«Solitudes» de Michèle Grenier: Comme un seul homme

2 mai 2018


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Solitudes de Michèle Grenier

Comme un seul homme

Autant il y a de gens, autant il y a de solitudes et de façons de voir cette solitude. C’est ce que l’auteure Michèle Grenier semble vouloir illustrer dans sa toute première parution, un recueil de nouvelles intitulé Solitudes, publié au Éditions du Chardon bleu, dans lequel elle aborde cette réalité à laquelle tout le monde, à un moment ou à un autre, est confronté et que tous doivent apprendre à apprivoiser. Si celle-ci peut parfois être bénéfique, elle est aussi souvent malsaine et néfaste, mais dans les situations toutes plus différentes les unes que les autres imaginées par l’auteure, chacun saura se reconnaître à un moment ou un autre de sa vie.

On vit dans un monde où malgré toutes les formes de communications, on se retrouve souvent seul. Il y a les séparations, les divorces, la solitude de la vieillesse, de l’enfant unique, la mortalité, etc. Je pense que les gens vont se retrouver là-dedans, indépendamment de l’âge qu’ils ont, puisqu’ils vont reconnaître qu’ils ont vécu ou qu’ils vivent ces situations, affirme Marc Scott, l’éditeur et fondateur des Éditions du Chardon bleu. Lui qui vit bien avec la solitude et qui s’en est fait une amie, comme Moustaki, a été charmé, mais aussi surpris par le regard différent que Michèle Grenier portait sur la solitude.

C’est pourtant malgré elle que ce thème s’est imposé à l’auteure, qui avait par le passé participé à plusieurs éditions du concours Des nouvelles de Gatineau! et vu ses textes publiés dans les ouvrages collectifs de l’événement, sans toutefois être primés. C’est en écrivant que j’ai découvert qu’il y avait ce thème-là à travers mes nouvelles. C’est certain que pour moi, ça a toujours été comme un défi à surmonter que d’arriver à apprivoiser cette solitude-là. C’est différent que tu aies 20, 30 ou 40 ans; plus tu avances en âge, plus tu l’apprivoises, je pense – en tout cas, plus c’est souhaitable de l’apprivoiser. Et probablement qu’on parle d’un thème comme ça parce qu’on a goûté à ça dans notre vie, explique Michèle Grenier, qui s’est inspirée de gens qui vivent autour d’elle, mais aussi de situations qui lui appartiennent, comme le décès de sa mère ou ses sorties entre amies lorsqu’elle avait 13 ans, afin d’imaginer ses différents récits.

À travers les divers univers – la solitude dans un couple, d’un animal isolé de sa horde, d’un enfant qui découvre son autonomie, d’une personne à l’orée de la mort, d’un immigrant qui arrive dans un nouveau pays, etc. – une ligne directrice nous conduit tout de même et trace pour le lecteur le parcours d’une femme quand elle est jeune, quand elle est adolescente, quand elle suit des cours à l’université, quand elle sort avec ses amies de filles, et par la suite, quand elle commence à enseigner. Ses préoccupations, sa dépression, ses recours à demander de l’aide et sa rencontre avec un homme qui est mystérieux, qui apparaît et disparaît au fil des nouvelles, tout cela est présenté dans ce recueil de nouvelles, selon Marc Scott, qui insiste pour préciser que chaque proposition est très différente et que le livre n’est pas du tout répétitif.

La seule nouvelle qui reprend des personnages et des éléments d’une autre est la toute dernière, en seconde partie, intitulée « Solitude »; une sorte de novella dérivée de la nouvelle « Solitude chérie », offerte en première partie. Michèle Grenier la reprend et s’y attarde plus longuement, en 19 chapitres, afin de développer davantage ses personnages et d’imaginer une fin différente. Autrement, le reste du recueil comprend des nouvelles plutôt courtes, dont certaines qui tombent abruptement, comme « La vallée », l’une des plus brèves, et « Le suicide », qui se termine de façon brutale. Par contre, il y en a d’autres qui sont un petit peu plus de la forme du récit; les fins sont plus douces, plus poétiques, comme « La tomate », qui raconte les premiers pas d’un enfant dans un jardin de tomates, loin du regard de sa mère, achève d’expliquer l’auteure, qui aime écrire à propos de l’intensité d’un moment, comme une photographie, ce que le style de la nouvelle lui permet de faire.

En effet, Michèle Grenier aime manifestement écrire des histoires qui sont brèves, selon son éditeur : son style d’écriture est très peu ampoulé. Il n’y a pas beaucoup de phrases longues, pas beaucoup de descriptions, on va direct au propos. Il n’y a pas d’abondance d’épithète ou de choses comme ça; c’est très court et les phrases sont brèves, décrit-il, notant au passage que chacun de ses textes débute par une citation en exergue de différents auteurs, toujours au sujet de la solitude. Avant la nouvelle « Débuts », par exemple, l’auteure cite Henrik Ibsen et sa Maison de poupées, en écrivant « Il me faut être seul pour me rendre compte de moi-même et de tout ce qui m’entoure. Aussi ne puis-je rester avec toi. », avant de décrire l’histoire d’une enseignante qui débute dans le métier et qui est tellement prise par son travail qu’elle s’isole et laisse derrière elle tous les gens qu’elle connaissait auparavant.

Il y a dans ce recueil un beau contraste, de rassembler ensemble toutes ces histoires de solitude et de faire se réunir ces personnages solitaires, pour démontrer qu’ils ne sont pas seuls. Si toutefois le thème de la solitude vous rebutait et vous faisait peur, étant donné la lourdeur qu’il impose, Marc Scott vous rassure : le style est tellement léger, les phrases sont tellement courtes, que ça se lit comme on mange un morceau de gâteau au chocolat!

Le recueil de nouvelles Solitudes de Michèle Grenier est paru aux Éditions du Chardon bleu.

Alice Côté Dupuis
2 mai 2018