« Copeaux » de Mishka Lavigne : les morceaux d’un « nous » passé

11 novembre 2020

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Copeaux de Mishka Lavigne :
Les morceaux d’un « nous » passé

CopeauxC’est l’histoire d’une relation de couple qui s’effrite, qui se termine sans fracas, qui s’étiole au fil du temps. C’est de cette manière que Mishka Lavigne résume sa pièce Copeaux publiée aux Éditions L’Interligne. On y suit le dialogue entre deux personnes qui se sont aimées, mais dont les chemins ont fini par se séparer. La pièce oscille entre passé et présent, au gré des souvenirs qui refont surface.

Avec Copeaux, on joue avec les archétypes. Mishka Lavigne souligne que dans cette œuvre, on a un Lui et une Elle parce que c’était les deux comédiens avec lesquels nous avions travaillé le processus de création, mais ça pourrait très bien être deux femmes ou deux hommes. C’est ce qui rend la pièce si particulière. Le processus de création s’est également déroulé de manière peu conventionnelle. Les comédiens n’ont pas été choisis en fonction des textes, mais à l’inverse : les textes ont été écrits en observant le jeu des corps de ces deux acteurs. On est vraiment ici dans une écriture de plateau.

Quand le travail d’un artiste inspire celui d’un autre

Si le travail des deux comédiens a inspiré la dramaturge dans son écriture, le projet a aussi été conçu grâce aux œuvres de l’artiste visuel Stefan Thompson. Les dessins, peintures et sculptures de Thompson ont été le véritable point de départ de cette œuvre théâtrale. On a commencé à travailler sur Copeaux en 2015, avec comme inspiration de base […] une trentaine d’images de Stefan Thompson. Les œuvres de cet artiste suscitent beaucoup d’émotions; les émotions, dialogues et mouvements mis de l’avant dans cette pièce en découlent directement.

Ce qui est intéressant avec le travail de Thompson, c’est qu’il y a beaucoup d’animaux, de forêt, il y a des arbres, des feuilles. Il fait aussi de l’art paysager, il travaille avec des branches, du bois, avec de la glace. Autre aspect intéressant : il fabrique lui-même tous ses pigments et son papier. Les pigments de peinture d’origine naturelle font ici en sorte que les œuvres changent avec le temps. Au fil du temps, si tu as une toile de Stefan Thompson chez toi, les pigments peuvent s’oxyder, et alors l’œuvre peut devenir plus foncée ou quelque chose comme ça. Donc, [par le choix de cette méthode, déjà, il invite] le travail du temps [à participer de sa démarche].

Le temps qui effrite

Les effets du temps sur les relations tant amoureuses qu’amicales sont au centre de cette pièce de théâtre de Mishka Lavigne. La pièce s’attarde sur le moment de la rupture, quand la décision de mettre fin à la relation amoureuse est prise. Avec Copeaux, on explore le moment où [deux protagonistes savent que l’idylle] est terminée. Que la relation ne fait plus de bien, malgré qu’ils soient incapables d’en sortir ou de s’en défaire. C’est comme si toute leur identité était liée à cette relation-là… et la question est de savoir comment ils en sortiront. Dans la pièce, les regrets sont présents sans pour autant que l’on s’y attarde. On assiste plutôt à un déferlement de souvenirs et de questionnements liés aux fins de relations. J’ai exploré les moments où l’on se dit : « ça allait si bien avant, pourquoi on n’est pas capables de revenir à ça? »… Eh bien, parce qu’on est deux personnes qui ont changé fondamentalement. C’est donc l’occasion de faire le point sur la relation entre ces deux personnes.

La pièce se déroule en trois temps : début, milieu et fin. C’est à la toute fin où l’on prend conscience que même si les deux personnages ne sont plus ensemble, ils ont vécu quelque chose qui les a marqués. Ils ne peuvent pas faire semblant de n’avoir rien vécu. Il faut qu’ils acceptent que la relation a existé et qu’elle les a transformés en tant qu’humains. L’autrice met ainsi en lumière la part de positif dans toute rupture. Chaque personne rencontrée au cours de sa vie permet de grandir et de mieux se connaître. C’est une des perles de sagesse que l’on retient après avoir lu Copeaux. C’est comme graver ses initiales dans le tronc d’un arbre. L’arbre voudra absorber cette blessure, l’effacer en remettant de l’écorce par-dessus, mais il n’en sera jamais capable. La cicatrice restera toujours un peu visible, et c’est la même chose avec les relations. On reste marqué par les gens que l’on côtoie.

La pièce Copeaux de Mishka Lavigne est publié aux Éditions L’Interligne aux formats papier et numérique.

Julien Charette
11 novembre 2020