour les femmes, mais… Mais ce n’est pas parce qu’on est au Canada ou en Tunisie que le sort des femmes va être vraiment différent. Il y a des vecteurs d’oppression. […] Et tant que ces vecteurs sont là, on ne peut pas parler d’émancipation générale ou universelle.

Malgré les thèmes sérieux abordés dans ce roman, l’autrice ne cherche pas à être moralisatrice. Elle souhaite que les lecteurs s’attachent à ses personnages et découvrent une autre culture. J’aimerais que les lecteurs lisent mon roman et aiment l’histoire, puisque ça reste une histoire, après tout.

Le roman Farida de Monia Mazigh est paru aux Éditions David, en version papier et numérique. 

Julien Charette
2 avril 2020