« Boiteur des bois » de Félix Perkins : Errer dans la forêt de la vie

20 janvier 2021
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Boiteur des bois de Félix Perkins :
Errer dans la forêt de la vie

 

Boiteur des boisDans son premier recueil de poésie, intitulé Boiteur des bois et publié aux Éditions Perce-Neige, Félix Perkins nous fait part de ses questionnements, de ses doutes, et nous emmène à la rencontre des démons qui l’habitent. Dans les mots du jeune poète : Avec ce recueil, j’avais en tête d’écrire comment on « s’enfarge » dans la vie sur beaucoup de choses. La quête identitaire n’épargne personne : on navigue ici au fil des poèmes tel un coureur des bois déambulant à travers les forêts et les rivières. On suit le personnage à la fois dans le bois et dans son cœur.

C’est à ce cœur et à cette errance que renvoie le boiteur du titre. Dans mon cas, je ne suis pas un coureur des bois, confie Perkins, je suis quelqu’un qui boite, qui se bute. L’auteur a d’emblée mis beaucoup de lui-même dans ce recueil de poésie, une démarche qui constituait elle-même une sorte de quête de la connaissance de soi. Comme quoi ce boitillement n’a pas freiné l’avancée, mais l’aurait tout au contraire alimentée, selon son dire : J’écris beaucoup avec mes questionnements, mes doutes, mes peurs, mes antécédents familiaux, ce que j’entreprends, ce que j’ai le goût de faire, mes rêves.

La forêt et l’ascendance plurielle

Dans ce recueil, l’auteur s’inspire de son amour de la forêt et de la nature en général. Je suis quelqu’un qui, dans ses temps libres, aime bien aller dans le bois avec des amis pour y faire un feu, pour y dormir ou encore tout simplement pour m’y promener. Une attirance qui lui vient peut-être du sang wendat qui coule dans ses veines… Malgré le fait que Perkins en sache bien peu sur cette ascendance autochtone, il dit en percevoir tout l’héritage, lequel se mélange à ses origines italiennes, espagnoles et québécoises. Mes parents, en lisant mon recueil, y ont vu des petits clins d’œil à différentes histoires de famille et à différents [aspects du patrimoine familial].

La musique comme point de départ

Outre cet amour pour la nature et son bagage ethnique multiple, Félix Perkins trouve son inspiration dans la musique. C’est surtout en écoutant du rap, comme celui du groupe Loco Locass ou de Samian, mais plus particulièrement dans les textes du rappeur français Orelsan, qu’il a trouvé les mots pour écrire cette œuvre. L’inspiration m’est venue en écoutant Orelsan, que j’ai découvert durant le confinement et un peu avant. Je trouvais que ce qu’il racontait rejoignait ma réalité et les choses que l’on vit étant adolescent.

Au départ, Perkins n’avait aucunement l’intention d’écrire un recueil de poésie, mais celle-ci s’est néanmoins imposée d’elle-même. La poésie, ce n’était pas quelque chose que je connaissais beaucoup. Ça ne fait pas longtemps que je découvre ça, et je me dis : « Wow, la poésie, c’est intéressant! » Ce qui m’a donné le goût de commencer à écrire de la poésie, c’est écouter du rap. Le rap, j’ai trouvé ça [poignant], mais je ne suis pas chanteur. De la musique, j’en fais – je joue de la batterie et tout ça –, mais le côté chant était moins accessible. Alors [je me suis demandé] : Comment je peux faire l’entre-deux? C’est de là que la poésie s’est imposée en tant que médium apte à conjuguer les mots et la musique.

Ces chutes qui nous font rebondir… et progresser

Au fil du recueil, on observe une évolution dans l’état d’esprit du personnage. Les poèmes s’enchaînent pour former une trame narrative qui se dessine tel un chemin à travers une forêt. Au début, on a l’impression que le personnage croule sous le désespoir. Qu’il erre dans les bois, pour ainsi dire. Qu’il prend toutes sortes de chemins sans jamais réellement avancer, jusqu’au moment où il rencontre un mot ou une phrase d’encouragement. Le personnage avance ainsi à tâtons, chute après chute, sans jamais toutefois perdre pied, jusqu’à atteindre le fil d’arrivée. Ça me fait penser à certains textes d’Orelsan qui sont très négatifs, mais dans lesquels on peut percevoir une petite lueur d’espoir – une phrase ou un mot qui nous incite à nous accrocher et à continuer d’avancer. C’est un peu le message que véhicule Boiteur des bois. L’auteur résume ainsi : Il faut essayer de trouver de l’humour dans les passes plus négatives. Et même si on « s’enfarge » dans la vie et dans ses choix, il faut se servir de ces trébuchements pour continuer d’avancer.

Le recueil Boiteur des bois de Félix Perkins est paru aux Éditions Perce-Neige aux formats papier et numérique.

Julien Charette
20 janvier 2021