«La cabane» de Katia Canciani: Ce qu’on peut faire avec trois fois rien

27 février 2019

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La cabane de Katia Canciani 

La cabane

Ce qu’on peut faire avec trois fois rien

La cabane de pêche est très simple : une chaise, un poêle, un trou et une canne à pêche, en plus, évidemment, des murs et du toit. Pourtant, La cabane imaginée par l’auteure jeunesse Katia Canciani amènera son personnage Alphonse à vivre une aventure ludique et pleine de belles valeurs d’entraide et d’altruisme dans cet album jeunesse publié aux Éditions Bouton d’or Acadie, dans l’étagère « trotinette » pour les 4 à 7 ans.

C’est lors d’un festival des arts au Saguenay, où elle était l’une des artistes invitées, que Katia Canciani a découvert le travail du photographe Claude Guérin, qui y présentait une exposition de photographies de cabanes de pêche. Ça m’a tellement surprise, parce que je ne pouvais pas croire qu’une cabane de pêche avait quelque chose de poétique ou d’artistique; je n’avais jamais réfléchi à une cabane de cette façon-là. C’est en regardant les photos que j’ai réalisé qu’elles avaient effectivement toutes leur personnalité, tu voyais que chaque pêcheur qui avait décoré sa cabane y avait mis sa petite touche personnelle, raconte l’auteure, qui avait pris une note de sa découverte dans son carnet avant de l’oublier durant quelques années.

Plusieurs années plus tard, l’écrivaine a retrouvé sa note et a décidé d’écrire une histoire sur une cabane de pêche. Mais ce qui devait être au départ un récit autour d’un concours du meilleur pêcheur s’est bien vite transformé en aventure un peu poétique ou onirique, en quelque sorte, parce que mon personnage va se mettre à dériver sur sa banquise, et là on voit le très grand cœur de mon Alphonse, son côté humaniste, dans le fait qu’au lieu de s’accrocher à sa cabane qu’il a construite avec amour, il va se mettre, par désir d’aider les gens, par empathie, à en donner des petits morceaux.

Ce qui devait au départ être concret et réaliste – une cabane avec un pêcheur qui souhaite pêcher une grosse prise – a donc pris une tournure plutôt fantaisiste. C’était mon but, avoue Katia Canciani. J’aime ça faire rire les jeunes et les surprendre, aussi, parce que ça surprend! Personne ne s’attend à ce que mon Alphonse dorme pendant pratiquement un mois et se mette à dériver, donc il y a un côté rigolo là-dedans. Il faut entrer dans le jeu et s’amuser. C’est d’ailleurs pendant cette dérive qu’Alphonse se mettra petit à petit à donner le peu qu’il possède : des pièces de sa cabane. Ici, son tuyau de poêle et là, son poêle en entier, et enfin, sa cabane au complet. À la fin, il ne lui restera que sa petite chaise sur laquelle il sera emporté.

C’est très simple, mais il y a une symbolique très forte, aussi, explique l’auteure. Pour moi, c’est une façon de dire que bien sûr, on vit dans un monde très matérialiste, où les gens aiment beaucoup avoir des choses, les posséder, mais ce que je veux qu’on comprenne, c’est que parfois, même quand on aime beaucoup ce qu’on a fait, ce qu’on a construit ou ce qui nous appartient, quand on l’offre à quelqu’un qui en a encore plus besoin, on peut ressentir une certaine fierté, un certain bonheur. Il était important pour Katia Canciani que son Alphonse ne cherche pas à s’accrocher aux choses et n’hésite pas à donner. À la fin, même lorsqu’il ne possède pratiquement plus rien, il n’est pas non plus malheureux : il poursuit son aventure.

Si elle laisse toujours de la latitude à ses illustrateurs, aimant la façon dont ceux-ci créent une nouvelle œuvre à partir de son texte, l’auteure avoue avoir tout de suite été charmée par le travail de Christian Quesnel, qui a bien su rendre le côté ludique, mais aussi un peu sérieux de son Alphonse. Allant même jusqu’à modifier une sorte de juron comique qu’Alphonse prononce dans le livre en réponse aux illustrations de Quesnel – il s’exclame «Saprisourcil!» en clin d’œil aux gros sourcils rigolos dessinés par l’illustrateur –, Katia Canciani trouve surtout que son collègue a fait preuve de beaucoup d’audace : il a travaillé seulement avec deux couleurs, le bleu et le rouge, en plus du noir et du blanc, évidemment. Je trouve ça très intéressant pour les jeunes lecteurs, de découvrir qu’avec seulement deux, trois crayons de couleur, on peut créer une œuvre entière, avec autant d’émotions.

Katia Canciani avoue avoir été impressionnée par la façon de travailler de l’illustrateur, qui coïncide bien avec sa volonté à elle de toujours vouloir surprendre les jeunes lecteurs, tout en les faisant réfléchir. Pour moi, c’était un beau coup de génie de Christian Quesnel!, affirme l’auteure qui est confiante que son album La cabane saura transmettre de belles valeurs humanistes – aider son prochain, être altruiste, penser à l’autre – en passant par l’humour et un certain ludisme.

L’album jeunesse La cabane est publié aux Éditions Bouton d’or Acadie dans l’étagère trotinette, pour les 4 à 7 ans.

Alice Côté Dupuis
27 février 2019