«à deux degrés du paradis» de Bertrand Nayet : Sortir de soi pour être soi-même

11 septembre 2019

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à deux degrés du paradis
Les carnets de mythologies appliquées – deuxième carnet

de Bertrand Nayet

Sortir de soi pour être soi-même

à deux degrés du paradis En lisant un poème d’une shaman inuit vivant au 19e siècle, Bertrand Nayet a été fasciné par le fait de ressentir la même chose aujourd’hui que cette femme d’une autre époque et d’une autre civilisation. Sa réflexion donna lieu à un recueil de poésie s’intéressant aux personnages venus avant lui, qui devînt le premier volet d’une trilogie de « carnets de mythologies appliquées », publiée aux Éditions du Blé. Dans son second et nouveau carnet, à deux degrés du paradis, Nayet se tourne vers lui-même en se positionnant à la jonction de l’intime et de l’universel, afin de réfléchir à la façon dont les petits et les grands événements de la vie nous guident, nous font grandir et évoluer.

Si le premier carnet, l’enfant rouge, s’inspirait d’événements réels tels que la Deuxième Guerre mondiale ou encore la grève générale de 1919 à Winnipeg, menant le lecteur aux chasseurs-cueilleurs du néolithique jusqu’aux années 1950 environ, le second volet, à deux degrés du paradis, présente plutôt des poèmes qui parlent essentiellement de leur auteur. Ça raconte des événements tirés de ma jeunesse, et ça va jusqu’à aujourd’hui, sans qu’il y ait vraiment de dates. Ça parle de ce que j’ai vécu, de l’aspect un peu ironique de certaines choses, et aussi de certains bons coups, et d’autres moins bons, raconte Bertrand Nayet, qui consacre aussi une série de poèmes sur ses « petites lâchetés », en plus d’offrir des lettres poétiques à son fils et à sa fille.

Alors que le troisième carnet de la trilogie s’attardera à ce qui viendra après lui, dans une sorte d’exploration ou de prospective poétique par rapport à ce que l’avenir pourrait nous réserver, l’auteur s’ancre véritablement dans le présent, dans ce second recueil. Si la mythologie c’est un peu notre façon d’expliquer le monde, de donner une sorte de sens à pourquoi le monde existe, puis de donner une sorte de manière de vivre ou certaines façons de faire, de transmettre une certaine sagesse, Bertrand Nayet emploie ici l’expression « carnets de mythologie » afin de s’expliquer à lui-même son monde et de comprendre comment son environnement a façonné l’homme qu’il est aujourd’hui. Quand j’indique que c’est « appliqué », c’est que je me demande comment est-ce que ça m’influence, moi, dans mon quotidien.

De la nature et des croquis

Bertrand Nayet qualifie sa trilogie de recueils de poésie de « carnets », puisque c’est effectivement dans de petits carnets que tout commence pour lui, là où il gribouille et fait des croquis; là où ses poèmes commencent. C’est surtout pendant ses promenades ou ses voyages qu’il capture certains paysages en dessins, qui inspireront par la suite des poèmes. Mon inspiration vient beaucoup de la nature. C’est beaucoup en promenade ou en randonnée que je réfléchis et que j’arrive à créer ou à débuter la création des poèmes. Alors les dessins sont associés à la création de certains poèmes, mais il n’y a pas toujours de lien direct entre eux.

Parfois, les croquis du recueil expliquent en quelque sorte les poèmes, et vice versa. Les illustrations et les textes se soutiennent l’un l’autre et sont complémentaires, selon Bertrand Nayet, qui donne comme exemple la série des poèmes Marie, Élie et Sébastien, qui sont illustrés par des dessins d’arbres; les arbres mêmes qui lui ont inspiré les poèmes. J’ai fait une sorte de lien entre l’arbre et l’aspect religieux ou spirituel. Je suis parti du symbole de la croix dans la religion catholique, et pour moi, la croix se transmute en arbre, et l’arbre devient une sorte de personnification de notre relation à la nature. Ce n’est plus le Christ qui est crucifié, mais ça devient l’arbre, et à travers lui, la nature qui est crucifiée par notre action, d’une certaine façon.

La quête de soi et du bonheur

En épigraphe de à deux degrés du paradis, Bertrand Nayet a placé deux vers de l’humaniste Louise Labé qu’il considérait bien résumer son second carnet : « Et ne me puis donner contentement / Si hors de moy ne fay quelque saillie ». Ainsi, la majorité des poèmes de ce recueil touchent un peu à la quête du bonheur, d’une certaine façon, puisque c’est un peu le thème de toute une vie, on cherche tous le plaisir, explique celui qui considère que le bonheur est toujours en devenir. Les deux degrés, ça peut être pris dans le sens de la température ou ça peut être pris dans le sens du lieu géographique – la latitude ou la longitude –, donc le bonheur est ici soit un lieu ou un état, dans lequel on n’est jamais complètement.

Suivant la pensée de Louise Labé, Bertrand Nayet s’est donc appliqué, dans ce nouveau recueil de poésie, à comprendre sa propre interaction avec son environnement, afin de trouver le contentement. C’est une réflexion sur moi et sur ma relation au monde, conclut l’auteur. Ce que j’ai voulu montrer, c’est que je ne puis vraiment être moi qu’en sortant de moi, qu’en allant vers les autres en allant dans le monde et en agissant dans le monde. C’est beaucoup ma réaction face au monde, face aux gens, face à la vie, finalement.

Le recueil de poésie à deux degrés du paradis. Les carnets de mythologies appliquées – deuxième carnet de Bertrand Nayet est publié aux Éditions du Blé.

Alice Côté Dupuis
11 septembre 2019