« L’accoucheuse de Scots Bay » d’Ami McKay : Parole de traductrice

17 mars 2020

Chaque semaine, le Regroupement vous présente
une nouveauté franco-canadienne

L’accoucheuse de Scots Bay d’Ami McKay,
traduit par Sonya Malaborza :

Parole de traductrice

L’accoucheuse de Scots BayGrâce à la traductrice Sonya Malaborza et aux Éditions Prise de parole, le roman à succès The Birth House d’Ami McKay, vendu à 250 000 exemplaires dans sa version originale anglaise, est maintenant disponible en français. Ce roman historique raconte l’histoire de Dora Rare, une jeune femme qui apprend le métier de sage-femme auprès de Madame Babineau, une vieille femme acadienne. L’histoire prend racine dans le village de Scots Bay, en Nouvelle-Écosse, autour de 1916 — en pleine Première Guerre mondiale.

Sonya Malaborza a fait des études en traduction à l’Université de Moncton, avant d’obtenir une maîtrise en traductologie de l’Université York. En tant que traductrice littéraire, elle a traduit tous les genres littéraires, du théâtre à la poésie, en passant par l’essai et le roman. Et elle a dû patienter durant presque dix ans avant de faire la traduction de ce qui allait devenir L’accoucheuse de Scots Bay. Une longue période à se demander si elle serait devancée par quelqu’un d’autre. Ça fait plus de dix ans que je veux le traduire, donc j’ai passé plusieurs saisons à surveiller les nouvelles sorties en traduction en espérant qu’il ne soit pas sur le radar de quelqu’un d’autre.

Le réel, inspiration pour la fiction

Si le personnage du roman est fictif, une sage-femme de sa trempe a toutefois réellement vécu à Scots Bay autour de la même époque. Ami McKay habite justement la maison dans laquelle vivait cette sage-femme, et c’est en faisant des rénovations qu’elle s’en est rendu compte. C’était même un foyer important pour les femmes de la communauté. À partir de là, le personnage de Dora Rare a été créé en imaginant son entrée dans le milieu des sages-femmes. Dans le roman, on fait référence à l’explosion survenue le 6 décembre 1917 dans le port de Halifax, où Dora devra se rendre pour soigner les blessés et aider à des accouchements. On réfère aussi à de vraies publicités sur l’enrôlement ainsi que sur l’arrivée de l’électricité et des électroménagers. Il y a plein d’attaches historiques, qui rajoutent de l’épaisseur au texte. La traductrice a dû faire des recherches approfondies afin de démêler les faits réels de ceux imaginés par l’autrice.

Le pourquoi du comment

La traductrice désirait ardemment s’attaquer au roman d’Ami McKay afin de partager les mots de son autrice avec la communauté francophone à travers le Canada. J’ai senti que le roman avait sa place dans le contexte franco-canadien. Surtout qu’un des personnages est acadien, et parle beaucoup des questions concernant la santé des femmes. Le roman traite de violences conjugales, d’avortement et de contrôle des naissances. Même en 2020, la thématique des droits des femmes est toujours d’actualité. Je dirais même que la traduction de ce roman tombe à point avec le retour du mouvement antiavortement et l’après # MeToo.

Les défis de la traduction

La traduction d’une œuvre comporte son lot de difficultés à surmonter, et L’accoucheuse de Scots Bay n’y a pas fait exception. Cette fois, Sonya Malaborza a même dû relever un défi de plus : des chansons ! Elle s’est retrouvée quelque peu désemparée, ne sachant trop si elle devait traduire les chansons ou les laisser telles quelles. Finalement, elle a choisi de les traduire pour en garder l’univers référentiel. Ami est musicienne et musicologue, alors si elle a fait appel à la musique pour jalonner des moments clé de son roman, c’était chaque fois pour faire appel à un univers référentiel que je devais à mon tour trouver un moyen de transmettre au lecteur. Elle a ainsi dû penser chaque fois à l’origine de la chanson, au thème du texte, au tempo, au registre et à la période à laquelle elle a été composée pour bien traduire le message. En plus des chansons et des références musicales, le roman contient également des publicités d’époque. J’ai cherché des publicités similaires en français, mais je n’en ai pas trouvé. Donc, j’ai traduit les publicités, et leur mise en page a été reproduite par le graphiste de la maison d’édition.

 

La traduction est un art ! Le traducteur ou la traductrice doit savoir transmettre l’essence du propos qu’il traduit. Le long processus de traduction d’une œuvre exige attention et minutie. L’essentiel, c’est de rester fidèle à l’idée du texte. La traductrice espère que son travail saura rendre justice à l’œuvre originale et, surtout, qu’il sera autant apprécié. J’ose espérer que le récit va résonner au Canada français comme il a raisonné auprès des lectrices anglophones.

L’accoucheuse de Scots Bay d’Ami McKay, traduit par Sonya Malaborza, est publié aux Éditions Prise de parole.

Julien Charette
18 mars 2020