« La littérature franco-canadienne, littérature d’accueil » au 40e Salon du livre de Montréal

21 novembre 2017

Ce sont les auteurs Gabriel Osson et Didier Leclair, des Éditions David, ainsi que Louenas Hassani, des Éditions L’Interligne, qui ont pris part à la discussion animée par Marie-Michèle Giguère lors du Jeudi littéraire du 40e Salon du livre de Montréal. Avec leurs origines haïtienne, rwandaise et algérienne, ils ont tenté de porter un éclairage sur la façon dont les écrivains immigrants, de toutes origines, influencent et transforment la littérature franco-canadienne, et sur comment leurs écrits peuvent arriver à ouvrir les horizons.

Quand on devient adulte, on pense qu’on oublie, a rapidement déclaré Gabriel Osson, dont le roman Hubert, le restavèk (Éditions David, 2017) dépeint une situation fréquente dans le pays qui l’a vu naître, mais dont on parle peu. Si le pays d’origine reste accroché aux gens qui ont émigré, selon l’auteur, et que chacun continue de porter en lui ledit pays, la représentation qu’il s’en fait n’est peut-être plus tout à fait la réalité : le pays que je connaissais, celui de mes souvenirs, n’existe plus, a affirmé l’auteur d’origine haïtienne.

Serait-ce de cette affection pour ce lieu de sa naissance, de cette nostalgie et de ces souvenirs peut-être magnifiés que naissent cette tendresse commune aux trois auteurs dans leur façon de raconter des histoires pourtant très dures? Dans le désastre, les fleurs deviennent plus odorantes, et l’acte de résistance devient plus signifiant, a répondu l’auteur Louenas Hassani (La république de l’abîme, L’Interligne, 2017), qui croit que quel que soit le totalitarisme, quelle que soit l’horreur, on demeure tous humains. Pour Gabriel Osson, il s’agirait effectivement de trouver en nous l’espèce d’oasis qui nous fait sentir bien, lorsqu’on est en situation difficile. Même au milieu d’une guerre, l’amour arrive toujours à surgir, a-t-il lancé, ajoutant que c’est précisément dans des moments de malheur qu’il faut aller puiser dans les moments de bonheur, afin d’avoir la force de continuer.

De la propre confession de l’auteur, l’univers de son personnage Hubert est un peu constitué de retours en arrière, de moments de son enfance, de souvenirs qu’il ne savait pas qu’il avait en lui. C’est la force de l’écriture, ça ramène à la surface plein de choses enfouies. Pour Didier Leclair (Le bonheur est un parfum sans nom, Éditions David, 2017), c’est plutôt l’endroit d’où il crée, Toronto, qui l’inspire à concevoir une littérature plus ouverte et inclusive, puisque sa ville d’accueil voit défiler des gens provenant de tellement d’endroits différents qu’on ne s’y sent pas étranger et qu’on s’y sent tout de suite à l’aise.

C’est justement à cette diversité que l’animatrice de la discussion a ensuite voulu s’attarder, notant que plusieurs auteurs canadiens sont issus de l’immigration; citons notamment Kim Thúy et Dany Laferrière. Cette diversité est ce qui fait pour moi la richesse de la littérature, a affirmé Gabriel Osson, qui n’a pas manqué de souligner l’importance de l’audace des maisons d’édition franco-canadiennes qui acceptent de publier des auteurs issus de l’immigration et donc, qui ne sont pas connus. Au Canada, il n’y a pas de barrières aux fenêtres ni de clôtures devant les maisons, a pour sa part affirmé Louenas Hassani : les frontières à abattre sont plutôt intérieures.

Il est vrai que quand les auteurs créent, ils amènent les lecteurs dans des univers qui leur sont totalement inconnus. On leur fait découvrir de nouvelles choses. Si on reste toujours dans le même cadre, on ne grandit pas, a affirmé Gabriel Osson, avant que Didier Leclair n’ajoute qu’il s’agit d’un défi permanent que d’être un auteur issu d’une minorité, puisqu’il doit faire face à un lecteur qui ne sait pas d’où il vient, tandis que lui, l’écrivain, veut être compris par le plus grand nombre. C’est à nous de commencer, et les autres suivent, a lancé l’auteur rwandais, précisant toutefois qu’il trouvait cela difficile de prendre la parole en tant que minoritaire.

À savoir si le fait de vivre en minorité représente un défi de plus pour ces auteurs provenant d’autres pays, Didier Leclair a avoué avoir toujours été minoritaire, puisqu’il est né d’une ethnie minoritaire dans son propre pays. Être minoritaire n’est pas choquant pour moi, j’embrasse ça. Il y a quelque chose à établir, à sauvegarder de ça, a-t-il lancé, affirmant avoir embrassé très rapidement la cause franco-ontarienne. L’aspect positif de vivre en minorité, selon Louenas Hassani, serait que ce sont toujours ceux issus d’un milieu minoritaire qui proposent un idéal, en se tournant vers l’altérité plutôt que vers l’identité.

Afin de mieux s’ouvrir à cette littérature d’accueil, Gabriel Osson a proposé d’être à l’affût des nouvelles idées et d’ouvrir ses mentalités pour se donner la chance de voir qu’il y a des choses extraordinaires qui se font à l’extérieur du Québec, mais qui ne sont pas diffusées largement. Ce que nous faisons, c’est une petite révolution, mais les gens ne s’en rendent pas compte, a quant à lui affirmé Didier Leclair, invitant les médias québécois à se tourner davantage vers ces auteurs de la francophonie canadienne, leur assurant qu’ils seraient très étonnés, puisqu’on oublie parfois qu’il y a une autre francophonie qui existe ailleurs, selon M. Osson.

Je me sens aussi Québécois que Franco-Ontarien que Canadien. Je prends toutes les identités, je suis toutes mes rencontres, a pour sa part joliment déclaré Louenas Hassani, puisque la minorité, il l’a dans son sang, mais en même temps, il est aujourd’hui le résultat de toutes ses rencontres, de toutes ses lectures et de toutes les villes où il a vécu. Il y a pourtant un effort qui doit être fait, selon lui, de la part des médias, mais aussi d’eux, auteurs, afin de s’imposer un peu partout.

Moi j’ai toujours dit « Je ne suis pas un écrivain haïtien, je suis un écrivain qui est d’origine haïtienne », a conclu Gabriel Osson, qui ne souhaite pas catégoriser son travail, juste avant que Louenas Hassani ne réussisse finalement à répondre à la question de base posée en introduction par Marie-Michèle Giguère et à résumer de fort jolie façon la situation globale des trois auteurs : Il faut aller au-delà du paysage quand on raconte notre chez-soi. Qu’on le veuille ou pas, il nous reste le meilleur de nos pays de l’enfance; on est désherbé du pire de nos pays et il ne nous reste que le meilleur.

La table ronde « La littérature franco-canadienne, littérature d’accueil » a eu lieu à la Grande Place du Salon du livre de Montréal, le jeudi 16 novembre à 18 h 30.

Table ronde SLM2017 Louenas Hassani  Gabriel Osson Didier Leclair

Alice Côté Dupuis