Choix de l’équipe : 4 livres à lire selon Frédéric Brisson

16 août 2019

Frederic Brisson_2019_YsabelBarsive

Frédéric Brisson,
directeur général,
vous présente ses coups de cœur

L’heure des vacances a sonné, vous trouvez que c’est un bon moment dans l’année pour accorder davantage de temps à la lecture, mais vous ne savez pas vers quel livre vous tourner? Qu’à cela ne tienne : l’équipe du Regroupement des éditeurs franco-canadiens a des suggestions pour vous! Cette semaine, c’est au tour de Frédéric Brisson, directeur général, de dévoiler quatre de ses coups de cœur de la littérature franco-canadienne.

 

Savèches à fragmentation, de Jonathan Roy (Éditions Perce-Neige, 2019)

Savèches à fragmentationLa réputation du poète Jonathan Roy n’est plus à faire en Acadie, puisqu’il y organise le Festival de poésie de Caraquet et y est très impliqué dans le milieu artistique. Son second recueil de poésie, paru sept ans après Apprendre à tomber, était donc particulièrement attendu, mais la patience de notre directeur général, Frédéric Brisson, aura été récompensée, puisque cette nouvelle offrande lui a semblé très aboutie et extrêmement maîtrisée. Très novateur, tant sur le plan de la forme que de son contenu, ce recueil interroge le rapport des gens aux textes et à la surabondance d’informations via les réseaux sociaux et les ordinateurs. L’organisation visuelle de ses poèmes rappelle cette formule utilisée dans nos échanges numériques, et apporte un côté à la fois frappant et moderne au recueil.

Que ce soit dans son utilisation de la langue – d’un français plus classique, avec un vocabulaire plus élaboré et parfois peu usité, à une parole acadienne et plus populaire, il maîtrise bien la langue et joue avec elle – ou dans les images saisissantes qu’il nous renvoie, le poète est inventif et se permet une grande liberté pour exprimer sa vision de la vie. Sans passer à côté de la vacuité de certains de ces échanges, ni de la quête de sens et de la déprime causée par cette recherche de contacts humains, le poète crée des liens étonnants et réussit néanmoins à illustrer la chaleur humaine à travers ce chaos et cette surabondance.


 

Hommage au bison, une légende des Cris des Plaines, de Judith Silverthorne, traduit par Martine Noël-Maw et illustré par Mike Keepness (Éditions de la nouvelle plume, 2016)

Hommage au bisonCette légende racontée par un sage aîné de la nation crie est non seulement une histoire formidable, mais elle est aussi illustrée de superbe façon. Racontant la façon dont le bison se sacrifiait pour le peuple cri et comment celui-ci utilisait chacune de ses parties pour tantôt se nourrir, tantôt s’habiller, se loger ou s’outiller, l’histoire met de l’avant la relation presque religieuse entre les Cris et le bison, en plus d’offrir des notions d’apprentissage réelles et un côté pédagogique à la fin de l’album, où sont illustrés les tentes, les os, les sacs et autres outils de la vie quotidienne fabriqués à partir de ce que le bison avait à offrir.

Cet hommage bien réalisé, épuré, simple et touchant, est un vrai beau livre que notre directeur général verrait bien traîner sur une table à café, même s’il s’agit d’un album mince, ou être offert en cadeau. Les illustrations, tels de vrais tableaux peints où l’on sent les textures et où l’on voit des nuances infinies de couleurs, contribuent à en faire un magnifique objet littéraire qu’on ne se lasse pas de regarder. Son aspect bilingue, présentant la légende tant en français qu’en Cri, a probablement participé, aussi, au destin international du livre : celui-ci est non seulement disponible en anglais et en français, mais il le sera aussi en allemand, puisque ses droits ont été achetés et que l’album fait partie des livres qui seront mis à l’honneur lorsque le Canada sera invité à la Foire du livre de Francfort en 2020, un événement majeur dans le monde du livre.


 

Les derniers dieux, de Simone Chaput (Éditions du Blé, 2018)

Les derniers dieuxC’est l’élégance et la précision du style épuré de l’écriture de Simone Chaput qui ont rapidement charmé Frédéric Brisson. Même au niveau du contenu, notre directeur général a été agréablement surpris : selon lui, il n’y a qu’une poignée de romanciers qui ont la stature pour entreprendre de tels projets où s’entremêlent la mythologie grecque et la modernité, ainsi que l’humanité, et tout ce que sous-tend cette histoire dérivée du mythe du devin aveugle de Thèbes, Tirésias, où un homme se retrouve contraint de vivre dans le corps d’une femme pendant sept ans, à la suite d’un mauvais sort. Cela comprend l’exploration des identités masculine et féminine, le traitement réservé aux femmes dans la société, les rapports charnels et le rapport au corps, ainsi que la subtilité des degrés entre l’amour, l’affection et l’amitié. Pourtant, Simone Chaput réussit à aborder ces sujets délicats avec brio et grande finesse.

Ce roman aux thèmes universels est fort maîtrisé, selon Frédéric Brisson, tant dans la construction de sa trame narrative que dans les petits détails disséminés qui font en sorte que le lecteur arrive à s’identifier au personnage et à partager sa quête. Cette façon originale d’explorer ces thèmes très actuels et d’avoir modernisé et regardé à la lumière du 21e siècle un mythe grec contribue certainement à la singularité de ce roman, mais ce sont aussi les nombreuses réflexions que cette histoire suscite qui en font tout l’intérêt.


 

L’Averti – La naissance d’une dynastie, de Vanessa Léger (Éditions La Grande Marée, 2018)

L'AvertiBien qu’il s’agisse d’un premier roman pour l’autrice d’origine acadienne Vanessa Léger, le premier tome de cette saga historique possède beaucoup d’ampleur. Situé dans un village fictif du Nouveau-Brunswick, autour d’un journal nommé L’Averti et de la famille Roussel, qui opère le quotidien, ce roman de 728 pages donne amplement le temps de s’attacher aux personnages, de les découvrir et de les aimer. C’est d’ailleurs beaucoup sur les humains qui sont impliqués directement ou indirectement dans l’entreprise familiale que cette histoire met l’accent, en plus de présenter les bouleversements sociétaux et les différents enjeux de l’actualité qui sont traités dans le journal entre 1870 et le début de la Deuxième Guerre mondiale.

Cette utilisation d’un journal comme fil conducteur du récit est tout à fait ingénieuse et réussie, selon Frédéric Brisson, qui a apprécié de suivre tous les gens qui œuvrent à sa confection, du patron à la réceptionniste, en passant par le journaliste, mais aussi de découvrir les prises de position de ces différents personnages et les messages lancés par le quotidien. Il est donc possible de connaître la nature profonde tant de ceux qui écrivent les articles que de ceux qui les lisent, en fonction de leur réaction, et ce procédé singulier a fait bonne impression chez notre directeur général, qui considère aussi que ce récit est raconté avec beaucoup de maîtrise et avec un très grand souffle.

Alice Côté Dupuis
16 août 2019