«Adieu, Staline!» de Lamara Papitashvili :

Braver tous les dangers pour trouver une vie meilleure

5 janvier 2022
Actualité
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Adieu, Staline!
de Lamara Papitashvili :
Braver tous les dangers pour trouver une vie meilleure

 

Ilia, grand rêveur, est beau et populaire auprès des filles. Mais ses choix l’ont amené à fréquenter « les mauvaises personnes ». C’est tout l’opposé de son meilleur ami, Témour, qui est plutôt introverti, timide, qui encaisse les coups de la vie et souhaite devenir pianiste. Les deux jeunes hommes ont la vie dure dans la Géorgie du début des années 1930. Sans avenir apparent, ils choisissent de s’exiler, en quête de la vie meilleure qu’ils croient trouver en Amérique. Les deux acolytes seront d’emblée confrontés au défi de quitter, sans se faire attraper par la police secrète, un territoire d’où personne ne sort… Adieu, Staline!, nouveau roman de Lamara Papitashvili publié aux Éditions David, transporte les lecteurs au cœur d’un périple semé d’embûches.

L’histoire se déroule lors d’une période très difficile pour les populations d’ex-Union soviétique. Ça se passe en 1932, une année particulièrement terrifiante, avec la collectivisation, explique l’autrice. Les bolchéviques ont tout, tout confisqué, pas seulement la propriété (les maisons et les immeubles); ils ont même pris jusqu’aux instruments des médecins, au nom de la collectivisation et pour le bien du communisme. C’était vraiment une période très sombre, où la population a été hautement surveillée. Les gens craignaient de sortir et de parler à « la mauvaise personne » parce qu’il y avait beaucoup de gens qui rapportaient tout. Et donc, la terreur régnait au sein de la population.

Plus qu’un titre

Le titre de l’œuvre est révélateur. À travers celui-ci, on devine un départ avec l’intention de ne jamais regarder en arrière. L’autrice souligne qu’il y a un double sens à Adieu Staline! En tant que dictateur et chef du parti bolchévique, Joseph Staline a eu le contrôle sur l’Union soviétique pendant une longue période, où il a fait régner la terreur. Le titre, c’est vraiment pour lui dire : « Allez, adieu! On part d’ici ! » Le deuxième pan, c’est ce désir qu’ont les deux personnages de créer une distance géographique avec le milieu malsain dans lequel ils ont grandi.

Pas une biographie, mais presque

Les récits qu’a entendues Papitashvili depuis son enfance à propos de son grand-père l’ont beaucoup inspirée. Mon grand-père, à dix-neuf ans, en 1932, a décidé de quitter la Géorgie. J’ai entendu quelques bribes, quelques morceaux de son histoire, à travers la bouche de [membres de] ma famille, puisqu’il était déjà mort quand j’étais assez grande pour comprendre les choses. Et ce n’était pas vraiment chronologique. J’ai toujours été intriguée par cette histoire, mais je n’en savais pas assez pour en faire une [version écrite].

L’autrice a dû attendre jusqu’à tout récemment pour en apprendre davantage sur ce pan de l’histoire familiale. Il y a quatre ans, j’ai découvert deux cassettes audio dans notre maison, sur lesquelles était enregistrée une interview d’un journaliste avec mon grand-père. Mais en fait, il n’y avait pas toute son histoire, c’était juste un moment : le « milieu », quand il était de passage en Turquie. Je n’ai pas les autres cassettes, qui ont été perdues à travers tous les déménagements. Encore une fois, ce n’étaient que des fragments d’histoire et ce n’était pas assez pour écrire un roman. En définitive, le récit de son grand-père n’aura servi que de point de départ à l’écriture de cette œuvre.

Pourquoi tout quitter

À partir d’anecdotes sur son grand-père, Lamara Papitashvili s’est interrogée sur les raisons qui poussent les gens à tout quitter. Il y a des milliers, des centaines de milliers de personnes qui font ça dans le monde entier : qui quittent des pays non seulement totalitaires, mais aussi simplement des pays qui ne leur offrent pas ce dont ils rêvent. Qu’est-ce qui les motive à vouloir tenter leur chance? D’où vient le courage de ces personnes qui décident un jour de quitter tout ce qu’elles connaissent pour entrer dans un environnement complètement nouveau, à la recherche d’une vie meilleure? C’est ce qu’elle explore à travers les pages de ce roman.

En plus de fouiller ces questions, Papitashvili a voulu présenter une petite histoire de la Géorgie et de cette partie du monde souvent méconnue, pour montrer à sa façon ce qu’était la vie au sein des républiques soviétiques dans les années 1930. Je trouve que mon livre va offrir une expérience et faire voyager les lecteurs dans une région du monde peu connue, mais super intéressante.

Le roman Adieu, Staline! de Lamara Papitashvili est paru aux Éditions David aux formats papier et numérique.

Julien Charette
5 janvier 2022