«Chroniques hu-militaires» de Jean-François Lemoyne : Un regard périphérique sur le monde militaire

9 octobre 2019

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Chroniques hu-militaires de Jean-François Lemoyne

Un regard périphérique sur le monde militaire

Chroniques hu-militairesDurant ses 37 ans de carrière dans les Forces armées canadiennes, pendant lesquelles il a passé l’équivalent de 12 années à l’extérieur du pays, Jean-François Lemoyne a accumulé autant d’expérience que de lettres de sa famille et de notes à propos de ce qu’il a vécu et observé. C’est pour démystifier l’image du soldat et s’éloigner de sa représentation avec un couteau entre les dents, toujours prêt à sauter, que celui-ci signe son tout premier ouvrage littéraire basé sur ses archives personnelles. Dans Chroniques hu-militaires, publié aux Éditions L’Interligne, il souhaite démontrer que la profession militaire n’est pas que violence : elle est aussi humaine, humanitaire, et humilité.

Le titre donne un peu le ton au livre, en ce sens qu’il ne s’agit pas nécessairement d’actes héroïques – bien entendu, il y a néanmoins des passages militaires qui sont assez corsés –, ni de regarder ça strictement du côté de la grande action, explique Jean-François Lemoyne. Il s’agit plutôt de regarder des circonstances qui permettent de voir les émotions, le côté humain de l’histoire, tant de mon côté que du côté de ma famille, ajoute-t-il, confiant que son livre se démarque des autres récits de guerre puisqu’il s’attarde aux émotions du soldat. Si on ne s’attend pas nécessairement à découvrir les états d’âme d’un officier, lorsqu’on lit un roman sur le milieu militaire, l’auteur, lui, va jusqu’à dévoiler des lettres intimes échangées avec son épouse, durant ses nombreux séjours à l’étranger.

Bien que les soldats fassent partie d’un corps d’officiers, ceux-ci ne peuvent pas se permettre de s’ouvrir complètement à leurs collègues; il y a encore certaines lignes qui ne peuvent être franchies, selon Jean-François Lemoyne. Voilà pourquoi l’auteur considère que le soutien de sa famille a été primordial tout au long de sa carrière, et qu’il ne veut pas les écarter de son récit. Lorsque vous êtes commandant d’une unité, vous devez en tout temps avoir une contenance, être presque neutre et être prêt à prendre des décisions sans nécessairement prendre parti. Dans des contextes comme ça, ça rend l’officier ou le militaire qui est en position de commandement un peu plus solitaire et esseulé. Je voulais mettre en relief la solitude de commander, mais montrer qu’en maintenant un lien solide avec les siens, les choses sont plus faciles à vivre.

Du Royaume-Uni à l’Irak

Divisé en trois chroniques, l’ouvrage, malgré son titre, n’est pas tout à fait un journal de bord militaire. Classé comme un roman, Chroniques hu-militaires respecte environ à 90 % la chronologie et la véracité des faits, mais l’auteur a dû faire quelques modifications et ajustements pour aider la fluidité du récit. Tout ce qui se passe au niveau des moments forts militaires, j’ai dû les combiner, parce qu’ils sont arrivés durant plusieurs voyages que j’ai effectués dans l’arrière-pays, mais je ne pouvais pas faire un chapitre par voyage, alors j’ai tout mis ces événements-là à l’intérieur d’un seul voyage. Déjà, je sortais un peu du processus de journal de guerre, mais tout ce qui est là-dedans a été vécu, soit comme acteur principal, comme collaborateur ou comme spectateur, affirme Jean-François Lemoyne.

Alors que la première chronique nous mène au Royaume-Uni, à l’occasion d’un cours d’artificier – on peut tout de suite penser au désamorçage d’engins explosifs –, le roman nous plonge directement dans une période intense : l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud sont en guerre. Déjà, qu’ils acceptent que quelques Canadiens et quelques Australiens suivent leur cours d’artificier en désamorçage, c’est particulier, au niveau de la sécurité, raconte l’auteur. Sa deuxième chronique, quant à elle, mènera le lecteur en ex-Yougoslavie, où le militaire francophone a commandé des troupes britanniques en opération, durant une mission qui a duré six mois.

Il y a encore une fois des suspenses militaires, dans cette deuxième chronique, mais j’accorde aussi une forte place à la relation que j’ai maintenue à distance avec ma famille. C’est surtout là que je dévoile les lettres et poèmes romantico-naïfs que j’envoyais à mon épouse chaque semaine, à partir de la Yougoslavie. Là encore, c’est plus qu’une histoire militaire : c’est aussi une histoire humaine et familiale, avec mon épouse et mes deux garçons qui étaient à ce moment-là en Allemagne, ajoute Jean-François Lemoyne, qui s’est aussi rendu en Irak, plus tard dans sa carrière, durant la seconde guerre (2003-2004). C’est ce contexte particulier, où il était rattaché aux Forces de l’OTAN durant quelques mois, pour une mission d’entraînement des troupes irakiennes à Bagdad, qu’il raconte dans sa troisième chronique.

Un regard périphérique

Plusieurs expériences vécues par Jean-François Lemoyne lui ont permis de porter un regard différent sur le monde. Que ce soit en voyant les Américains, les Français et les Britanniques travailler ensemble dans un contexte de danger ou encore en étant témoin de la toute première élection démocratique en Irak, à la suite du décès de Saddam Hussein, dictateur en Irak pendant près de 25 ans, l’auteur et militaire a vu beaucoup d’espoir, de beauté, mais aussi de désillusions et de tristesse au cours de sa carrière.

Les circonstances de mes séjours à l’étranger ne m’ont pas mis directement sur le front, achève-t-il de raconter. Elles m’ont mis en périphérie, juste après ou juste avant un conflit. Ça me permettait, à ce moment-là, de tirer des conclusions et de voir ce vers quoi ça tendait et, en même temps, ça me permettait aussi de m’extirper un peu, de prendre du recul, de regarder tout ça et de réfléchir à ce que je pouvais retenir de tout ça. C’est maintenant le fruit de ces réflexions, mais aussi toute la complexité des expériences qu’il a vécues qu’il souhaite léguer dans cet ouvrage militaire pas comme les autres.

Le roman Chroniques hu-militaires de Jean-François Lemoyne est paru aux Éditions L’Interligne.

Alice Côté Dupuis
9 octobre 2019