Choix de l’équipe : 4 livres à lire selon Hugo Thivierge

2 août 2019

Hugo

Hugo Thivierge,
agent de développement,
vous présente ses coups de cœur

L’heure des vacances a sonné, vous trouvez que c’est un bon moment dans l’année pour accorder davantage de temps à la lecture, mais vous ne savez pas vers quel livre vous tourner? Qu’à cela ne tienne : l’équipe du Regroupement des éditeurs franco-canadiens a des suggestions pour vous! Cette semaine, c’est au tour de Hugo Thivierge, agent de développement, de dévoiler quatre de ses coups de cœur de la littérature franco-canadienne.

 

Sudbury (Poèmes 1979-1985), de Patrice Desbiens (Éditions Prise de parole, 2013)

sudburypoemes19791985Il faut avoir lu du Patrice Desbiens au moins une fois dans sa vie. Sa poésie de la quotidienneté est simple, dépouillée, prosaïque et presque laconique, ce qui en fait une excellente porte d’entrée dans l’univers de la poésie, mais qui permet aussi de voir les choses sous des angles incongrus ou inédits. Notre agent de développement, Hugo Thivierge, est catégorique : la poésie de Patrice Desbiens parle vrai, au vrai monde, et ce qu’il dit est d’une beauté inouïe.

Cet ouvrage, qui comprend des rééditions des recueils de la « période sudburoise » du poète (L’espace qui reste [1979], Sudbury [1983] et L’après-midi cardiaque [1985]), a été son premier choc littéraire et poétique franco-ontarien. C’est avec ce poète qu’il qualifie de grand et magistral que Hugo Thivierge a découvert la littérature franco-ontarienne et toute sa vitalité.

quelque chose bouge
dans ma bouche
c’est le cancer
de la parole.
de la poésie.


Mourir à Scoudouc, de Herménégilde Chiasson (Éditions Perce-Neige, réédition 2017)

Mourir à ScoudoucRéédité 42 ans après sa publication originale, ce beau livre de poésie est un incontournable. Objet d’art en soi, ce livre comprend des poèmes en prose, mais aussi des photos, dont la plupart sont prises par l’auteur lui-même, ainsi qu’un aspect visuel extrêmement réfléchi. Mais c’est surtout son contenu qui en fait une œuvre aussi majeure, selon Hugo Thivierge, qui considère Mourir à Scoudouc comme un véritable cri d’amour et de colère pour une Acadie décomplexée.

Bien que notre agent de développement ait découvert cette œuvre tardivement, il considère que son texte puissant demeure essentiel encore aujourd’hui, notamment pour sa dimension militante et les inégalités sociales et linguistiques qu’il dénonce. Son poème phare, « Eugénie Melanson », a marqué les esprits et a été repris dans de nombreuses anthologies de poésie, dépassant les frontières de l’Acadie et démontrant que les propos d’Herménégilde Chiasson sont accessibles : ils témoignent d’une expérience universelle d’affirmation identitaire et de revendication de ses droits élémentaires.

Acadie, mon trop bel amour violé qui parle à crédit pour dire des choses qu’il faut payer comptant, qui emprunte ses privilèges en croyant gagner ses droits. Acadie, mon trop bel amour violé, en stand-by sur tous les continents, en stand-by dans toutes les galaxies, divisée par les clochers trop fins remplis de saints jusqu’au ciel, trop loin.


Quand on était seuls, de David Alexander Robertson, traduit par Diane Lavoie et illustré par Julie Flett (Éditions des Plaines, 2018)

Quand on était seulsCet album jeunesse est tout simplement magnifique, tant en raison des illustrations de Julie Flett qu’en raison de son propos. Abordant un sujet difficile, mais essentiel, l’album réussit à nous raconter une histoire dure en toute délicatesse. On y suit en effet une jeune autochtone qui questionne sa grand-mère à propos de ses vêtements multicolores, de ses cheveux longs et tressés, de sa langue et de la présence régulière de son frère chez elle, et qui se fait expliquer par sa nókom la façon dont ces éléments lui ont été enlevés lorsqu’elle était dans un pensionnat autochtone, ce qui fait qu’aujourd’hui adulte, elle a voulu récupérer ces caractéristiques de son identité.

Récipiendaire du Prix littéraire du Gouverneur général dans sa version originale anglaise, ce petit bijou de livre jeunesse, tel que le qualifie Hugo Thivierge, parvient véritablement à faire œuvre utile, pour l’important devoir de mémoire qu’il représente, mais aussi pour encourager les jeunes Autochtones à reprendre possession de leurs traditions et de leur identité, sans en avoir honte. Destiné d’abord aux jeunes de 4 à 7 ans afin d’ouvrir doucement un dialogue, cet album vise à communiquer à ses jeunes et moins jeunes lecteurs issus des Premières Nations qu’ils ne seront plus jamais seuls.


L’ère de l’Expansion, de Mathieu Muir (Éditions David, collection 14/18, 2019)

L'ère de l'ExpansionVoici un roman de science-fiction qui s’inscrit dans la plus pure tradition des Isaac Asimov et Arthur C. Clarke, rien de moins, nous dit Hugo Thivierge au sujet de L’ère de l’Expansion de Mathieu Muir, qu’il a apprécié notamment pour son intelligence et la réflexion qu’il suscite. Car bien qu’il s’agisse d’un premier roman pour son auteur, celui-ci est brillamment construit, bien écrit et avec un grand souci du réalisme, selon notre agent de développement.

Bien sûr, Mathieu Muir est ingénieur en chimie et détenteur d’une maîtrise en environnement; il est donc bien placé pour imaginer de façon réaliste dans quel état sera la planète Terre en 2208, en extrapolant ses enjeux environnementaux, sociaux et politiques actuels. Alors que la Terre est divisée en quatre pôles hermétiques et que chacun doit gérer ses propres problèmes de surpopulation et d’environnement, le Soleil d’Orient – le pôle qui correspond à l’Asie – sera le premier à envisager l’expansion de l’humain par la colonisation de l’espace, grâce à une technologie permettant la téléportation mise au point chez eux, ce qui ne se fera pas sans créer de jalousie chez les autres pôles.

Cette science-fiction qui apparaît néanmoins très vraisemblable propose donc des inventions amusantes et réussit à captiver les lecteurs entre 14 et 18 ans, visés par cette collection, comme les plus vieux, grâce aux dimensions épiques que le récit prend. Hugo Thivierge, lui, espère vivement une suite!

Alice Côté Dupuis
2 août 2019