«Les Potabrés» de Jules Boudreau: Aller au bout de son histoire

12 décembre 2018

Chaque semaine, le Regroupement vous présente
une nouveauté franco-canadienne

Les Potabrés de Jules Boudreau 

Les Potabrés

Aller au bout de son histoire

Après avoir écrit de nombreuses pièces de théâtre et quelques recueils de nouvelles, l’auteur Jules Boudreau a décidé d’offrir aux personnages qu’il traînait depuis une vingtaine d’années et à l’île qu’il avait imaginée dans ses précédentes publications le récit plus étoffé qu’ils méritaient. En publiant Les Potabrés aux Éditions La Grande Marée, il se rend au bout du récit qui l’habite depuis si longtemps, et rend aussi hommage, d’une certaine façon, tant aux gens qu’il a côtoyés dans sa vie qu’à son coin de pays et au milieu dans lequel il vit, au village de Maisonnette, au Nouveau-Brunswick.

L’île des Potabrés, où vit le personnage principal du roman, a beau ne pas exister, elle a néanmoins été imaginée par l’auteur parce que celui-ci se rappelait l’isolement de son village, une presqu’île, à une certaine époque et pendant de rudes hivers où les routes étaient presque impraticables. Je me disais que c’était une façon de faire connaître un petit peu mon coin de pays, même si je situe tout ça dans un lieu fictif; il reste que c’est fortement ancré dans mon expérience et dans le milieu où j’ai grandi et où je vis toujours. C’est un peu une façon de le mettre en valeur, de le faire connaître, explique Jules Boudreau, à propos de son île fictive, utilisée dans deux de ses recueils de nouvelles, déjà, et reprise pour son roman.

Cette île, et son nom, deviendront au fil de la lecture une métaphore représentant la situation de son personnage principal, car les potabrés, à Maisonnette, ce sont ces trous se formant sur la grève, où on peut s’enfoncer jusqu’à y perdre une chaussure ou plus encore. À un moment donné, mon personnage sent que cette île, qui est son point d’attache, devient un petit peu un obstacle; elle la tire vers le bas, l’empêche d’aller plus loin. L’île des Potabrés devient un lieu de vie, un lieu qui est vivant, et en même temps, une sorte de barrière, un obstacle, décrit l’auteur.

Jacques Ouellet, éditeur et président fondateur des Éditions La Grande Marée, confirme l’importance que prend le lieu et l’île en tant que tel dans ce roman aux situations qu’il considère bien décrites et à l’écriture fluide. Les gens qui demeurent sur une île doivent prendre une décision à un moment donné : faire sa vie sur son île à l’accès limité ou sortir de là et faire sa vie ailleurs. Surtout dans le cas d’un artiste : si tu veux exploiter ton talent artistique, tu ne peux pas rester chez toi, surtout sur une île, et t’attendre à être reconnu. Il faut que tu ailles dans les grands centres et que tu fasses ton chemin là-bas, reconnaît-il, ajoutant que le fait d’être un peu à l’extérieur du monde devient de plus en plus une problématique pour le personnage du roman de Jules Boudreau.

C’est que cette femme, Lumina, est née en 1915 et se découvre un talent pour le piano, pour la musique, dès son jeune âge. Mais puisqu’elle habite dans une petite île dans un milieu rural, et dans les années 1930-40, en plus, disons que ce n’est pas tellement un milieu favorable à développer un talent comme celui-là, raconte l’auteur. Lumina n’est pas native de l’île, elle est venue s’y installer après son mariage, mais plus jeune, c’est chez les sœurs qu’elle a étudié le piano et qu’elle a pu se découvrir cette passion et ce talent pour la musique. Lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, lui n’est pas du tout mélomane, mais il respecte, accepte, et même encourage ce talent-là, ce qui la convaincra de le suivre presque jusqu’au bout du monde : jusqu’à l’île des Potabrés.

La musique, finalement, devient un peu la motivation, c’est ce qui sert de déclencheur pour la démarche de mon personnage principal, continue Jules Boudreau, lui-même un grand amateur de musique. Il y a la rencontre avec celui qui va être son mari, et elle va faire aussi une autre rencontre un peu plus tard, qui sera aussi déterminante. Cette deuxième rencontre, avec un universitaire québécois, folkloriste et lui aussi mélomane, bouleversera la vie de Lumina, qui prend peut-être conscience qu’il lui faut finalement quitter cette île pour pleinement s’épanouir dans son talent de musicienne. Partir ou rester? Voilà un questionnement universel et une forte quête qui traversera le roman.

D’abord, il y a la quête, le désir de se développer, de développer ses capacités. C’est l’histoire d’une femme qui met en valeur ses inspirations, son talent pour la musique; c’est un peu une quête d’épanouissement, finalement. Moi je dis qu’il y a deux lignes de forces là-dedans : il y a l’île, comme lieu, comme point d’attache, et il y a la musique, affirme Jules Boudreau, qui avoue que pour les gens qui ont de grandes aspirations, le fait de vivre sur une île peut représenter un gros boulet qui retient et qui empêche de s’épanouir. Si on a un talent, quel qu’il soit, c’est important de l’exprimer et de s’en servir, affirme l’auteur, trouvant là presque une leçon à son roman : Il faut prendre les moyens qu’il faut pour aller au bout de son rêve.

Le roman Les Potabrés, de Jules Boudreau, est publié aux Éditions La Grande Marée.

Alice Côté Dupuis
12 décembre 2018