« Détresse au crépuscule » de Jacqueline Landry : Une enquête au creux de la détresse humaine

7 octobre 2020

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Détresse au crépuscule de Jacqueline Landry :
Une enquête au creux de la détresse humaine

Détresse au crépusculeUne prostituée est une fois de plus retrouvée morte près des rails du West Coast Express. Tout porte à croire que le tueur en série sévissant dans la région vancouvéroise court toujours. Caché dans le Downtown Eastside, le psychopathe a modifié son modus operandi depuis son dernier meurtre. Son terrain de chasse s’étend désormais aux parcs et aux sentiers de la forêt. Dans Détresse au crépuscule, publié aux Éditions David, Jacqueline Landry nous fait vivre pas à pas la traque de l’équipe d’enquêteurs dirigée par Greg McLeod. Réussiront-ils enfin à attraper ce ou ces tueurs insaisissables? Devant cette folie meurtrière, nous renouons avec le sympathique sans-abri qui, inlassablement, pousse son panier à travers les sombres rues de la ville, ainsi qu’avec Sylvia la toxicomane, Inga la prostituée et Rachel la journaliste.

Jacqueline Landry nous fait vivre et ressentir toute la détresse imprégnée dans ce quartier de Vancouver : Le titre du roman le dit, la détresse est toujours accentuée quand la nuit tombe. Peu importe qui l’on est, dès qu’on a un petit problème, de l’angoisse ou de l’anxiété, à la tombée de la nuit ça s’accentue. J’ai voulu démontrer la détresse, pas seulement la détresse en général, mais celle des personnes vulnérables. Au centre de cette enquête, les habitants du Downtown Eastside sont eux-mêmes les têtes d’affiche, comme, sans doute, dans tout bon polar digne de ce nom.

On se demandera peut-être pourquoi l’autrice a choisi le roman policier plutôt qu’un autre genre littéraire. La raison est simple : Landry a été mariée à un policier de la GRC, et la médecine légale l’a toujours intéressée. C’était une seconde nature pour moi, étant donné que je connaissais déjà le milieu et ses expressions. Sa carrière de journaliste y est aussi pour beaucoup dans son choix : Même si c’est une œuvre de fiction, je me suis nourrie de mes expériences et j’ai fait des amalgames de personnalités pour créer mes personnages.

Inspiration journalistique

L’autrice a sillonné, pendant une dizaine d’années, la région de Vancouver afin de couvrir l’actualité et dans le cadre de reportages sur des enjeux de société. Elle a notamment beaucoup parlé des différents intervenants qui œuvrent auprès des itinérants, des toxicomanes et des travailleuses du sexe du Downtown Eastside. Voir ces gens s’efforcer de survivre dans la rue l’a marquée au plus profond de son être. Elle m’avoue justement que [ce sont] les gens qui habitent le quartier Downtown Eastside qui sont le plus venus « me chercher », durant les dix années passées en Colombie-Britannique et à Vancouver. Cette affinité se ressent dans la construction de ses personnages, qui arpentent les trottoirs de ce quartier. On s’attache d’autant plus à eux, d’ailleurs, sachant que le Downtown Eastside est un des quartiers les plus pauvres et les plus criminalisés d’Amérique du Nord.

Ouvrir les yeux

L’autrice a voulu donner une voix à ces gens trop souvent ignorés et oubliés. Ces citoyens et citoyennes qui vivent de manière précaire, au jour le jour, avec leur routine à eux. Mon but était de donner un visage à ces personnages de façon à ce que les gens, s’ils se promènent dans les grandes villes, les remarquent. Je voulais que les gens voient les personnes vulnérables d’une manière différente, qu’ils n’aient pas peur de leur offrir un sourire ou de leur parler. Un simple sourire suffit, en effet, à rendre un peu plus lumineux le quotidien de ces personnes.

Jacqueline Landry cherchait à effacer les stigmates qui collent aux gens de la rue. À leur redonner leur humanité, quoi! Elle espère donc que ses lecteurs et lectrices gagneront en empathie envers ces personnes après avoir lu son roman. C’est cette empathie qui, selon Landry, fera en sorte que l’on cessera de rejeter tout l’odieux de la lutte contre la pauvreté sur les gouvernements, et que l’on prendra, chacun et chacune, ses responsabilités citoyennes. Comme elle le dit si bien, c’est à chacun d’entre nous de tendre la main!

Le roman Détresse au crépuscule de Jacqueline Landry est paru aux Éditions David aux formats papier et numérique.

Julien Charette
7 octobre 2020