Didier Leclair – Chaleur et bonne humeur en Acadie

28 octobre 2014

Le RECF a demandé au romancier Didier Leclair de nous partager ses impressions suite à sa présence au Salon du livre de Dieppe. Voici son texte.

Les francophones de Dieppe au Nouveau-Brunswick m’ont fait le plaisir de m’inviter à leur 24e Salon du livre. Il s’est tenu du jeudi 23 au 26 octobre cette année.

J’atterris dans une petite ville à l’allure sympathique et à l’aéroport, je n’eus aucun problème à trouver mon guide, car il brandissait une carte du Salon du livre pour attirer mon attention. Oscar, chaleureux et enthousiaste, avait la parole facile. La chevelure d’un blanc de laine, l’œil intelligent et d’une douce espièglerie, il me donna le choix entre aller à mon hôtel déposer ma valise ou continuer directement au salon. Je choisis d’aller briser la glace sans attendre avec mes autres collègues écrivains et me présenter aux organisateurs de l’événement. Le choix fut judicieux, car dans la voiture, je découvris le bagou d’Oscar; un raconteur qui m’expliqua avec détails et précision l’origine du nom Dieppe octroyé à sa petite ville. En effet, il prit le temps de me confirmer que c’est en 1952 que sa ville prit ce nom en l’honneur des Canadiens qui perdirent la vie dans le débarquement de Dieppe en Normandie durant la Seconde Guerre mondiale en 1942. Cette tentative fut un cuisant échec. Oscar précisa doctement qu’il ne s’agissait pas du débarquement en Normandie réussi en 1944. Il ajouta une anecdote croustillante qui valut le déplacement; c’est l’épouse d’un représentant municipal qui s’occupait de la cuisine qui eut l’idée de baptiser ce coin de pays « Dieppe ». Les décideurs assis autour d’une table dirent épatés par la trouvaille « Très bonne idée! ».

L’accueil au salon fut chaleureux et on me mit à l’aise dès l’instant où j’y mis les pieds. Il y avait des rafraîchissements, des casse-croûtes et toujours un sourire pour vous dire que vous êtes la bienvenue. Dehors, il plut sans cesse et c’est ainsi que je fis la connaissance d’une autre gentille acadienne, plusieurs fois grand-mère, Muriel. Elle avait assisté à la soirée de poésie qui eut lieu la veille et j’étais présent parmi les spectateurs. Il y avait du slam (poésie accompagnée de musique), des poètes plus intimistes, d’autres révoltés, prêts à en découdre avec la société dite « antiféministe ». Muriel tint, avec son air d’ancienne enseignante, à me demander mon opinion sur chacun des artistes et écouta mon avis avec curiosité et beaucoup d’intérêt. Elle donna le sien sans hésiter et nous tombâmes d’accord sur bien des sujets. Ce qui nous fit grand plaisir et confirma que l’âge n’a rien à voir avec les goûts et les couleurs, surtout en littérature.

Ce fut avec regret, après avoir signé des livres, parlé de mon nouveau roman et présenté une conférence, que je dus plier bagage pour Toronto. Mais je n’oublie pas comment les Acadiens de Dieppe me firent comprendre que la pluie d’automne est incapable de refroidir leur chaleur humaine.

DIDIER LECLAIR, écrivain

Didier Leclair dans le stand du RECF au Salon du livre de Dieppe 2014

Didier Leclair dans le stand du RECF au Salon du livre de Dieppe 2014

 

Né à Montréal, Didier Leclair a passé son enfance et son adolescence en Afrique. L’écrivain vit à Toronto depuis la fin des années quatre-vingt. Il a remporté le prix Trillium 2001 pour son roman Toronto, je t’aime. Son deuxième roman, Ce pays qui est le mien, a été finaliste aux prix littéraires du Gouverneur général. Un ancien d’Afrique est son sixième roman publié aux Éditions du Vermillon.

La présence de Didier Leclair  à cet événement a été rendue possible grâce à la contribution financière du Conseil des arts du Canada dans le cadre de la Feuille de route pour les langues officielles du Canada 2013-2018 : éducation, immigration, communautés et du Salon du livre de Dieppe.

Conseil des arts du Canada  logo_Dieppe