« Entre le risque et le rêve » d’Yvon Malette : Un fleuron de l’édition franco-ontarienne

20 mai 2020

Œuvre primée

Pendant cette pause, profitez-en pour découvrir ou redécouvrir
les œuvres franco-canadiennes lauréates de prix littéraires.

Entre le risque et le rêve. Une brève histoire des Éditions David d’Yvon Malette :
Un fleuron de l’édition f
ranco-ontarienne

 

Entre le risque et le rêveLe récit autobiographique Entre le risque et le rêve. Une brève histoire des Éditions David d’Yvon Malette, publié aux Éditions David, a remporté le Prix du livre d’Ottawa 2019. Cet essai, divisé en deux parties, relate le parcours d’un homme et la création d’une maison d’édition franco-ontarienne à Ottawa. Cet homme, c’est Yvon Malette.

Dans la première partie de son livre, l’auteur raconte sa vie, avant de parler, en deuxième partie, de la création des Éditions David. Comme il dit, fonder un tel projet, en 1993, c’était audacieux… téméraire, même ! Et les gens me regardaient en disant : « Voyons, Yvon, tu rêves. » C’est justement pour expliquer ce rêve qui l’aura poussé à fonder sa propre maison d’édition francophone qu’il a consacré la première partie de l’essai à un survol plus personnel. Alors, ça, […] c’est mon histoire ! C’est en quelque sorte ce que j’ai vécu au hasard des rues qui m’a permis de poser un geste aussi audacieux. Le titre de l’ouvrage fait justement référence à ce hasard de la vie. J’ai vécu entre les risques et les rêves. J’ai été privilégié, le destin m’a aidé. Créer sa propre maison d’édition aurait pu être un échec, mais le hasard en a décidé autrement.

Raconter l’histoire des Éditions David

Yvon Malette a choisi de raconter l’histoire de cette maison d’édition en passant par les œuvres les plus significatives qu’on y a publiées. Je raconte la grande histoire des Éditions David à travers une quinzaine d’œuvres. Ça m’a permis de garder un ton « conteur » tout au long du récit, pour maintenir les lecteurs [en haleine].

Parmi les œuvres phares survolées ici, on retrouve notamment les ouvrages savants Fonder une littérature nationale de Réjean Robidoux et Histoire de la littérature pour la jeunesse de Françoise Lepage, le recueil de poésie Haïku sans frontières d’André Duheim et le beau livre photographique Le pays dans le pays. Ces quatre livres auront chacun influencé à sa manière la maison d’édition, soit en jetant les bases de nouvelles collections, soit en battant des records de vente. Yvon Malette a aussi choisi des histoires qui l’ont particulièrement ému, tels le roman Ma mère, ma fille, ma sœur de Mila Younes et celui d’Andrée Christensen, Depuis toujours, j’entendais la mer.

Le devoir de mémoire

Ce qui a motivé Yvon Malette à écrire cette autobiographie, c’est le devoir de mémoire. Il ne faut ne pas oublier le passé. Comme le disait si bien Gabrielle Roy, « Sans le passé, qui sommes-nous […] ? Des plantes coupées, moitié vivantes [1]… ! » Il sentait en effet qu’il avait le devoir de mettre par écrit son parcours, mais aussi les combats des Franco-ontariens pour préserver leur culture et leur langue. Moi, je suis minoritaire ; je ne peux pas écrire mon histoire. Mais ce n’est pas dit que je dois la subir. Je suis franco-ontarien de naissance, mais je pense qu’il faut être franco-ontarien par conviction aussi.

Une fierté renouvelée par le succès

Yvon Malette est fier d’avoir fondé les Éditions David et d’avoir su partir au bon moment. Moi, après quinze ans à ce moment-là [en 2008], j’avais soixante-cinq ans et il y avait la nouvelle technologie… J’étais fatigué, aussi. Il a donc choisi de passer le flambeau à un nouveau directeur afin de permettre à la maison d’édition de se renouveler.

Soulignons que le succès de la maison n’est pas le fait d’un seul homme : les Éditions David doivent leur pérennité au travail d’hommes et de femmes qui ont eu à cœur la préservation de la culture francophone en Ontario. C’est dû à une équipe extrêmement solide qui a toujours été fidèle. Personne ne partait, à moins que la mort les fauchât. Certaines de ces personnes, comme Marc Pelletier, sont toujours là après vingt-cinq ans. On a contribué à un patrimoine littéraire.

Humble dans la victoire

Entre le risque et le rêve est lauréat du Prix du livre d’Ottawa en 2019. Yvon Mallette a accepté ce prix avec gratitude et honneur. Je me suis senti très honoré… Je trouve que ce prix est une forme de reconnaissance de tout le travail qu’on peut faire. Ce prix, tu peux l’accepter avec fierté, mais tu dois aussi l’accepter avec beaucoup d’humilité. En effet, lui-même me faisait remarquer que la marge est très mince entre un finaliste et un lauréat. Ça tient parfois même du hasard… Je trouve que les auteurs oublient trop souvent une chose extrêmement importante : un livre s’écrit dans la solitude, mais ne se fait jamais seul.

Au fil de mon entretien avec Yvon Malette, j’ai constaté à quel point cet homme est une vraie encyclopédie de la littérature franco-canadienne. Malgré tout ce savoir, il est resté humble et n’hésite pas à remercier les gens sans qui sont rêve n’aurait pu voir le jour.

L’essai autobiographique Entre le risque et le rêve, écrit par Yvon Malette, est paru aux Éditions David en format papier et numérique.

Julien Charette
20 mai 2020

[1] Gabrielle Roy, Rue Deschambault, 1955, p. 120.