«En écho multiple»: Une soirée de poésie au Salon du livre du Grand Sudbury 2018

22 mai 2018

Se donner les paroles

Ils étaient treize, de la relève ou renommés, du Québec ou d’un peu partout au Canada français, réunis le samedi 12 mai dernier au Little Montreal à l’occasion d’« En écho multiple », une soirée de poésie organisée par Prise de parole pour clore le Salon du livre du Grand Sudbury 2018. L’animateur de la soirée, Michel Ouellette, a créé avec eux un enchaînement de textes sans logique apparente, mais laissant place aux hasards des rencontres, alors que chaque poète voyait trois de ses textes lus, d’abord par lui-même, puis par Ouellette et enfin par un autre poète.

C’est Daniel Groleau Landry qui a eu l’honneur d’ouvrir le bal, offrant des textes de Fragments de ciel, son plus récent ouvrage paru aux Éditions L’Interligne. Dédiant son propre texte à un ami d’enfance, le poète a tantôt donné une petite leçon d’histoire franco-ontarienne, et tantôt parlé de son statut d’homosexuel franco-ontarien et de la nécessité de la poésie, de la musique et de la scène dans sa vie. Michel Ouellette a enchaîné sur une lancée semblable, racontant la tentation de l’auteur de s’enfuir de ses rêves et de ses ambitions, tandis que Louise Dupré a conclu ce cycle sur une note d’espoir, rappelant le besoin du retour aux sources et d’explorer l’horizon, de s’envoler.

Louise Dupré a ensuite récité son poème « Plus haut que les flammes », décrivant la vie qui reprend, même sur les sols inhabitables, et affirmant la nécessité de ne pas laisser le désespoir agrandir les trous de notre cœur. Faisant écho à Auschwitz et à Birkenau, la parole de la poète s’est toutefois éclaircie avec son troisième poème, lu par Éric Charlebois, qui s’attardait à l’enfant, symbole de l’humanité. Les poèmes sur l’amour de Charlebois créait d’ailleurs une belle continuité avec ce dernier, en rappelant l’importance de se tenir par la main contre la gravité, de tout se dire sans ponctuation, de se brancher l’amour par intraveineuse! En interprétant le texte de son collègue, Michel Ouellette a pour sa part fait ressortir un beau jeu sur les sonorités.

Après avoir lu un texte de son collègue, c’est Herménégilde Chiasson qui a pris la parole pour parler de sa pratique en arts visuels, de façon poétique. Il a ensuite offert à Michel Ouellette un texte qui parle de l’importance de trouver les bons mots, au bon sens, pour ce qu’ils évoquent et ce qu’ils veulent dire. À Marie-Andrée Gill, c’est plutôt un texte sur la colère (« c’est si facile, la colère! ») qu’il a légué, et la poète ilnue du Québec lui a rendu honneur avec le franc-parler et l’aise qu’on lui connaît. Celle-ci s’est ensuite révélée avec sa parole crue et vraie, qui a malgré tout déclenché quelques rires, alors qu’elle questionnait comment denses sont les tempêtes dans nos têtes.

Au tour de Mireille Groleau, la poète franco-ontarienne nous a parlé du train qui défile dans sa tête et qui ne fait que passer, quand elle n’est pas en train de chanter Patsy Cline ou Johnny Cash dans sa voiture. Offrant sans doute la meilleure chute de la soirée (« Criss, j’aurais pu être Patrice Desbiens, mais ma mère n’habite pas à Timmins, Ontario! »), elle a provoqué de nombreux rires, avant de céder la parole à Michel Ouellette pour qu’il continue ses références à la musique country et québécoise, mais aussi aux maringouins qui s’écrasent dans son windshield.

Avec ses textes inédits, Sonia Lamontagne a révélé une facette nouvelle de sa poésie, en abordant tantôt l’écriture et la poésie, tantôt des sujets plus crus comme la sexualité, qu’elle s’est fait un plaisir de laisser à Michel Ouellette et Thierry Dimanche. Ceux-ci les ont abordés de front et interprétés avec une belle vigueur, créant de beaux moments et quelques rires. Après la pause, parlant des mots cachés dans « Les noms des plantes »,   comme si c’était ça la chose à faire avec les mots : les encercler! », Daniel Aubin en a ravi plus d’un avec sa plume authentique et simple, mais très évocatrice.

Antoine Côté Legault s’est ensuite attaqué à la réalité des jeunes, avec des références à la déchéance du monde, de la planète; des thèmes qui étaient propices à être ensuite livrés par Mathieu Arsenault, à qui Côté Legault a réservé un texte traitant de licornes et de Pokémons. Fidèle à ce qu’il a laissé entendre vendredi au même endroit lors de sa lecture de son ouvrage La vie littéraire, Mathieu Arsenault a ensuite laissé entendre sa parole vive, incisive et revendicatrice, avant de laisser sa place à la poète officielle du Grand Sudbury.

Adoptant presque une formule de gags humoristiques, Chloé LaDuchesse a offert un long poème se continuant et se construisant en lente gradation d’un lecteur à l’autre. Invitant en tant que lecteur spécial Jean Marc Dalpé, qui a sans doute livré la lecture la plus incarnée de la soirée, le cycle de la poète a reçu de chaleureux applaudissements, et créé un grand effet avec sa fin presque chaotique, mais au grand potentiel comique, avant que Daniel Groleau Landry et Michel Ouellette ne viennent à nouveau, afin de conclure cette soirée aux paroles et aux thématiques variées, mais toutes plus inspirantes les unes que les autres.

La soirée de poésie « En écho multiple » a eu lieu le samedi 12 mai 2018 au Little Montreal, à l’occasion du Salon du livre du Grand Sudbury.

Alice Côté Dupuis