«Capharnaüm» de Nancy Vickers :

Quand accumuler devient compulsif

8 février 2022
Actualité
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Capharnaüm
de Nancy Vickers :
Quand accumuler devient compulsif

 

C’est plus fort qu’elle, Elsa aime les araignées et ne peut s’empêcher d’accumuler les objets à leur effigie, ce qui nuit à ses relations interpersonnelles. Ce comportement compulsif provoquera son expulsion du foyer familial par sa mère, le départ de son mari et la prise en charge de sa fille par ses beaux-parents. Avec Capharnaüm, publié aux Éditions David, Nancy Vickers nous présente la relation amoureuse d’une personne avec ses objets. C’est un roman à la fois rigolo et triste, où les objets ont en définitive une plus grande valeur que les relations humaines.

Ici, les lecteurs et lectrices découvriront toutes sortes de personnages, surtout féminins, tous plus singuliers les uns que les autres. Jaurais pu faire juste lhistoire dElsa avec sa fille et son mari qui ne peuvent plus lendurer, confie l’autrice, mais jai pensé que ça serait plus intéressant d’ajouter dautres cas, comme la mécanophilie [attirance, parfois sexuelle, pour les voitures] ou le syndrome de Noé [état d’une personne qui veut sauver tous les animaux de la Terre].  

Le personnage principal interagira avec des gens ayant eux aussi des troubles obsessionnels compulsifs similaires aux siens. Par exemple, poursuit Vickers, il y a Malvina, qui ne collectionne que les choses liées à la mort, et avec qui Elsa vivra une expérience érotico-macabre dans un cercueil. Sans oublier, Mini-chérie, la MINI Cooper dont Elsa [s’éprend] d’un amour inconditionnel.  

La solitude, en outre, est au cœur de cette histoire : les gens qui souffrent de tels problèmes se retrouvent souvent isolés. Ce sont des personnes très solitaires qui « se coupent » des gens, mentionne Vickers. Leur maison devient tellement pleine quelles ne peuvent plus ouvrir la porte pour faire entrer [quiconque]. Alors, elles sont comme prisonnières chez elles.  

Le roman semblera peut-être farfelu ou tiré par les cheveux, et pourtant… Les troubles qu’éprouvent certains des personnages existent : c’est ce qui rend le sujet d’autant plus sérieux, malgré son côté saugrenu. L’autrice a cherché à comprendre ce qui pousse ces gens à adopter de tels comportements et à développer ces troubles psychologiques. On y aborde donc, par la bande, la santé mentale et la folie.

L’inspiration à portée de main

L’idée de ce roman est venue à l’écrivaine à force de côtoyer une de ses voisines, qui est accumulatrice compulsive. Dans mon quartier, il y avait une personne comme ça, qui accumule des objets dans sa maison jusqu’à ne plus avoir d’espace. La Ville est venue vider sa maison trois fois. En présence de cette voisine, Nancy Vickers s’est beaucoup interrogée sur les raisons de cette maladie. Un jour, je lui ai demandé : « Comment a commencé cette manie de tout garder et de ne rien jeter? » C’est à ce moment-là que ma voisine m’a dit que lorsqu’elle était petite, si elle ne ramassait pas ses affaires, sa mère faisait disparaître des objets, comme sa poupée ou d’autres trucs du genre. L’autrice a trouvé cette réponse intrigante et il n’en a pas fallu plus pour qu’une histoire commence à germer dans sa tête.

Pour côtoyer d’encore plus près son sujet, qui, confie-t-elle, l’a toujours fascinée, Nancy Vickers s’est mise à visionner des émissions sur les « hoarders », nom donné en anglais aux accumulateurs compulsifs. J’ai regardé presque tous les épisodes de Hoarders Buried Alive, en prenant des notes. Je voulais en explorer le côté psychologique.

En plus de ce docu-série, elle a lu des ouvrages et regardé des films traitant du même trouble obsessionnel-compulsif et d’autres, similaires. Mon fils, qui est cinéaste, m’a envoyé des livres et des films qui m’ont inspiré certains chapitres du roman. Les trouvailles en lien avec l’écriture de ce livre n’ont donc pas manqué.

À tous les « ramasseux »

Nancy Vickers dédie ce roman à tous ceux et toutes celles dont la maison est trop pleine! On connaît tous et toutes des personnes qui accumulent et s’attachent aux choses, dit-elle. Quand j’en parle, on me dit : « Ne viens surtout pas voir ma cave ou mon garage! » On connaît tous et toutes quelqu’un qui est un « pack rat », collectionneur de choses inutiles.

 

Le roman Capharnaüm de Nancy Vickers est paru aux Éditions David en format papier.

 Julien Charette
février 2022